Tribune

Stocks stratégiques de carburants: Pourquoi ne pas créer une Agence nationale de gestion

Par Omar ELFETOUAKI | Edition N°:5124 Le | Partager

Lauréat de l’ISCAE, Omar Elfetouaki est un ancien responsable au sein du ministère de l’Energie et des Mines. Il est actuellement consultant dans le domaine de l’énergie

Le Maroc importe la totalité de ses besoins en produits pétroliers qui couvrent environ deux tiers de sa consommation annuelle d’énergie.  La question relative à la sécurité des approvisionnements en ces produits s’avère donc fondamentale pour les acteurs économiques ainsi que pour la compétitivité du Royaume.

D’ailleurs, depuis longtemps, l’Etat avait décidé de faire de cette sécurité l’un des axes essentiels de sa politique énergétique. Des mesures d’accompagnement de cette politique ont été prises, pour atténuer un tant soit peu notre dépendance du marché international du pétrole.

Ces mesures concernent notamment, la recherche pétrolière en promulguant le nouveau code des hydrocarbures, la diversification énergétique en faisant asseoir la production d’électricité sur une part croissante des énergies renouvelables, le développement de l’option hydroélectrique et le maintien des centrales thermiques à base du charbon et du gaz naturel et enfin le lancement d’une campagne des économies d’énergie.

L’un des plus réglementés au Maroc

Bien que le Maroc soit un pays non producteur de pétrole, divers éléments concourent à dire que le Royaume recèle des atouts et avantages qui, s’ils sont utilisés à bon escient, lui permettront d’éviter tout danger de pénurie. L’on se propose d’essayer de mettre en évidence les forces et les faiblesses du secteur des hydrocarbures, ainsi que les opportunités qui lui sont offertes pour contenir d’éventuelles menaces incessantes qui pèsent sur ce secteur.

Le secteur des hydrocarbures est l’un des plus réglementés au Maroc. Il dispose d’un arsenal juridique simple et clair quant à son interprétation et à son application. Néanmoins, ses textes nécessitent aujourd’hui une refonte pour pouvoir répondre aux exigences actuelles.

Sur le plan organisationnel, le secteur est géré par 27 sociétés qui assurent l’approvisionnement du pays en grands produits pétroliers à travers un réseau de 3.200 stations. La distribution des GPL est prise en charge par 12 sociétés gazières et 20 centres emplisseurs implantés dans les différentes régions du Royaume. Le secteur dispose d’un réseau bien rodé et performant et des moyens de transport maritimes,  terrestres et routiers adéquats.

Sur le plan géographique, le Maroc est doté naturellement de 3.600 km de côtes réparties sur sa double façade maritime méditerranéenne et atlantique. Il bénéficie, par conséquent, d’une situation exceptionnelle qui lui a permis de construire et d’équiper un certain nombre de ports pétroliers. Les distributeurs y disposent de capacités de stockage importantes. Même le niveau actuel du prix du baril de pétrole reste relativement stable dans un marché calme et prometteur.
Néanmoins, le secteur présente des défaillances qui sont soit contingentes, naturelles, soit dues probablement à un cumul de retard dans la réalisation des investissements.

Tout d’abord, la fermeture brutale de la Samir est survenue à un moment crucial où le secteur venait de connaître des changements institutionnels importants. Le mauvais temps aussi constitue une entrave à la bonne marche des installations pétrolières et empêche durant la période hivernale la réception et le déchargement des bateaux  dans les délais impartis (cas de Mohammedia et  de Jorf Lasfar).

Capacité de stockage régionale quasi inexistante

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Pour éviter toute perturbation de l’approvisionnement en carburant, une option pourrait être envisageable avec la création d’une Agence nationale de stockage de produits pétroliers. Celle-ci aura pour mission l’acquisition, la constitution, le maintien, la gestion  et la mise en circulation de stocks stratégiques des produits pétroliers (Ph. L’Economiste)

À ceci s’ajoute un déficit chronique en matière de capacité de stockage malgré l’effort financier consenti par le secteur dans ce domaine. Plus grave encore, la capacité de stockage régionale qui permet la distribution de proximité est presque inexistante. Enfin, le niveau actuel des stocks de sécurité, qui devraient représenter 60 jours de consommation, peine toujours à dépasser les 30 jours.

Le stockage reste ainsi le ventre mou du secteur de la distribution.
Malgré ces avantages et opportunités, le secteur sera toujours confronté à de nombreux problèmes et obstacles, dont la simultanéité augmente le facteur de risque d’une pénurie au cas où le marché international venait à être perturbé.
Aussi, une action doit-elle être entreprise pour empêcher ce danger d’une manière pérenne. Cette action doit être focalisée sur l’institution des stocks stratégiques en remplacement des fameux stocks de sécurité.

Si tant est que la décision est prise, il faut éviter le penchant à la procrastination en reportant ad vitam aeternam la reconstitution des stocks stratégiques comme ce fut le cas des stocks de sécurité. Pour  ce faire,  la somme collectée à travers la marge spéciale pour le financement des stocks d’une part et le projet de création et d’exploitation  d’un  site de stockage souterrain de produits pétroliers par la Société des mines de sel de Mohammedia (voir tribune de L’Economiste du 01/02/2017) d’autre part, présentent deux opportunités majeures qui peuvent être harmonisées pour permettre la constitution de ces stocks stratégiques.

A ce niveau, il est utile de rappeler que l’institution de la marge spéciale pour le financement des stocks présente un prélude de l’intention de l’Etat d’acquérir une partie importante des stocks des produits pétroliers qui doivent servir en cas de force majeure à assurer la sécurité de notre approvisionnement.
Rien ne sert de prendre des risques inutiles. Quels que soient les textes qui régissent le secteur des hydrocarbures et quels que soient la modernité et le déploiement de son infrastructure, le pays ne peut faire face à un éventuel manque de produits sans avoir constitué les stocks stratégiques.

Pour éviter toute perturbation de notre approvisionnement en carburant, une option pourrait être envisageable et concernerait  la création d’une Agence nationale de stockage de produits pétroliers qui sera placée sous l’autorité de l’Etat. Cette agence aura pour mission l’acquisition, la constitution, le maintien, la gestion  et la mise en circulation de stocks stratégiques des produits pétroliers.

 Rôle de l’Etat

L’ON peut s’étonner non sans raison que les stocks de sécurité n’ont jamais été constitués dans leur intégralité depuis la promulgation du texte qui les avait institués en 1961. Car en matière de stockage de sécurité, le nombre de jours  réglementaires représente le cumul des stocks détenus par l’ensemble des distributeurs. De ce fait, la responsabilité de ses derniers se trouve diluée.
La sécurité d’approvisionnement du pays en produits pétroliers est une affaire trop sérieuse pour la laisser entre les seules mains des sociétés de distribution. L’Etat doit jouer son rôle.

 

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