Competences & rh

R&D Crise de production de scientifiques et de savants

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5123 Le 10/10/2017 | Partager
Grave pénurie dans tous les secteurs et chantiers prioritaires du Maroc
Trop faibles interactions entre monde académique et opérateurs économiques
Un système éclaté et sans pilote!
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Les lettres et sciences humaines, juridiques, économiques et sociales l’emportent dans les universités publiques. Sur un total de 90.767 diplômés en 2016-2017, près des deux tiers (63%) ont été formés dans ces disciplines, soit 57.252 lauréats

Pas de révolution en vue pour la recherche et développement au Maroc. Le secteur évolue toujours trop lentement, et continue d’être presque déconnecté des défis et des besoins réels de notre économie. L’ONG R&D Maroc en a récemment fait le constat à Casablanca, lors de sa dernière rencontre autour de la relation entre l’université et l’entreprise en matière de recherche.

«Il est impératif de permettre à la science de se transformer en économie», a insisté son président, Ahmed Nakkouch, qui a relevé avec regret le «cloisonnement» qui persiste entre les deux acteurs. Pour l’ONG, établir des ponts entre le monde académique et les opérateurs économiques, c’est ce qui permettra à la R&D de décoller véritablement.
L’association s’est récemment réunie avec les représentants de l’ensemble des intervenants du secteur. Elle prépare des recommandations qui seront bientôt soumises au ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Mohamed Hassad.

Le secrétaire général du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Driss Guerraoui, invité par l’ONG, a présenté une radioscopie du secteur. Parmi ses principaux constats,  la «crise grave de production de scientifiques, d’inventeurs et de savants, à la mesure des ambitions et des chantiers structurels du pays». «C’est le cas dans tous les domaines, vous pouvez vérifier branche par branche, et dans toutes les universités, nous en produisons de moins en moins. Nous devons y réfléchir de manière urgente et identifier tous les besoins», insiste-t-il. La pénurie est encore plus préoccupante dans les domaines scientifiques et techniques. Les universités produisent peu de diplômés dans le domaine (voir figure 1).

«Nous avons espoir en la diaspora marocaine, mais il faudrait une réelle stratégie pour l’attirer», estime le SG du CESE. Chaque année, près de 18% des diplômés du supérieur quittent le Maroc. Aujourd’hui, ils sont des milliers d’experts dans différents domaines disséminés partout dans le monde. Aux Etats-Unis, par exemple, ils se sont regroupés en un réseau de 2.000 profils pointus (AMCN). Encore faut-il les encourager à se positionner sur les problématiques liées au Maroc.

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Le Maroc n’a produit que 5.425 publications scientifiques en 2016. Cela représente environ 159 publications pour un million d’habitants. Trop peu. A l’échelle de l’Afrique, le Royaume est clairement à la traîne

Il existe actuellement quelque 13.820 enseignants-chercheurs dans les universités, en plus de près de 32.180 doctorants. Cela représente un potentiel de 46.000  profils avec le statut de chercheur. Selon l’Académie Hassan II des sciences, les universités et établissements publics et privés de l’enseignement supérieur concentrent plus de 80% des chercheurs au Maroc. Le reste est réparti entre les centres publics de recherche (12,87%) et les entreprises privées (7,07%).
Les derniers chiffres disponibles, de 2010, faisaient état d’un total de près de 37.246 chercheurs. Il en existait 11 fois plus en France en 2011, avec un effectif de 402.300.

Les productions scientifiques sont ainsi trop faibles. A l’échelle du continent, le Maroc se classe parmi les moins performants (voir figure 2). Qu’il s’agisse des métiers mondiaux du Maroc (automobile, aéronautique, offshoring…), des secteurs stratégiques ayant fait l’objet de plans nationaux (agriculture, pêche, tourisme, finance, éducation…), des domaines présentant des défis d’avenir (biotechnologie, télédétection spatiale prévention des risques naturels, eau, santé et médicaments…), ou encore de grands chantier d’infrastructures, le déficit de recherche est énorme. C’est aussi le cas de tout ce qui concerne le patrimoine, l’art, la culture et le capital immatériel de manière générale.

Et quand recherche il y a, les thèmes abordés sont souvent en décalage avec les besoins nationaux. «Nous avons de vastes chantiers qui demandent une mobilisation générale, y compris à travers des partenariats entre entreprises et universités. La recherche n’a de sens qui si elle se mobilise pour rendre des secteurs compétitifs», souligne Driss Guerraoui.
Cela dit, jusqu’à présent, il n’existe toujours pas de vrai système national de recherche et d’innovation. Le secteur demeure éclaté entre plusieurs intervenants qui œuvrent chacun de son côté, sans qu’il y ait de stratégie globale ou de chef d’orchestre.

 

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