Régions

«Carpet of life» pour soutenir les femmes de M’hamid El Ghizlane

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:5121 Le 06/10/2017 | Partager
Un projet social autour de l’artisanat local visant l’autonomisation des femmes
Amélioration du niveau de vie à travers le commerce équitable et les sessions de formation
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Le projet social « Carpet of life » contribue à créer une dynamique économique au sein de la communauté féminine de l’oasis M’hamid El Ghizlane, en valorisant leur savoir-faire artisanal et en participant à leur autonomisation (Ph. Carpet of life)

A M’hamid El Ghizlane, où l’exode rural continue de vider l’oasis de ses hommes et de ses jeunes, les femmes se retrouvent dans une vie monotone où très peu de choses se passent. Après s’être occupées des enfants et des tâches ménagères, certaines femmes se livrent à quelques travaux agricoles ou d’élevage pour s’assurer un revenu supplémentaire pour leurs petites familles. D’autres s’adonnent à des activités de tissage, de confection d’objets ou de décoration pour leur utilisation personnelle ou une vente occasionnelle.

Le tissage des tapis dits Boucharouete fait partie du savoir-faire local de la plupart des familles d’origine nomade. C’est autour de ce savoir-faire ancestral qu’un projet social maroco-hollandais a vu le jour. «Carpet of life» est un projet adoptant les principes du «fair design» ou le design équitable, qui participe à l’autonomisation des femmes de cette oasis en assurant un revenu décent, tout en valorisant le talent local. Le projet a commencé à la fin de 2012 dans le cadre d’un partenariat entre l’association  locale Taragalte et l’organisation hollandaise Butterfly Works, qui supporte des projets sociaux à travers des solutions adaptées dans les économies émergentes en Afrique, Asie et Amérique du Sud.

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Basées à Gand en Belgique, Marion et Hendrikje, deux sœurs actives et enthousiastes, développent la marque Carpet of life en Belgique depuis 2015. L’équipe locale à M’hamid est composée quant à elle de Zeineb, Meryem, Nazha et Zahra, qui jouent le rôle de coordinatrices locales. Celles-ci s’occupent de l’organisation du travail mais aussi de la vie quotidienne du groupe des femmes artisanes provenant des 10 villages de l’oasis. A travers des sessions de formation, Carpet of life tend également à développer l’autonomie de ces femmes afin qu’elles renforcent leur confiance et leur indépendance.

«Nous considérons le design comme moyen pour l’autonomisation des femmes. Nous travaillons avec des femmes artisanes à M’hamid El Ghizlane pour réaliser un projet de vie pour celles-ci et participer également au développement durable à travers le recyclage des vêtements», assurent Marion et Hendrikje. Les artisanes possèdent un grand talent créatif. Développer leur créativité et leur talent leur permet aussi bien de nourrir leurs envies personnelles que de se connecter au reste du monde. Car le tapis «Carpet of life», n’est pas un tapis ordinaire: il est confectionné avec l’intention de transmettre des souvenirs et une mémoire liée à une personne ou des évènements.

En effet, les tapis Boucharouete sont créés d’habitude à partir de toute matière récupérable: vêtements anciens, torchons, draps et même des sacs en plastique. Le but est de récupérer ce qui est inutilisable pour en faire quelque chose d’utile. Or chez la femme nomade, le tissage est nourri par une histoire ou un souvenir qui sont une source d’inspiration pour le choix des motifs et des couleurs. «Toute la matière première qu’on utilise sont les vêtements des clients (en Europe ou au Maroc), ce qui permet de donner une nouvelle vie aux vêtements non utilisés, mais surtout de transmettre à chaque tapis conçu une mémoire, d’où le nom Carpet of life (tapis de la vie)», explique les designers.

Plusieurs clients ne savent pas quoi faire avec les vêtements d’une personne chère qui est décédée par exemple. Le Boucharouete permet de conserver le souvenir de cette personne et accueillir sa mémoire en utilisant ses propres vêtements. Ce qui est une manière de rappeler l’authenticité et la singularité de la vie nomade du désert, pleine de

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poésie, de sensibilité et d’attachement aux ancêtres. Ainsi, la collecte des vêtements des clients se fait en Belgique, suivie d’un échange sur le type de tapis et le design recherché par le client.

Par la suite, les vêtements sont envoyés jusqu’à Ouarzazate, où ils sont récupérés par le partenaire local qui les ramène à M’hamid. Les coordinatrices se chargent alors de raconter l’histoire des personnes qui ont porté ces vêtements, aux femmes artisanes afin de créer une connexion. Certains clients font le voyage jusqu’à M’hamid pour échanger avec ces femmes artisanes ou pour récupérer leur tapis en personne.
Le projet Carpet of life a réussi ainsi depuis plusieurs années, à améliorer la vie de la communauté de l’oasis, développer une économie locale durable et donner l’opportunité aux femmes de faire valoir leur talent.

De notre correspondante, Sabrina BELHOUARI

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