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Affaire Samir: La CDT en colère

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5121 Le 06/10/2017 | Partager
La liquidation sur la table des négociations avec le gouvernement
La prorogation de l’activité de la raffinerie prend fin le 21 octobre
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La CDT annonce pour le 14 octobre une marche en voitures de Mohammedia au tribunal de commerce de Casablanca et une autre pour le 28 octobre, à pieds cette fois-ci, de Mohammedia à la wilaya de Casablanca. Le syndicat exige que «l’Etat parraine le dossier de la raffinerie Samir» (Ph. FF)

La Confédération démocratique du travail (CDT) sort le grand jeu. «La raffinerie Samir est en cessation d’activité (depuis août 2015). Aucune annonce officielle sur (son éventuel) rachat par des repreneurs. Pas de dialogue ni d’informations non plus. Ni avec le gouvernement ni avec ceux qui dirigent la Samir (le liquidateur judiciaire)», déclare Houssein El Yamani, le SG de la branche pétrolière de la centrale syndicale.

Cette sortie s’est déroulée le jeudi 5 octobre au siège de la CDT à Casablanca. Elle intervient à la veille de deux événements majeurs. D’abord, le houleux dialogue social prévu le 9 octobre à Rabat avec l’exécutif. Ensuite, la prorogation judiciaire de l’activité de la raffinerie en faillite qui s’achève samedi 21 octobre.

A quoi faudrait-il s’attendre? La CDT ne mise pas totalement sur la procédure judiciaire. La vérification des créances déclarées est en cours au tribunal de commerce de Casablanca. La douane, les banques, les fournisseurs étrangers et locaux réclament plus de 40 milliards de DH à l’unique raffineur du Royaume. Il y a aussi l’examen d’obscures offres de reprise déposées auprès du syndic judiciaire. Circulez, il n’y a rien à voir! Tel semble être le mot d’ordre qui prime pour l’heure chez les acteurs de la plus grande liquidation de l’histoire du Maroc. Et visiblement, même la CDT n’est pas à l’aise face à cette situation: «Des pourparlers sont en cours entre le tribunal et les investisseurs (potentiels)...». Et c’est tout! Or le syndicat figure parmi les trois contrôleurs désignés par la justice pour suivre la liquidation décidée en mars 2016.

Que reste-t-il à faire? Aller frapper à la porte de l’exécutif pour lui réclamer une «solution durable». A l’instar de ses «camarades», Abdelkader Zaer, numéro 2 de la CDT, veut y croire dur comme fer. Pour ce vétéran, la vente de la Samir en 1997 à un investisseur saoudien est un «mariage tronqué», «une faute de l’Etat»...  Ce dossier «historique» et politique «a un poids économiquement lourd.

L’Etat doit mettre la main à la poche en abandonnant ses créances», estime le syndicaliste. La douane est le plus gros créancier. L’idée de la CDT est qu’elle réinjecte au nom de l’Etat ses 13,5 milliards de DH dans le capital de Samir. Quitte à mettre entre parenthèses son désengagement du secteur de l’hydrocarbure entamé en décembre 2015. 

  «Un retour au source en somme. Soit via une entité d’économie mixte comme au début de la Samir en 1959 (Etat et compagnie italienne). Soit une reprise totale de la raffinerie quitte à en sortir après», déclare Najib Rami, représentant du syndicat à la Samir. Le gouvernement «sort toujours la même rengaine» y compris lors des questions-réponses au Parlement: «Le dossier est entre les mains de la justice». L’exécutif fait aussi le mort aux demandes d’entrevues.

«Il n’y a pas eu de suite à nos demandes de rendez-vous avec l’ancien et nouveau chef du gouvernement et leurs ministres de l’Energie et des Finances...», regrette Abdelghani Erraki, membre du bureau  exécutif de la CDT. La dernière correspondance date du 19 septembre 2017 et a été envoyée par un pool syndical comptant aussi la FDT et l’UNTM. Aucune réponse gouvernementale à ce jour.

Le dialogue social approche à grands pas. Le syndicat que dirige l’inamovible Noubir Amaoui veut en profiter «pour poser le dossier Samir sur la table». Les 900 salariés, eux, ne voient pas le bout du tunnel. «C’est la grande inconnue pour notre avenir. Nous n’avons droit qu’à quelques bribes d’information sur la procédure en cours», selon des témoignages recueillis. Les revenus mensuels des employés ont chuté de 45% «à cause du gel des compléments de salaires et pas de couverture médicale depuis la mi-2016», indique la CDT.

On l’aura compris: ce sont toujours les salariés qui payent finalement les pots cassés. Les experts judiciaires n’ont-ils pas pointé du doigt «la mauvaise gestion» du top management? Direction générale et conseil d’administration s’entend.

 

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