Société

Représentativité féminine: Partis et syndicats à la traîne

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5120 Le 05/10/2017 | Partager
Très peu de femmes dans les instances décisionnelles
Le quota favorise une présence quantitative mais pas qualitative
Un guide pour renforcer l’implication politique féminine
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Les associations féministes ont multiplié les manifestations pour protester contre la marginalisation des femmes, surtout en termes d’accès aux postes de responsabilité. Un constat conforté par les résultats de l’étude menée dans le cadre du projet Lysistrata. Pourtant, elles bénéficient d’un bon capital image. Les personnes interrogées considèrent qu’elles sont «efficaces», «crédibles» et «moins corrompues» (Ph Bziouat)

Lors des campagnes électorales, les partis brandissent systématiquement les slogans de la parité et de la protection des droits des femmes et de leur émancipation. Pourtant, la représentativité féminine au sein des structures internes des partis, des syndicats et des associations reste très faible. Surtout dans les instances décisionnelles. C’est ce qui ressort d’une étude réalisée par un réseau d’ONG marocaines et espagnoles, dans le cadre du Projet Lysistrata pour le renforcement de la participation des femmes.

Ce travail a porté sur les trois catégories d’organisations de participation politique, à savoir les partis, les syndicats et les associations. L’examen du taux de présence des femmes au sein des instances décisionnelles de 74 organismes, fait ressortir que dans plus de la moitié d’entre eux, il varie entre 15 et 49%. Si la plupart ont adopté le système du quota pour favoriser une plus grande représentativité féminine, seules 11 structures sur 23 ont opté pour un quota de 30% ou plus. Pour les rédacteurs de cette étude, «des efforts ont été menés ces dernières années en termes de renforcement de la présence des femmes dans les centres de décision politique. Mais cette participation reste loin de l’objectif de la parité».

Même au niveau des ONG, seules 3 sur les 20 associations objet de l’étude disposent d’une composition de leurs instances internes respectant le principe de parité. La situation est plus critique au sein des syndicats. Aucune centrale n’a prévu un quota garantissant un taux minimum de 30% de représentativité féminine. Globalement, ce document rappelle que cette question de discrimination positive ne fait pas encore l’unanimité au sein des partis et des syndicats. D’autant qu’elle «garantit uniquement une présence quantitative et non qualitative».

D’ailleurs, c’est ce qui ressort des réponses des responsables interrogés dans le cadre de cette étude. «46% des femmes sondées ont avancé que leurs opinions sont peu entendues au sein des organisations de participation politique». Les femmes leaders, surtout dans le domaine politique, souffrent toujours d’un problème de perception. 65% des sondés avancent que «les femmes responsables ne sont pas respectées à l’instar de leurs homologues de sexe masculin». Pourtant, leur réputation est plutôt positive. Les personnes sondées considèrent qu’elles sont «efficaces», «crédibles et organisées», «moins corrompues» et font preuve d’une «plus grande transparence».

Cette situation est liée, selon cette étude, à plusieurs contraintes. En tête, la persistance de la culture patriarcale et des clichés liés au genre, en plus de la résistance des hommes au sein des organisations de participation politique.
Les rédacteurs de ce document plaident pour une refonte de la loi organique sur les partis politiques pour garantir une plus grande présence des femmes au sein de leurs instances décisionnelles. Ils appellent aussi à prévoir le même dispositif pour les syndicats. Un «guide pour le renforcement de la participation des femmes dans les centres de décision» a été aussi élaboré dans le cadre du projet Lysistrata. Il est destiné aux partis, syndicats et associations en tant «qu’outil de travail, basé sur les meilleures pratiques internationales».

Agressions sexuelles

Ce réseau d’ONG s’est également greffé au débat sur la lutte contre les agressions sexuelles. Surtout que plusieurs affaires ont récemment défrayé la chronique. Un protocole pour la protection des femmes des agressions, a été élaboré dans le cadre du projet Lysistrata. Il vise à «renforcer la prise de conscience au sein de la société civile pour assurer une meilleure protection des victimes». Ce document plaide pour le déploiement d’une série de mécanismes de protection. Sur le plan juridique, il s’agit de muscler la législation sanctionnant les cas de harcèlement sexuel. Cet effort devra être accompagné d’une mobilisation des ONG en termes d’éducation et de sensibilisation. Sur ce point, ce protocole remet sur la table la revendication d’intégrer l’éducation sexuelle dans les manuels scolaires. Porté par un réseau de plus de 40 associations, ce protocole est ouvert aux signatures des autres ONG. Il sera accompagné d’un plan d’action avec des indicateurs de suivi et d’évaluation, fait-on savoir.

Repères

  • 74 instances décisionnelles des partis, syndicats et ONG ont été couvertes par cette étude
  • 7 d’entre elles affichent un taux de participation féminine inférieur à 15%
  • 46% des femmes sondées considè-rent que leurs opinions sont peu entendues dans les organisations politiques
  • 43% des sondés estiment que les avis des femmes ne sont pas pris avec le même sérieux que ceux des hommes
  • 80% des personnes interrogées reconnaissent l’existence d’une discrimination à l’égard des femmes dans les manifestations publiques.

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