Culture

Quand l’art contemporain palestinien se moque des frontières

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5119 Le 04/10/2017 | Partager
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Amina Hamshari est la directrice de l’Institut  culturel franco-palestinien à Paris. Pour elle, les artistes palestiniens qui vivent dans un territoire fermé ont besoin du regard critique de l’autre (Ph. DR)

Le festival Palest’In&Out a posé ses valises le temps d’un week-end (du 29 septembre au 1e octobre) au centre culturel l’Uzine à Casablanca. L’évènement parisien met en lumière la création palestinienne dans ce qu’elle a de plus contemporain, dans ses formes d’expression, dans les sujets qu’elle aborde, à travers de jeunes artistes vivant à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Portée par l’Institut culturel franco-palestinien (ICFP), la manifestation a offert un panorama de la scène actuelle palestinienne, des arts visuels en passant par le cinéma, la littérature ou encore la musique. Amina Hamshari, la directrice de l’ICFP nous en dit plus.  

- L’Economiste: Vous êtes la directrice de l’Institut franco-palestinien, pouvez-vous nous présenter votre institution?
- Amina Hamshari:
C’est une association que nous avons créée en 2012 à Paris, parce que nous nous sommes rendu compte que la culture contemporaine palestinienne était très méconnue en France. Que la culture officielle palestinienne est très souvent enfermée dans des clichés de folklore ou d’artisanat: la broderie, la céramique, le keffieh... des images qu’il n’est pas question de mépriser, mais il est important pour nous de mettre la lumière sur une scène contemporaine très dynamique, qui a besoin de visibilité. Les artistes ont besoin également d’être en contact avec des professionnels pour évoluer et être diffusés. D’autant plus que quand on habite dans un territoire fermé, on a besoin d’être confronté au regard critique de l’autre.
 
- Comment fonctionne donc votre organisation?
- Nous avons mis en place plusieurs mécanismes et nous avons constitué un réseau d’artistes et de professionnels du milieu de la culture pour appuyer notre démarche. Pour prendre l’exemple de la manifestation Palest’In&Out, nous procédons par appel à projet à l’intention des artistes de moins de 35 ans en art visuel, cinéma, danse contemporaine et musique alternative.
Les candidats sont sélectionnés par un jury de professionnels de très haut niveau dont le plasticien Ernest Pignon-Ernest ou l’auteure compositrice Kamylia Jubran… ce qui donne de la crédibilité à notre action. Les lauréats sont invités à performer pendant le festival et bénéficient en plus d’une résidence artistique à Paris. Pour l’édition 2016, nous avons  organisé également une édition parallèle du festival dans plusieurs villes palestiniennes comme Ghaza, Naplouse, Jérusalem et Ramallah et cette année, nous avons organisé une version spéciale à Casablanca en partenariat avec l’Uzine.

- Comment est perçu le festival en France?
- Nous avons eu un très grand succès pour les deux éditions du festival (2015 et 2016). Tous les spectacles affichaient complet. Ce qui est intéressant, c’est que pour une fois, le public n’était pas composé d’associations de soutien à la Palestine ou de sympathisants à la cause, mais de véritables amateurs. Nous avons investi des lieux emblématiques de la culture parisienne, comme le New Morning ou la Gaité Lyrique et le public était présent pour la qualité des prestations et non seulement par sympathie

- Pensez-vous qu’on peut aujourd’hui créer en dehors du conflit quand on est un artiste palestinien?
- Nous sommes toujours le résultat de notre héritage et de notre histoire, c’est un fait. Je vous donne l’exemple de l’artiste Randa Madeh qui est en résidence à Paris depuis un an, qui a eu une phase de doute à son arrivée parce qu’elle se disait sur quoi elle allait travailler maintenant qu’elle n’est plus confrontée à l’occupation au quotidien. Aujourd’hui, elle ne sent plus cette pression et son travail est différent. Mais on ne peut pas exclure le fait que beaucoup d’artistes sont marqués par le conflit et l’expriment à différents niveaux, avec des sensibilités différentes, le plus souvent avec beaucoup de subtilité. Il y a également d’autres artistes qui transforment ces problématiques en quelque chose de plus universel comme la photographe et vidéaste Asma Ghanem qui travaille sur l’enfermement du corps d’une manière plus générale.
Propos recueillis par Amine BOUSHABA

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