International

Marchés financiers: Le calme qui précède une probable tempête

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5119 Le 04/10/2017 | Partager
Les actions seraient surévaluées, les risques sous-estimés selon Coface
Une «correction brutale» est possible

Des marchés peu volatils et une évaluation en hausse sur les marchés actions. Cette situation apparemment favorable comporterait un risque d’après le «Baromètre risque pays & sectoriels» du troisième trimestre 2017, publié récemment par Coface.
L'été 2017 a été particulièrement calme en comparaison avec ceux de 2015 et 2016, marqués par le krach boursier en Chine puis par le Brexit. Par conséquent, les marchés financiers ont affiché une très faible volatilité. L’indice Vix(1) atteint au 21 juillet 2017 «son point le plus bas depuis décembre 1993», constate Coface.

Ce dernier explique cette faiblesse par l’atténuation du risque politique en Europe, la plupart des échéances électorales étant déja passées (sauf les élections législatives en Italie). L’indice d’incertitude politique en Europe (EPU) montre qu’elle est deux fois moins importante qu’en début d’année. Les investisseurs ont été rassurés par les résultats des élections en France, ainsi que par les nouvelles encourageantes sur le plan économique. L’indice Vix est cependant légèrement remonté en août suite aux tensions avec la Corée du Nord.

D’un autre côté, les évaluations sur les places boursières ont atteint des records. L’indice boursier américain de référence S&P a touché son plus haut point depuis le 7 août. L’indice britannique FTSE 100 et l’indice MSCI (pays émergents) ont enregistré des évolutions similaires. Selon Coface, cette performance reflète une «appétence particulièrement forte chez des investisseurs plus tolérants au risque pour ces marchés actions». Ceux-ci sont attirés par les rendements plus attractifs que ceux proposés par les marchés des obligations, affectés par la faiblesse des taux d’intérêt.

En d’autres termes, l’assureur fait valoir l’hypothèse que les investisseurs sous-évaluent les risques liés aux marchés actions, et surévaluent les entreprises. «Bank of America Merrill Lynch a d’ailleurs publié en août une enquête indiquant que 44% des gestionnaires de fonds interrogés considéraient que le prix des actions était surévalué», indique Coface.

La surévaluation des actifs (ou bulle) est en effet une caractéristique commune des périodes qui précèdent les crises financières. À titre d’exemple, la crise de 1929 avait été précédée par une période de hausse des cours qui s’est prolongée du début des années 20. La crise de la dette des pays en voie de développement de 1980 est un autre des nombreux exemples. Avant ce krach, les marchés étaient caractérisés par un engouement pour les nouveaux champions émergents. Sans oublier le cas le plus récent (celui de 2008) précédé par la surévaluation des actifs immobiliers.

La reprise de l’économie mondiale n’est donc pas vide de risque. La bonne santé apparente de l’économie américaine reste tributaire des politiques encore floues de Donald Trump. De la même manière, la problématique de l’endettement des entreprises pèse sur l’apparente résilience de l’économie chinoise. Par conséquent, Coface fait valoir l’existence d’une possibilité de «correction, plus ou moins brutale si les bénéfices sont inférieurs aux attentes».

Ce qui pourrait déclencher la rupture

Cette correction pourrait être déclenchée par «une prise de conscience brutale en cas de parution d’indicateurs économiques dégradés et regardés par le marché». De plus, un resserrement plus important que prévu des politiques monétaires de la Fed et de la BCE pourrait affecter significativement les conditions financières des entreprises. (cf. L’Economiste éditions du 07/09/2017, 16/06/2017). La probabilité d’une hausse des taux d’intérêts à court terme serait de 7% selon Stefan Gerlach, économiste en chef chez EFG bank. Elle monte cependant à 30% dans l’optique où la croissance et l’inflation montent plus rapidement.

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(1) Volatility index, indice implicite de volatilité établi par le Chicago Board Options Exchange (CBOE).

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