Competences & rh

Salaire des dirigeants: «Le marché se régulera lui-même»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5118 Le 03/10/2017 | Partager
L’arrivée de candidats d’Europe du Sud et de MRE finira par limiter les tensions
La part de la rétribution variable doit être plus prononcée
Stratégie nationale de l’emploi: Très faible dose de formation!
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Hicham Zouanat, président de la commission emploi de la CGEM: «Nous ne révolutionnerons pas le marché de l’emploi sans réviser de fond en comble la législation et les charges supportées par les entreprises» (Ph. L’Economiste)

- L’Economiste: Cette inflation salariale menace-t-elle l’attractivité de l’offre Maroc?
-  Hicham Zouanat:
La compétitivité du Maroc ne se limite pas aux salaires. Elle se mesure à l’aune de la productivité des salariés, ainsi qu’en termes d’équité des coûts liés à la fiscalité, au financement, aux charges sociales, au foncier et à l’énergie.
Il est vrai que nous payons nos dirigeants plus cher que nos voisins, mais il convient de comparer les performances et les rendements. Pour limiter l’inflation de leurs salaires, il faut introduire une part variable plus assumée, pouvant servir d’accordéon en cas de crise économique.
- Cette surenchère salariale ne vous inquiète donc pas outre mesure?
- Je pense que le marché se régulera lui-même. Si nous continuons ainsi, nous attirerons de plus en plus de candidats d’Europe du Sud sur le marché. Nous aurons aussi plus de retours de MRE. D’ailleurs, la tendance commence à se faire sentir.   
Le niveau de rémunération en lui-même n’est pas problématique. Néanmoins, il faudrait que le salaire soit structuré en part fixe raisonnable, et en part variable déplafonnée. Cela limiterait le risque d’une inflation salariale sans contrepartie en termes de performance et de croissance.  

 - La nouvelle stratégie de l’emploi peut-elle rapidement apporter des réponses?
- J’y ai trouvé une très faible dose d’apprentissage et de formation alternée. A la CGEM, nous sommes en train de travailler afin de proposer de vrais leviers. L’apprentissage est en fait un vaccin contre le chômage des jeunes. C’est le cas en Allemagne et en France où des millions de jeunes sont pris en charge.
Une stratégie nationale de l’emploi ne doit pas se limiter au ministère de tutelle. C’est un plan Marshall du gouvernement qui doit intégrer les partenaires économiques, représentés par la CGEM. Un travail très technique a été élaboré. Cependant, il est loin de répondre à la problématique de l’emploi au Maroc.
Vous ne recrutez pas plus de personnes parce que l’on vous a réduit 2 ou 3 points au niveau des charges, ou parce que vous bénéficiez d’un ou de deux contrats jeune dans lequel vous êtes affranchi de charges sociales. Les entreprises embauchent massivement lorsque leurs carnets de commandes sont bien remplis. Et ces carnets ne peuvent l’être que si l’offre Maroc, dans son ensemble, fiscalité, énergie, foncier et RH… est attractive. Sans compter la nécessité de partenaires sociaux capables de faire preuve de flexibilité. Autrement, nous ne pouvons pas parler de stratégie nationale de l’emploi. Il est nécessaire de changer de paradigme, d’oser plus en matière de législation et de réglementation pour ne pas faire fuir les gens avant qu’ils ne décident de recruter.

- Les objectifs affichés (200.000 emplois par an, 8,5% de chômage d’ici 2021) sont-ils réalistes?
- Tout dépend des projets et des engagements des autres ministères, notamment celui de l’Industrie. Je reste, cela dit, sceptique. Nous ne révolutionnerons pas le marché de l’emploi sans réviser de fond en comble la législation, les charges de l’entreprise… et sans faire preuve de flexibilité.

- Quelles sont les mesures que vous voudriez voir dans la stratégie?
- D’abord, un investissement fort dans la formation et la qualification des chômeurs. L’Indemnité pour perte d’emploi (IPE) est un dispositif très intéressant, auquel la CGEM s’est associée. Elle en finance les deux tiers. Toutefois, cet instrument ne devrait pas se limiter à rémunérer les chômeurs. Il doit surtout les aider à trouver un travail, à travers un dispositif de formation. Les contrats spéciaux de formation pourraient, par exemple, également financer une partie de la formation des chômeurs ayant perdu leur emploi.

Formation continue: Un projet de loi qui s’éternise

Cela fait des années que la loi sur la formation continue est dans le circuit d’adoption. En 2014, la CGEM a été sollicitée pour apporter des recommandations. Mais depuis, silence radio. «Nous avons hâte d’avoir enfin une loi qui détaille les obligations des employeurs: bilan de compétences, un minimum de 3 jours de formation par salarié et par an, des crédits formation…», confie Hicham Zouanat. «J’espère que le processus législatif s’accélèrera. Malheureusement, le temps politique déteint négativement sur le temps économique», poursuit-il.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

 

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