Economie

TIR: Grosse menace sur l’export

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5116 Le 29/09/2017 | Partager
Dès le 7 octobre, les routiers marocains ne pourront plus entrer en Espagne
Le quota d’autorisations sera épuisé
La CGEM dénonce l’accord Maroc-Espagne
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Des camions de transports de marchandises attendant d’embarquer via  TangerMed (Ph. L’Economiste)

C’est une bien mauvaise nouvelle pour les opérateurs du transport international routier. Le ministère de l’Équipement et du Transport vient d’informer officiellement la CGEM qu’à partir du samedi 7 octobre, il n’y aura plus d’autorisations de voyage en Espagne. Une sorte de visa qui permet aux transporteurs marocains d’entrer en territoire espagnol en vertu de l’accord bilatéral d’octobre 2012. Par conséquent, les entreprises concernées devront «prendre les précautions nécessaires».

La convention prévoit l’échange de 30.000 autorisations à usage unique pour chacune des parties signataires en fonction des flux de l’année précédente. Sauf que le deal s’est avéré défavorable car les opérateurs marocains épuisent rapidement leur quota avant même la fin de l’année sans pour autant que cela corresponde à un flux, mais à des opérations de transit.

C’est d’ailleurs ce qui est arrivé cette année. En juin dernier (voir notre édition n°5043 du 12/06/2017), la CGEM avait tiré la sonnette d’alarme suite à la menace de grève lancée par certaines entreprises de transport. Si bien que le secrétaire d’Etat avait tenté de calmer le jeu en obtenant de son homologue une rallonge de 9.000 autorisations pour la saison estivale. Ce qui s’est révélé bien en dessous des besoins.

De l’autre côté, les transporteurs espagnols n’ont toujours pas épuisé leur quota de l’année 2017. Comment s’expliquent ces distorsions? «La plupart des opérateurs espagnols transportent des marchandises à destination du Maroc par  remorques via des bateaux (Ro Ro). Une fois arrivée au Royaume, la remorque est ensuite accrochée à un tracteur marocain. L’opération ne nécessite pas d’autorisation», explique Mohamed Talal, président de la commission logistique de la CGEM. Par conséquent, lorsque le Marocain doit utiliser une autorisation pour se rendre en Espagne, son homologue espagnol bénéficie d’un sauf-conduit en vertu de l’accord entre les deux pays.

Les entreprises de transport international routier sont maintenant officiellement notifiées. Leurs camions ne pourront plus aller en territoire espagnol à partir du 7 octobre. La seule option qui s’offre à elles consiste à transiter par le port TangerMed pour contourner l’Espagne. Une fois dans l’espace Schengen, le camionneur pourra décharger la marchandise exportée vers ce pays. Sauf que «les bateaux n’ont pas la capacité de transporter tous les camions, d’autant que cette rupture de stocks coïncide avec le démarrage de la période d’export des fruits et légumes. Le transit par bateau coûtera plus cher et nécessitera plus de temps», précise la CGEM.

Aujourd’hui, les opérateurs marocains ont l’impression de demander la charité à chaque fois qu’il faut demander des autorisations supplémentaires. C’est le ministre du Transport qui sera dans une position inconfortable car il faudra faire preuve de beaucoup de diplomatie pour ne pas froisser les responsables espagnols. La CGEM, elle, est à l’offensive. «Nous dénonçons officiellement cet accord totalement déséquilibré et demandons au gouvernement d’en négocier un autre sur la base de nouvelles conditions, avec l’implication de l’ensemble des professionnels», fulmine Abdelilah Hifdi, président de la Fédération du transport et de la logistique.

L’une des premières exigences des professionnels concerne l’obligation d’appliquer l’autorisation à la remorque et non plus au tracteur qui ne rentre jamais en territoire national. L’objectif étant de prévenir le subterfuge auquel recourent certains transporteurs espagnols pour contourner l’obligation de l’autorisation et d’obtenir un accord plus équilibré.

L’accord de tous les désaccords

L’asymétrie dans l’accord Maroc-Espagne en matière de transport international routier se traduit par l’épuisement rapide du quota d’autorisations (30.000) par la partie marocaine alors que son homologue n’en utilise en moyenne que 4.000. Mais sur le terrain, les choses sont différentes. Ainsi, l’année dernière, par exemple, plus de 48.000 remorques isolées sont arrivées au Maroc en provenance d’Espagne. Un chiffre largement supérieur au nombre d’autorisations. Elles sont ensuite récupérées par des tracteurs immatriculés au Maroc. Une opération qui n’impacte pas le quota d’autorisations espagnol. Des commissions mixtes se réunissent régulièrement pour évaluer l’accord et convenir d’une nouvelle répartition des lots d’autorisations.

 

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