Chronique

A propos du récent rapport de la Banque mondiale sur le Maroc

Par Mohammed GERMOUNI | Edition N°:5112 Le 25/09/2017 | Partager

Mohammed Germouni a exercé dans la banque, dans la haute administration et dans l’enseignement à l’université au Maroc et à l’étranger. Il a publié notamment deux ouvrages, un premier sur les questions d’engineering et de technologie à Rabat, un second sur le protectorat français au Maroc, avec un nouveau regard, aux éditions L’Harmattan à Paris (Ph. MG)

La publication officielle  du dernier rapport de la Banque mondiale, relatif au Maroc, lui anticipant  la possibilité, voire l’éventualité, d’intégrer en 2040 le club  des «pays (dits)  émergents», au terme de plus des deux prochaines décennies, ne peut pas ne pas interpeller l’observateur curieux.

Selon les rédacteurs de ce document, pour parvenir à un tel objectif, le pays devra engager d’importantes réformes jugées prioritaires et remplir quelques conditions techniques de nature en particulier à favoriser la réalisation annuelle d’un taux minimal de l’ordre de 4 points de croissance du produit intérieur brut par habitant, en moyenne sur la longue période retenue.

Evénement particulier

Il n’est guère besoin  de rappeler que cette catégorie de document, émanant de ce même organisme, a toujours constitué une sorte d’événement particulier au Maroc, notamment pour les initiés s’intéressant à la chose économique et à la décision politique, alimentant souvent débats, controverses, voire des polémiques  en interne à propos  des éléments, données et modèles avancés dans les études publiées par le Groupe de ladite Banque et sa filiale, la SFI. Les mesures et avis de cet organisme se sont souvent ultérieurement mus en force de lois faisant de bonne guerre traiter ainsi les  autorités en place de suivisme aveugle par l’opposition officielle.

Dans les faits, ce genre de rapport allait subrepticement se substituer au Plan de jadis, d’ailleurs l’un comme l’autre  allaient progressivement développer  un seul et même modèle de croissance de référence. Et il suffit d’observer positivement les formes de communication adoptées et les méthodes d’associer un grand nombre de faiseurs d’opinion, telles que suivies  récemment par la Banque, jusqu’à en faire une opération participative élargie, rappelant les formules-rencontres d’un défunt Conseil du Plan réunissant décideurs, notables et élus.

N’oublions pas, par ailleurs, de souligner que cette institution a été pratiquement au centre de la préparation et du suivi des programmes d’ajustement structurel qui ont été mis en place et déployés pour aider le retour d’un Maroc surendetté  aux équilibres économiques et budgétaires, au cours des années 80 et 90.

Les divers ministres en charge, notamment des Finances et de l’Economie qui se sont succédé, depuis le lancement du dirham au lendemain de l’indépendance, ont été sans distinction, pour la plupart et souvent plus qu’à l’écoute des avis et des points de vue de la Banque autant que ceux du Fonds monétaire international, pour des considérations de réalisme  évident.

Cependant, faut-il le noter, par le passé  dans un contexte  de gouvernance autoritaire et de zèle irrationnel qui avaient prévalu, de tels rapports demeuraient souvent «confidentiels» sinon prohibés pour la plupart et seuls quelques hauts responsables en disposaient, et ce, encore jusqu’à la fin du siècle dernier, et avant l’avènement de l’Internet.

L’information intéressant ce genre de rapport était ainsi accaparée généralement par quelques décideurs au niveau de l’Etat, supposés les seuls interlocuteurs privilégiés de l’institution financière, et la lecture de tels rapports et études  était sinon  restreinte  du moins difficilement accessible aux  éventuels intéressés ne figurant pas sur la liste de l’administration en charge de coordination avec la Banque.

Aussi convient-il  d’enregistrer avec encouragement le progrès accompli, et qui est loin d’être de pure forme, mais dû au changement d’époques et de contextes bien entendu. La nouvelle culture de communication et de transparence relative dans le pays  est somme toute encore  récente, ainsi que celle du Groupe de la Banque lui même d’ailleurs au cours des deux dernières années. Elle se ressent de la transformation intellectuelle intervenue dans le monde des lendemains d’une guerre froide ancienne formule ayant divisé le monde en deux camps longtemps ennemis.

Depuis l’arrivée en 1964 de la première mission de la Banque, le produit national brut  par habitant au Maroc qui était de  l’ordre de 188 dollars US (950 DH)  aura enregistré une progression globale de près de quinze fois, atteignant quelque 2.878 dollars, en moyenne  en 2015. Cette croissance, même relativement régulière, demeure encore à la fois faible et lente, de l’ordre de 2,5% par an, en comparaison avec  quelques pays formant désormais par exemple le fameux club de ceux ayant émergé, avec un niveau de développement de départ comparable à celui du Maroc au début des années 60 du  siècle dernier, tels la Corée du Sud, le Brésil  ou la Chine. 

Pour combler un tel retard, par rapport simplement à ce groupe de pays, ce qui est loin d’être négligeable comme objectif, le dernier rapport de la Banque assigne au Maroc un effort réel au sens plein du terme, fondé sur le capital immatériel, et  sur une période relativement courte. Sans verser dans quelque pessimisme simpliste décourageant, la nature de la tâche des principaux décideurs sera loin d’être aisée mais néanmoins exaltante, pour diverses considérations.

Depuis Kennedy déjà

Il ne s’agit pas du premier rapport intéressant, élaboré sur le Maroc par une équipe appartenant à l’organisation financière internationale de Washington en charge des questions de reconstruction et de développement, car il fait partie d’une relative longue série qui a jalonné les relations  nouées depuis 1963, à l’occasion du premier voyage officiel de Hassan II aux Etats-Unis, quelques mois avant la disparition tragique du président Kennedy. Le monarque avait pris l’habitude de recevoir régulièrement les missions travaillant sur ces rapports et s’intéressait de près à leurs conclusions. Le Maroc allait ainsi faire partie des rares cas que la Banque eut à suivre d’une façon méthodique, et à sa demande, tout au long  de plus d’un demi-siècle écoulé, confirmant ainsi une option  fondamentale en faveur d’un libéralisme certain, permettant de faire quelque peu contrepoids au point de vue européen  davantage présent au Fonds monétaire international, depuis les accords de la conférence de  Bretton Woods ayant créé les deux organismes.

 

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