Economie

Assurance/solvabilité: Les négociations s’annoncent difficiles

Par Franck FAGNON | Edition N°:5112 Le 25/09/2017 | Partager
L’Acaps a transmis un projet de circulaire aux compagnies
La réforme constitue un changement majeur pour le secteur
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Le calcul de la marge de solvabilité devra prochainement tenir compte des risques de toute nature encourus par les assureurs. Jusque-là, seul le risque de souscription est pris en compte. Or, les placements financiers les exposent également. Les actions cotées détenues en direct se chiffrent à 32 milliards de DH soit 24% de leurs placements

Le secteur des assurances connaît une dynamique exceptionnelle ces deux dernières années grâce notamment à la montée en puissance de la branche vie. Au premier semestre, les primes vie émises par les compagnies cotées ont augmenté à deux chiffres. Si la profession se mobilise aujourd’hui pour la mise en place du Takaful, elle a un autre dossier brûlant sur la table dénommé: Solvabilité basée sur les risques (SBR). Le sujet n’est pas nouveau, mais l’on est rentré dans une phase plus active.

L’Autorité de régulation des assurances (Acaps) a transmis un projet de circulaire d’une soixantaine de pages aux opérateurs. Cette réforme constitue une rupture pour le secteur. Le changement majeur touche le calcul de la marge de solvabilité en tenant compte des risques réels de toute nature (de souscription, opérationnel, de politique d’investissement, de marché, de concentration ou encore de contrepartie) encourus. Jusque-là, le calcul tient uniquement compte du risque de souscription, ce qui explique les marges très confortables (trois chiffres) qu’affichent les compagnies. Le changement de méthode va nécessiter l’ajustement des capitaux propres par rapport aux risques encourus.

Les exigences quantitatives retiennent le plus l’attention, mais la réforme touche aussi la gouvernance des compagnies d’assurances et la communication vis-à-vis du régulateur et du public. La Fédération marocaine des sociétés d’assurances a retenu le cabinet Actuaris pour mener une étude d’impact des changements à venir. 

Les négociations s’annoncent difficiles. En attendant un accord sur les coefficients à retenir, certaines compagnies mènent en interne leurs propres simulations. Il y a deux ans, des tests réalisés avaient révélé un resserrement des marges de solvabilité. Une à deux compagnies auraient même échoué (L’Economiste N°4753 du 18 avril 2016). 

Pour l’ensemble des parties prenantes, il est admis qu’il faudra trouver le bon dosage entre le renforcement du cadre prudentiel et le financement de l’économie. Le secteur de l’assurance joue un rôle de premier ordre dans le financement de l’économie. Les placements (affectés aux opérations d’assurance) se chiffrent à 135 milliards de DH. Les avoirs investis dans les bons du Trésor et les obligations privées s’élèvent à 31 milliards de DH.

Les actions cotées pèsent 32,5 milliards de DH dans le portefeuille. Les compagnies investissent indirectement dans ces actifs à travers les OPCVM. Les parts d’OPCVM obligataires, actions, diversifiés et contractuels en portefeuille totalisaient 51 milliards de DH à fin 2016. Les changements réglementaires pousseraient les assureurs à revoir leur politique d’investissement. L’étroitesse du marché financier sera un élément non négligeable dans les discussions.

                                                              

Où va l’argent des assureurs

L’encours des placements des assureurs a atteint 152 milliards de DH (15% du PIB) en 2016 dont 135 milliards de DH affectés aux opérations d’assurance. Le portefeuille affecté aux opérations d’assurance est réparti à hauteur de 49% sur les actifs de taux et 45% en actions. Les bons du Trésor et les obligations privées représentent 23% des investissements du secteur. Les placements dans les OPCVM obligataires, eux, se chiffrent à 32 milliards de DH.

Les montants investis en direct en Bourse ont augmenté de 6% sur un an à 32,5 milliards de DH. Les titres bancaires dominent dans le portefeuille actions cotées. Le niveau d’exposition sur ces valeurs s’explique en partie par les liens capitalistiques entre certains assureurs et des banques. Les compagnies interviennent indirectement en Bourse à travers les OPCVM. Les parts d’OPCVM actions, diversifiés et contractuels ont grimpé de 31% en 2016 à 19,4 milliards de DH sous l’effet notamment du bond de 30% du Masi en 2016. L’année dernière, les placements des assureurs ont rapporté 4,6 milliards de DH.

 

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