Entreprises

Les femmes au travail, c’est du PIB additionnel!

Par Amin RBOUB | Edition N°:5107 Le 15/09/2017 | Partager
Les conclusions d’une étude récente du cabinet BCG
Encore de la discrimination insidieuse dans les entreprises
A compétences égales, l’homme a plus de chances
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Selon le cabinet Boston Consulting, parmi les principaux facteurs de blocage à la féminisation en entreprise, figurent les freins au recrutement, les clichés, ou encore la culture d’entreprise encore machiste et la rétention des opportunités de plans de carrière

Comment lutter contre les stéréotypes et les clichés? Comment briser le plafond de verre? Comment mettre à plat les enjeux liés à la féminisation des postes de dirigeants au Maroc et à l’étranger? Le Cabinet international Boston Consulting Group (BCG) vient de faire une analyse assez rigoureuse sur la place de la femme dans l’économie marocaine.

Les conclusions tirées sont riches en enseignements. Les consultants de BCG sont partis du parcours de quatre jeunes femmes nées en 1990 dans quatre coins du monde (Copenhague au Danemark, Riyad en Arabie saoudite, Casablanca au Maroc et Abidjan en Côte d’Ivoire).

A partir de ce benchmark international, BCG déduit qu’il y a de fortes disparités et moins de chances en fonction du lieu/pays et environnement en termes de l’accès à l’éducation, l’accès au monde du travail, l’ascension vers un poste de responsabilité, voire de dirigeante. A titre d’exemple, la femme marocaine n’a que 60% de chance à apprendre à lire et à écrire.

Du coup, elle a une chance sur quatre de trouver un emploi et une chance sur 10 d’atteindre un poste de responsabilité. Selon une dirigeante de BCG, l’étude a remonté plusieurs niveaux d’informations. D’abord, la situation de la femme est assez précaire. A peine 25% de la population active féminine est effectivement employée. En revanche, ce même taux oscille entre 48 et 50% dans le monde, soit le double de l’employabilité féminine. Par ailleurs, la majorité des 25% de femmes actives au Maroc occupent des postes sous qualifiés (ouvrières dans l’industrie, opératrices dans le câblage, travailleuses agricoles, cueilleuses dans les champs...).

Sur les 25% de femmes actives, moins de 10% ont un statut de cadres. Sur le registre de l’entrepreneuriat, seuls 9% sont de sexe féminin. Résultat: «Une situation de la femme qui est en marge du marché de l’emploi, pour diverses raisons, essentiellement culturelles, sociales et historiques», résume Lisa Ivers, Managing director chez BCG Maroc. Pour la consultante en chef, à l’origine de cette situation de précarité féminine, il y a des raisons liées à la répartition des tâches ménagères à la gent féminine, des conditions historiques et un blocage culturel qui conditionnent l’accès à l’éducation et à la scolarité de la fille... Un cercle vicieux! Du coup, systématiquement, la femme est moins qualifiée que l’homme.

C’est ce qui explique qu’elle occupe des postes précaires avec moins de responsabilité, essentiellement dans l’agriculture, l’artisanat, tissage, textile, travail domestique, l’informel... Par conséquent, les infrastructures liées à l’environnement du travail ne se développent pas de manière à permettre à la femme d’évoluer dans des conditions épanouissantes. Parmi les infrastructures qui n’existent pas, les structures qui prennent en charge les enfants en bas âge au sein de l’entreprise. S’y ajoute l’absence d’incitations pour favoriser l’accès au monde du travail.

Bien évidemment, cette situation n’est pas le propre du Maroc uniquement. La mixité des femmes est une problématique mondiale. Chiffres à l’appui, plus de la moitié des diplômés universitaires dans le monde sont des femmes (56%). En revanche, elles ne sont que 38% à occuper un emploi dans l’entreprise. Elles sont à peine 15% cadres supérieurs à l’échelle mondiale. Au niveau du commerce, 9% seulement sont de sexe féminin. «Il y a donc une perte en ligne du taux de féminisation à chaque niveau de responsabilité», déduit la dirigeante du cabinet BCG.

Sur un tout autre registre, celui de la rémunération, les comparaisons salariales font qu’à compétences égales, les femmes gagnent moins 45% que leurs homologues hommes. A l’international, BCG vient également de sonder cette année les disparités flagrantes de la représentation féminine, la mixité, la diversité... Ce sondage a surtout porté sur la perception des blocages au sein des entreprises. Il en ressort que les sondés (un quart des hommes et autant de femmes) ont une réponse homogène puisqu’ils considèrent que le blocage est d’abord «dans le recrutement».

En revanche, pour la majorité des femmes sondées, le problème est plutôt dans «la culture d’entreprise».  Autrement dit, l’environnement de l’entreprise ne promeut pas le modèle féminin, ne reconnaît pas les capacités des femmes ou du moins ne sont pas appréciées à leur juste valeur par un leadership généralement masculin. S’y ajoute une insidieuse rétention envers la gent féminine au niveau des opportunités en termes d’évolution de carrière.

Aujourd'hui, plusieurs études prouvent, chiffres à l'appui, que l'absence de femmes au plus haut niveau de l'entreprise se traduit par un manque à gagner. C'est extrêmement significatif. L'expérience a également démontré que la mixité améliore considérablement la productivité, l'innovation et la créativité ou encore améliore le bien-être au travail et par ricochet la performance. «Les femmes au travail, c'est du PIB additionnel», confirme Lisa Ivers. Selon la consultante, la contribution féminine est génératrice de revenus et de création de valeur ajoutée.

 

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