Dossier Spécial

Ces îlots qui bousculent le système

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5106 Le 14/09/2017 | Partager
Electronique, sécurité informatique, ingénierie réseaux, les filières qui marchent
La reconnaissance des diplômes privés change la donne
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Les filières des lettres & sciences humaines et de sciences juridiques et économiques représentent 3/4 des effectifs étudiants.  Ce sont aussi celles où la sélection à l’entrée n’existe pas et qui «produisent» beaucoup de chômeurs

Le vent de fraîcheur qui souffle sur certaines écoles d’ingénieurs et les facultés des sciences techniques (FST) est la preuve que le système peut bouger. Malgré un contexte où n’existe pas de discrimination positive pour les plus entreprenants, ni de sanction pour ceux qui ne bougent pas du tout, ces établissements réussissent à s’adapter au marché de l’emploi avec une certaine agilité.

C’est peut-être un élément qui devrait donner matière à réflexion aux autorités. Traiter indifféremment (dans l’allocation des ressources) tout le monde de la même manière, encourage les moins bons du système et décourage ceux qui essaient de s’améliorer par des initiatives personnelles.

Si les années 2000 ont été celles des filières liées au BTP, aujourd’hui, les filières technologiques regagnent du terrain: ingénierie de réseaux, sécurité informatique, systèmes d’information, développement d’applications, électronique, etc. Par ailleurs, la montée en régime de l’industrie automobile a agi comme un accélérateur de changement pour les écoles et instituts qui se trouvent proches de ces écosystèmes. Cette remise en cause a très peu touché les établissements «historiques» dont le capital-réputation s’érodait tout doucement.

Le résultat était inévitable: les jeunes ingénieurs issus de ces écoles découvrent à leur dépens, le chômage à longue durée (plus d’un an) qui était surtout l’apanage de lauréats des facultés. Les industriels et les professionnels de conseil en recrutement interrogés par L’Economiste font tous le même constat: le niveau technique est globalement bon, mais ces jeunes accusent de grosses lacunes dans les compétences comportementales. Quelle que soit la filière, le diplôme ne suffit pas, il faut être capable de communiquer, d’argumenter le service et le produit, d’élaborer des rapports de prospection, etc.

Moins enfermées par des carcans qui touchent leurs homologues publiques, les écoles privées ont longtemps intégré cette exigence. Même si le niveau technique que certaines d’entre elles proposent n’est pas extraordinaire, leurs diplômés ont de bien meilleures aptitudes en communication, en culture générale et une capacité à se constituer un réseau. Elles ont par ailleurs déployé la formule de double cursus, un outil à l’efficacité avérée sur le marché de l’emploi. Les grandes écoles européennes et les universités américaines en font un argument marketing pour attirer les meilleurs étudiants.

Pour l’enseignement supérieur privé, la grande nouveauté de cette rentrée est la mise en œuvre du processus de reconnaissance des diplômes. Pour les diplômés de ces établissements, cela signifie une ouverture aux possibilités d’emploi dans le secteur public et aux professions réglementées. Et ceux qui voudraient continuer dans la recherche peuvent s’inscrire en doctorat.

La douzaine d’établissements qui ont décroché ce label bénéficient de facto d’un avantage concurrentiel. Dans un marché où la demande se tasse, délivrer un diplôme reconnu équivalent au public peut faire la différence. Les établissements dont les demandes sont en cours d’instruction s’estiment légitimement pénalisés.

Beaucoup dans la profession se demandent pourquoi cette reconnaissance n’a pas été simultanée pour les dossiers qui remplissaient les conditions du cahier des charges.
Avec ou sans reconnaissance, le juge de paix reste au final le marché de l’emploi. Si un titre reconnu par l’Etat était une assurance contre le chômage, il n’y aurait pas autant de jeunes diplômés du public au chômage.

 

 

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