Dossier Spécial

Les universités se remettent en question, enfin!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5106 Le 14/09/2017 | Partager
Une évaluation nationale de l’ingénierie pédagogique en préparation
Chacune devra faire son bilan et examiner les besoins en profils de sa région
Plus d’étudiants dans les filières professionnalisantes
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Comment produire de la qualité sans mettre les moyens qu’il faut? Le ministère de l’Enseignement supérieur ne peut faire de miracle sans ressources. Or, même si le nombre d’étudiants a grimpé de 71% durant les 6 dernières années, le budget, lui, a à peine progressé (+14%) 

C’est la démarche naturelle dans tout processus de réforme, évaluer l’existant, en sortir les plus et les moins et tenter ensuite de rectifier le tir. Si quelques écoles d’ingénieurs et instituts s’adonnent à ce travail basique tous les ans ainsi qu’à l’occasion des accréditations,  tous les établissements universitaires n’y procèdent pas. Cette année 2017-2018, le ministère de l’Enseignement supérieur entreprend d’évaluer l’ensemble de l’offre de formation. Le projet a été présenté par le ministre Mohamed Hassad au Conseil de gouvernement en juillet dernier.

Ce n’est pas la première fois que l’on tente de faire le point sur le système, mais cette fois-ci l’approche est plus affinée. L’offre sera scrutée par université. Chacune devra évaluer son rendement interne (redoublements) et externe (diplômés, insertion professionnelle…). L’objectif est de revoir l’ensemble de l’ingénierie pédagogique.

Cela implique la création de nouvelles spécialités et la fermeture de celles qui ne marchent pas. «Les établissements doivent avoir le courage de fermer les filières à chômage. Malheureusement,  la majorité ne le fait pas», regrette Hicham Medromi, directeur de l’Ecole nationale supérieure de l’électricité et de la mécanique (Ensem).

Des assises régionales seront, également, tenues afin d’examiner les besoins des régions en compétences. Ce grand chantier aboutira sur une nouvelle cartographie universitaire en 2018-2019, permettant une couverture régionale plus équilibrée.    
La tutelle semble vouloir, enfin, s’attaquer au problème de l’inadéquation des profils formés dans les universités, notamment dans les facultés à accès ouvert (lettres, droit, sciences et polydisciplinaires), avec les attentes du marché. Pour renforcer l’employabilité des étudiants, ils seront de plus en plus orientés vers les filières professionnalisantes des facultés libres d’accès. L’on vise à porter la part de ces filières à 10% des effectifs d’ici 2021-2022. 

Le nombre d’étudiants des écoles et facultés à accès restreint (soumises à concours), lui, sera augmenté de 20% dès cette année, puis de 30% l’année d’après. Un sacré challenge pour ces établissements qui manquent terriblement d’enseignants et de ressources financières. Le risque serait que l’initiative, à la base louable, se retourne contre le système. Faute de moyens, la qualité ne pourrait que diminuer.

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Même si le taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur s’est nettement amélioré depuis 2011 (avec une baisse en 2017 en raison du recul du nombre de bacheliers), il reste faible. Dans les pays développés, il se situe entre 70 et 90. En Turquie, il était de 78,9% en 2015, selon l’Unesco. Le pays a accéléré son rythme depuis 2008 où le score était de 39,9%

Les écoles d’ingénieurs relevant des universités, par exemple, se plaignent toutes du manque d’enseignants-chercheurs, et surtout, d’ingénieurs docteurs. Elles font, aussi, part de leur inquiétude par rapport à la faiblesse de leurs budgets. Privées de ressources, elles ont des difficultés à innover en matière de formation.

L’accent sera, en outre, mis sur le suivi des étudiants. Jusqu’à présent, il n’existe pas de statistiques détaillées sur l’insertion des diplômés sur le marché de l’emploi. Quelques rares établissements font ce travail. Chaque université devra donc plancher sur des outils de suivi dès cette année. A partir de 2018-2019, l’Anapec sera associée à cette opération. En parallèle, des centres de langues seront généralisés dans les établissements universitaires.

Afin de pouvoir identifier les meilleures écoles et universités, un classement sera élaboré à partir de 2019-2020. Il faudra donc travailler sur des critères de classification. D’autres chantiers sont prévus durant les quatre prochaines années: un référentiel national des formations,  un référentiel d’évaluation et d’assurance qualité, réforme de la loi 01-00 régissant le secteur, révision des critères d’ouverture des établissements privés et actualisation des conditions d’accréditation de leurs filières… Mais l’un des défis les plus importants sera celui des enseignants qui manquent cruellement aux universités.

 

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