Culture

Ibn Battouta: Sur les traces d’un grand voyageur

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5104 Le 12/09/2017 | Partager
Un festival dédié à sa mémoire
2e édition du 9 au 12 novembre à Tanger
Conférences, débats, parade, concerts, théâtre…
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L’Atlas catalan, mappemonde réalisée vers 1375, sur laquelle on aperçoit Ibn Battouta et Kanga Moussa, l’empereur du Mali considéré comme l'un des hommes les plus riches de l'Histoire, qu’évoque dans ses récits de voyage l’illustre voyageur (Ph. BNF)

«Nul n’est prophète en son pays», c’est contre cet adage, que l’association Ibn Battouta se bat depuis sa création. Car c’est à l’esprit universel du grand voyageur que veut rendre hommage l’organisation éponyme.

«Ibn Battouta est célébré dans le monde entier, en Chine un grand musée lui est dédié, la ville de Dubai lui a consacré un grand mall thématique, les plus grandes universités au monde, lui rendent hommage et il fait l’objet de recherches… et au Maroc c’est presque un inconnu!» constate Mohamed Dekkak, le président d’honneur de l’association. Une injustice qu’il veut corriger en consacrant un festival international dédié à sa mémoire et aux valeurs universelles de tolérance, de paix et d’échange interculturel que représente son héritage.

La deuxième édition du Festival international Ibn Battouta aura lieu du 9 au 12 novembre dans la ville du Détroit. Un festival multidisciplinaire conçu comme un espace de rencontre des amoureux du voyage, des professionnels de l’industrie touristique, des acteurs culturels et littéraires, des artistes et du grand public.

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Ibn Battouta réalisera en 30 ans plusieurs voyages. Des périples qui l’ont conduit, au XIV siècle, de Tombouctou jusqu’en Chine actuelle en passant par les steppes de la Volga ou encore les Iles Maldives (Source: ORIAS - University of California, Berkeley)

«En ces temps incertains, nous voulons montrer au monde que le Maroc ne produit pas des terroristes, mais plutôt de la tolérance», précise le président qui parle d’un évènement inclusif, ouvert à tous mettant en valeur «l’esprit Ibn Battouta  à travers sa sagesse, son humilité et son respect de l’autre», capable à travers la culture, d’améliorer l’image d’un Maroc écorné par les médias à la recherche de sensationnel.

D’où le choix du thème de cette édition «Les Voyageurs, ambassadeurs de la paix». Au programme des conférences-débats, des rencontres avec des géographes, des voyageurs, des ambassadeurs de la paix, des expositions culturelles, des spectacles, du street art, un carnaval, des lectures de voyages, des projections de films sur les voyages et la paix, et diverses autres activités socioculturelles.

On notera le concert exceptionnel avec l’artiste suisse d’origine maroco-syrienne, Leila Tawil, dont la musique, un mélange de  rock, de soul, de rythmes ethniques, et de musique orientale est un véritable hommage à cette multi-culturalité que veut promouvoir le festival. Les artistes jordaniens Rania Ismaïl et Hassan Sabaileh  présenteront également leur pièce de théâtre intitulée «Le terrorisme à la porte».

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Le festival multidisciplinaire  est conçu comme un espace de rencontre des amoureux du voyage, des professionnels de l’industrie touristique, des acteurs culturels et littéraires, des artistes et du grand public (crédit Association Ibn Battouta)

La pièce évoque la violence dans les familles et la marginalisation des jeunes, qui les poussent à embrasser des idéologies radicales et à adhérer à des organisations terroristes telles que l’État islamique. Suivant le modèle du théâtre forum, chaque représentation est suivie d’un débat sur les facteurs incitant à rejoindre les organisations terroristes, où les spectateurs sont invités à proposer idées et solutions.

Le Festival international Ibn Battouta investira à travers ces différentes activités plusieurs sites de la ville du détroit durant les quatre jours en braquant les projecteurs sur le patrimoine culturel immatériel de la ville et en mettant en avant sa position historique et civilisationnelle. Fondée en juin 2015, l’Association marocaine d’Ibn Battouta est la première association au monde spécialisée dans la promotion de l’illustre voyageur.

«L’association ambitionne d’enrichir l’offre culturelle tout en préservant son patrimoine immatériel, offrant ainsi à Tanger, carrefour cosmopolite et ville ouverte sur le monde, une animation culturelle de qualité, et un accroissement de l’attractivité touristique», souligne l’organisation. Ouverte sur l’environnement socioculturel au niveau national et international, l’association organise une multitude d’événements ayant pour but de mettre en valeur la vie du grand voyageur Ibn Battouta, ainsi que la mise en exergue de l’importance de la coexistence.

Trois fois le tour du monde

En 30 ans, il a parcouru 120.000 km soit 3 fois le tour de la planète, a traversé 44 pays et rapporté une fabuleuse documentation sur des pays encore inconnus. Le tangérois Ibn Battouta, de son nom complet Abu Abdallah Muhammad Ibn Abdallah al-Lawati at-Tanji Ibn Battouta, né le 24 février 1304 à Tanger est certainement l’un des plus grands voyageurs de l’Histoire.  Des périples qui l’ont conduit, au XIV siècle, de Tombouctou jusqu’en Chine actuelle en passant par les steppes de la Volga ou encore les Iles Maldives où il sera tour à tour Cadi, ambassadeur ou simple observateur à l’œil avisé.

Aujourd’hui sa contribution, inestimable, dans les domaines de la littérature de voyage et de la géographie est reconnue à travers le monde. Spécialiste du monde musulman du Moyen Age, il décrit dans ses récits les us et coutumes des peuples qu’il rencontre mais également l’ensemble des pouvoirs qui gouvernent ses régions durant cette période, donnant  un aperçu assez complet sur la grande diversité du monde musulman de l’époque. Ses chroniques sont particulièrement intéressantes pour le lecteur, elles fourmillent de détails, d’anecdotes, d’histoires qui offrent d’importantes connaissances sociologiques, coutumières ou historiques aux chercheurs d’aujourd’hui.

On y apprend par exemple que les femmes des Maldives, musulmanes et très pieuses, ne s’habillaient que jusqu’à la taille et ne couvraient pas le haut du corps, ni leurs cheveux. En tant que Cadi, il tenta de s’opposer à cette pratique qui le choquait, mais n’y arriva pas. Le souverain de l’île à l’époque étant une femme et le régime du droit maternel y était appliqué.

Le voyageur s’étonnait également de la considération dont jouissaient les femmes en Turquie.  «Je fus témoin, dans cette contrée, d’une chose remarquable, c’est-à-dire de la considération dont les femmes jouissent chez les Turcs; elles y tiennent, en effet, un rang plus élevé que celui des hommes…Ce sont les hommes qui donnent des marques de respect aux femmes» Il note également que «les femmes des Turcs ne sont pas voilées». Elles se consacrent même aux activités économiques, loin d'être confinées aux harems. 

Chronique d’un récit

«Voyager vous laisse sans voix avant de vous transformer en conteur», disait Ibn Battouta. Et c’est bien sous forme d’un récit que le fameux voyage nous est parvenu sous le titre de Tuhfat al-anzar fi gharaaib al-amsar wa ajaaib al-asfar (Un cadeau pour ceux qui contemplent les splendeurs des villes et les merveilles des voyages), mais communément appelé Rihla d'Ibn Battouta (Le grand voyage). L’œuvre ne fût consignée que lorsqu'Ibn Battouta retourna finalement au Maroc au début des années 1350. C’est  le sultan mérinide, Abou Inan Faris, qui  lui demanda de produire un compte rendu de ses voyages. Ibn Battouta dicta alors son histoire au poète et scribe royal Ibn Juzayy al-Kalbi. Ce sera chose faite en 1356. Et c’est à  cause de ce report que certains historiens ont émis des doutes sur la  véracité d’une partie de l’ouvrage et sur certains aspects relatés, tandis que ses défenseurs attestent qu’il n’est pas rare à cette époque, même chez des lettrés reconnus, qu’un auteur laisse à un secrétaire la tâche de mettre en forme la matière qu’il lui livre.

 

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