Société

Violence contre la femme: Aux origines du mal...

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5099 Le 05/09/2017 | Partager
La rue toujours hostile aux femmes
La sexualité: un domaine masculin dont le terrain de déploiement est le corps féminin
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Malgré la mobilisation d’une partie des citoyens contre les violences faites aux femmes, la rue reste toujours hostile à ces dernières (Ph. A.Bo)

Un vieil homme qui se fait agresser violemment par un jeune délinquant, la prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, critiquée sur son manque d’empathie envers les Rohinga (minorité musulmane en proie à des exactions de masse en Birmanie) ou les déboires judiciaires du député LREM franco-marocain Mjid El Guerrab… Autant d’affaires qui font exploser la machine à commentaires sur les réseaux sociaux, faisant presque passer aux oubliettes le drame de l’agression sexuelle sur une jeune fille dans un bus, à Casablanca, par une bande d’adolescents.

Au-delà de la vague d’indignation, sincère, et de la mobilisation d’une partie des citoyens contre les violences faites aux femmes, force est de constater que l’espace public national reste toujours aussi hostile à ces dernières, qu’elles soient étudiantes, femmes au foyer, députées, ministres, chefs d’entreprises…. La question se pose sérieusement, au regard de la réaction mitigée d’une partie de la population qui a essayé de trouver des circonstances atténuantes aux adolescents, rendant presque coupable la victime.

Ce qui nous amène à poser la question de la place des femmes dans l’espace public marocain? Pour l’occasion, le Haut commissariat au plan a d’ailleurs jugé utile de sortir une étude datant de 2009 qui révèle qu’en milieu urbain, sur une population de 5,7 millions de femmes âgées de 18 à 64 ans, 2,3 millions, soit 40,6%, ont été victimes au moins une fois d’un  acte de violence, sous une forme ou une autre, dans un espace public de leur ville durant les douze mois précédant l’enquête.

Dans les lieux publics, les atteintes à la liberté individuelle et les violences sexuelles concernent respectivement 4,5% (427.000 victimes) et 3,9% (372.000 victimes) des femmes en milieu urbain. Aucune distinction n’est faite en ce qui concerne les tranches d’âge ou la classe sociale des victimes. Les raisons de cette violence, souvent sexuelles, sont à chercher dans l’imaginaire social et politique des catégories «féminin», «masculin», «femmes» et «hommes», note la chercheuse maroco-canadienne Osire Glacier (voir interview ci-contre).

«La sexualité est construite comme un domaine masculin dont le terrain de déploiement est le corps féminin. La libido est fortement encouragée chez les hommes, pendant qu’elle est réprimée chez les femmes -dans le but de réduire le corps des femmes à un corps pour autrui» précise-t-elle.

La survalorisation du corps des femmes en tant que corps pour les hommes s’accompagne nécessairement, selon la chercheuse, de la dévalorisation de leurs capacités humaines: «L’appropriation du corps féminin et la subordination sexuelle des femmes qui lui est sous-jacente ne peuvent se réaliser que si celles-ci sont infériorisées par rapport aux hommes dans toutes les sphères de la vie».

Cette dynamique se traduit entre autres par une dépréciation des ambitions et aptitudes intellectuelles des femmes, un accès limité à l’éducation pour certaines d’entre elles, leur orientation vers la domesticité et les tâches subalternes du quotidien et un accès jalonné d’obstacles au marché du travail.

 

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