Analyse

Manuels scolaires: Un approvisionnement normal

Par Nadia DREFAmin RBOUB | Edition N°:5099 Le 05/09/2017 | Partager
Les éditeurs démentent la pénurie chez les libraires
Les manuels objets de refonte seront livrés fin septembre au plus tard
Les délais d’octroi des autorisations de réédition pénalisent les imprimeurs nationaux
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Le marché des manuels scolaires est fructueux mais une bonne partie du chiffre d’affaires échappe aux imprimeurs locaux

A la veille de la rentrée scolaire, la première sous le mandat de Hassad, les spéculations vont bon train sur l’approvisionnement en manuels scolaires. Mais la filière des éditeurs est catégorique: il n’y a pas de pénurie sur le marché, encore moins des perturbations d’approvisionnement. Contacté par L’Economiste, Ahmed Filali Anssari, président de l’Association marocaine des éditeurs (AME) rassure: «Il n’y a pas de pénurie de manuels scolaires et il est prématuré de parler de dysfonctionnements». (Voir interview ci-dessous).

Au niveau des librairies, l’on rejette en bloc tout dysfonctionnement, sachant que les élèves du secteur public n’ont pas encore reçu la liste des fournitures scolaires. La rentrée n’est, d’ailleurs, fixée que pour le 7 septembre. Pour leur part, les écoles privées ont mis à la disposition des parents, dès juin dernier, la liste des manuels et des fournitures. «Pour le moment, nous répondons à la demande des établissements privés.

Il n’y a pas de pénurie. Par contre, les manuels revus et corrigés seront distribués dès cette semaine», précise un libraire. Certes, il y a un retard pris suite au lancement tardif des appels d’offres relatifs au renouvellement de manuels de français  et de l’éducation islamique mais l’approvisionnement sera assuré normalement, confirme le président de l’Association des éditeurs.

Aujourd’hui, la filière des éditeurs pèse pour un chiffre d’affaires de 900 millions de DH. Un business qui englobe aussi bien les manuels scolaires du public, du privé et même ceux importés. Au total, l’écosystème tourne autour d’une trentaine d’éditeurs, et une dizaine d’imprimeurs spécialisés. Au total, 30 millions de manuels sont imprimés chaque année.

L’essentiel est sous-traité à l’étranger, essentiellement en Italie et en Espagne. Cette sous-traitance n’est pas liée à des considérations de compétences techniques locales. Elle est plutôt due au retard pénalisant pris sur l’octroi de l’autorisation de réédition. Ce qui représente un manque à gagner non négligeable pour la filière marocaine. Sur 30 millions de livres édités annuellement, uniquement 12 à 14 millions sont imprimés localement. «Le recours à l’impression auprès d’opérateurs étrangers ne se fait pas pour des raisons techniques mais il s’impose vu les délais très réduits», tient à préciser Ahmed Filai Anssari. 

Et d’ajouter: «L’idéal c’est de pouvoir obtenir les autorisations nécessaires au plus tard en janvier pour privilégier les imprimeurs nationaux». Pour la future génération de manuels qui feront l’objet d’une refonte à partir de la rentrée scolaire 2018, «il va falloir respecter les délais d’octroi des marchés comme convenu du temps de Abbas El Fassi. Un livre de qualité a besoin entre 14 et 18 mois pour être réalisé, dans les règles de l’art», fait valoir le président des éditeurs.

Les prix de vente des manuels de l’enseignement public sont restés figés depuis 2002. Ils varient entre 7 et 15 DH. A titre d’exemple, 4 livres de la première année primaire coûtent 42 DH. Ce qui n’est pas le cas pour l’enseignement privé où les tarifs sont beaucoup plus élevés. En moyenne, un ménage dépense entre 1.500 et 2.500 DH en fournitures scolaires (manuels, stylos, cahiers, cartable…) pour chaque enfant inscrit dans le privé. Par ailleurs, ce sont 25 millions de livres scolaires homologués qui sont mis sur le marché à chaque rentrée scolaire.

Opération «1 million de cartables»

Devenue une tradition, l’opération «1 million de cartables» bénéficie chaque année à 4 millions d’élèves issus de l’enseignement public. Elle représente une bonne opportunité pour les opérateurs. Et pour cause, c’est un marché de 350 millions de DH (cartables, livres + cahiers, stylos…) à pourvoir chaque année. Le règlement des frais liés à l’opération «1 million de cartables» se fait dans le cadre de  l’INDH par le ministère de l’Intérieur, depuis l’année dernière. Du coup, les délais de paiement ont été réduits à 3, voire 6 mois au lieu de 12 à 18 mois auparavant. Les arriérés ont également été apurés, sauf pour les dossiers incomplets, précise Filali.

                                                                                           

Ce qui va changer pour cette rentrée

Le président des éditeurs des manuels scolaires est catégorique: «il n'y a pas de pénurie sur le marché du livre scolaire». En revanche, certains manuels ne sont pas encore distribués, notamment ceux qui ont subi une refonte des textes. Mais dès cette semaine, ils seront mis dans le circuit des libraires.

- L'Economiste: Concrètement, quels sont les changements opérés dans les contenus des manuels pour cette rentrée scolaire?
- Ahmed Filali Anssari:
Les principaux changements pour cette année portent sur la refonte du contenu des manuels de l'éducation islamique. Il y a un travail de fond qui a été mené au niveau des textes de tous les livres, sans exception, du primaire, du secondaire collège et du secondaire lycée. Les textes ont été revus et corrigés sous la directive du ministère de l'Education nationale et celui des Habous et des Affaires islamiques, pour enlever toute équivoque ou mauvaise interprétation.  Par ailleurs, dans les manuels de français, des changements ont également été opérés à travers ce qu'on appelle «Agir autrement». L'enjeu étant de renforcer les aptitudes d'expression orale auprès des élèves. Il y a aussi une tendance qui vise à renforcer le français en tant que langue pour l'apprentissage des matières scientifiques, notamment les mathématiques, les sciences de la vie, la physique...

- Compte tenu de tous ces changements, est-ce qu'il y a des perturbations au niveau de l'approvisionnement ou des livres qui ne sont pas encore remis dans le circuit des libraires?
- Je tiens à préciser qu'il n'y a pas de pénurie sur le marché des manuels. En revanche, certains manuels qui ont fait l'objet de refonte ne sont pas encore disponibles sur le marché. Mais ils seront distribués progressivement à partir de cette semaine. A la fin de ce mois, ils seront partout disponibles.

- Où en est-on sur le chantier de la généralisation des manuels?
- Depuis la réforme de 2001-2002, il y a une tendance de diversification. Pour le même niveau, il y a 4 à 5, voire 7 livres différents. Le choix est souvent fait par l'établissement, le professeur, l'académie... du coup dans la même académie et préfecture, nous avons plusieurs livres pour le même niveau qui changent d'une école à l'autre.

- Est-ce qu'il y a des changements opérés dans les manuels depuis l'arrivée de Hassad à la tête du ministère?
- Il n'y a pas eu de changement pour le livre. Mais il y a des projets et des décisions de changement des manuels des 6 premières années. L'année prochaine, les livres de la 1re, la 3e et la 5e année devront changer. L'année d'après, ce sont les livres de la 2e, la 4e et la 6e année qui vont changer. Mais, ce sont encore des projets. Nous n'avons pas encore reçu les cahiers des charges, ni le timing et le détail, voire les spécifications de ces livres.
Propos recueillis par Amin RBOUB

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