Régions

Les marchands ambulants font la loi à Fès

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5098 Le 04/09/2017 | Partager
Hassan II, Allal Ben Abdallah, Moulay Rachid… tous les quartiers envahis
Occupation du domaine public, insalubrité
La passivité des autorités exaspère les populations
fes-marchands-ambulants-098.gif

Au quartier Bendebbab, un carrefour est squatté par les marchands à la sauvette (Ph. Y.S.A.)

C’est un phénomène social qui a pris des proportions dangereuses. A Fès, les petits commerçants ambulants envahissent désormais tous les quartiers, sans exception. Ils défient le commerce formel en installant leurs étalages en face des boutiques, voire sur le même trottoir. Dans les grandes artères des avenues Hassan II, Allal Ben Abdallah, Moulay Rachid, Mohammed V… la chaussée pour les piétons est prise d’assaut.

Dans les quartiers populaires, à Bendebbab, Mont Fleuri, Assaâda, ou encore Aouinate El Hajjaj, Sidi Boujida ou Bab Ftouh, la tension créée par ces vendeurs qui squattent la voie publique peut dégénérer à tout moment tant les automobilistes sont exaspérés. Ils installent des tentes de fortune, voire des kiosques, des charrettes et des triporteurs, et squatte un carrefour. Situé dans l’un des arrondissements (Al Mariniyyine) les plus peuplés de la ville (près de 40% de la population), ce quartier échappe à tout contrôle. Les marchands ambulants y seraient protégés par une bande de voyous profitant d’une certaine passivité des autorités. Mardi 29 août, notre présence sur place était indésirable. Sous le regard menaçant de ces marchands et de leurs «services de protection», nous avons malgré tout réussi à prendre des photos.

marchands-ambulants-fes-098.gif

Pour les commerçants, l’organisation immédiate des marchands ambulants est d’une impérieuse nécessité. Ce secteur informel est générateur de problèmes épineux pour le commerce de la ville, la sécurité et la circulation (Les visages ont été modifiés - Ph. Y.S.A.)

Bendebbab, 45, Hay El Hassani, et Cinéma Chaâb sont des quartiers pauvres et à haut risque. C’est ici d’ailleurs que Abdelhak Moul Sebbat a été arrêté après les attentats de 2003 à Casablanca. Quatorze ans plus tard, cette localité reste un fief des salafistes ainsi qu’une présumée «milice» qui menace les tenanciers et les clients des bars et boîtes de nuit.

A la médina, le phénomène du commerce ambulant enfle tous les jours. Ces marchands prennent d’assaut des ruelles et dressent des bâches comme dans un souk hebdomadaire villageois. Le soir venu, et après une journée mouvementée, des déchets de toutes sortes jonchent le sol. A Talaa, Attarine, et R’cif… , c’est le même spectacle. Ces vendeurs à la sauvette occupent, parfois, les entrées des maisons, commerces et banques. Les habitants se sont tellement familiarisés avec ce spectacle au point de s’en accommoder.

fes_marchands_ambulants_098.jpg

Des charrettes transformées en manèges pour enfants. Ce jeu à risque ne semble pas inquiéter les autorités… Une roulette russe en plein boulevard  (Les visages ont été modifiés - Ph. Y.S.A.)

Résultat, les principales avenues au centre-ville sont à leur tour «contaminées»: l’avenue Lalla Meriem, les boulevards Allal Ben Abdallah et Hassan II, etc. Ces artères constituent désormais des hyper-marchés à ciel ouvert où le commerce informel prolifère en toute impunité. Il est des endroits où en plus d’une circulation très dense, s’ajoute l’anarchie. Ceci, sans oublier les cris de certains jeunes et les étalages qui envahissent trottoirs et chaussées sous l’œil indifférent des autorités. Telles des fonds de commerce, les places au trottoir sont occupées tous les jours par les mêmes personnes.

«Entre la place Florence et la mosquée Ibn Malik (Tajmouati), il y a quelque 120 marchands qui occupent totalement les trottoirs», se désole Sami El Kohen, un opticien. Au quartier Assaâda, ils seraient quelque 500 marchands. Ils proposent toutes sortes de marchandises, vêtements, appareils électroménagers, fruits et légumes, glaces, jus, et sandwichs. Chaque soir, ils se débarrassent de leurs détritus sur place et engendrent un véritable désagrément pour les populations. Pour l’instant, les autorités laissent faire.

Des manèges dangereux

Certains marchands ambulants ont installé des manèges à la sécurité plus que douteuse. «Le matériel défie toutes les lois de la gravité et peut accueillir jusqu’à 10 enfants», fait remarquer Hamza Benabdallah, élu de la Chambre de commerce et d’industrie. Ces manèges meublent, tout comme les voitures téléguidées, les avenues Hassan II et Allal Ben Abdallah ainsi que le boulevard Mohammed VI et la place R’cif. Le comble, c’est que malgré le risque d’accident que peuvent engendrer ces jeux, l’autorité n’intervient pas.
Au quartier Assaâda, les marchands ambulants viennent d’être informés de leur recasement dans un marché mitoyen au collège Al Qods, après la fête de l’Aïd. Une décision tant attendue par les commerçants formels exaspérés par l’anarchie.

De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc