Economie

L’appréciation de l’euro, une opportunité pour le Maroc

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5098 Le 04/09/2017 | Partager
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Stéphane Colliac, économiste senior en charge de la France et l’Afrique chez Euler Hermes, spécialiste de l’assurance-crédit (Ph. Euler Hermes)

- L’Economiste: Quels facteurs justifient votre optimisme pour le Maroc?
-Stéphane Colliac:
Une prévision à +3,5% en 2017 paraît conservatrice. La croissance a été de +4,8% au 2e trimestre (par rapport au 2e trimestre 2016) en raison du rebond majeur de la production agricole. Celle-ci a été si basse en 2016 que son simple retour à la normale garantissait en soi une croissance élevée au Maroc en 2017, donc plus proche de +4,5%. De plus, la production agricole n’est pas simplement revenue à la normale: Elle a dépassé au 2e trimestre son plus haut niveau de 2015 de+4,6%. La croissance non-agricole (industrie et services) s’est également accélérée. Proche de +2,5% sur le 1er semestre, elle dépasse ce qui a été observé en 2016 (+2% en moyenne). Des éléments qui nous rendent confiants sur notre prévision.

- Comment intégrez-vous l’appréciation actuelle de l’euro (et la baisse du dollar) dans vos projections?
- Depuis le point bas de l’euro en décembre dernier en deçà de 1,04 dollar par euro, l’euro a pris près de 15%. Toutefois, rappelons que le dirham est arrimé depuis avril 2015 sur un panier où le dollar a pris du poids (passant de 20 à 40%). Certes l’euro en représente encore 60%, mais quand le dollar se déprécie, le taux de change effectif du dirham aussi. Ce taux de change est calculé en tenant compte du poids de chaque partenaire commercial du Maroc, c’est donc un bon résumé de la compétitivité change du Maroc. Que ce taux de change effectif se soit déprécié de 3% depuis décembre dernier (dont la moitié en juillet) signifie qu’en moyenne les exportations marocaines sont devenues moins chères pour les clients du pays. A choisir, il s’agit donc plutôt d’une opportunité, mais ce n’est pas un changement de nature à modifier notre vision de la croissance marocaine en 2017. Nous ne modifions ainsi pas notre anticipation d’une croissance de +12 milliards de DH des exportations marocaines en 2017 (2 fois la croissance observée en 2016).

- Pour le Moyen-Orient, pourquoi avez-vous revu à la baisse les perspectives de croissance? Quel impact sur le Maroc?
- Au Moyen-Orient, la nouvelle révision à la baisse de nos prévisions de croissance s’explique par l’impact de la baisse du prix du pétrole sur les économies domestiques, qui continue de se faire ressentir. Les Etats choisissent de faire des économies, ce qui a un impact sur leur population. Les multiples tensions qui traversent cette zone impliquent également un accroissement des dépenses militaires (10% du PIB par an en Arabie Saoudite), qui renforce les économies à faire par ailleurs. Ce qui compte pour le Maroc, ce n’est pas tant la croissance du Moyen-Orient que les stocks élevés d’épargne accumulée, car les pays de la zone font partie des principaux investisseurs du royaume, notamment dans la construction. Un impact semble s’être fait ressentir en 2016, où les IDE totaux au Maroc ont diminué pour la 1re fois en 6 ans (de 31,8 milliards de DH en 2015 à 22,8 milliards de DH en 2016) et où les prix immobiliers se sont repliés. Toutefois, selon la BRI les prix immobiliers ont rebondi de +7% au 1er trimestre (par rapport au 1er trimestre 2016), signe que les difficultés ont diminué.
Propos recueillis par Amine SAHRANE

 

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