Culture

«Bribes de vie, de Balima à Jerada» ou le retour aux sources

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5097 Le 31/08/2017 | Partager
Une exposition de Mehdy Mariouch en hommage aux mineurs
Un accrochage inédit des œuvres sur le site de Ahoulil
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 Un des habitants du site prenant la pose avec sa photo. Le retour de l’exposition sur le site a été très chaleureusement accueilli par la population de Ahoulil (Ph. Mehdy Mariouch)

Il arrive très rarement que les modèles aient accès aux œuvres pour lesquelles ils ont posé. C’est encore plus vrai quand il s’agit de photographie.  Entre clichés volés, frisant le voyeurisme quand ce n’est pas le morbide, et/ou la volonté, plus saine, du photographe de partager, dans une démarche narrative, les histoires dont il a été témoin, le modèle est, dans le plus souvent des cas, considéré comme accessoire.

En décidant de transporter son exposition, dans les lieux même où il a capturé ses photos, Mehdy Mariouch fait exactement le contraire. «Bribes de vie, de Balima à Jerada» est la première exposition photographique individuelle de l’artiste. Mehdy Mariouch y rend hommage aux mineurs de Jerada (à une soixantaine de km d’Oujda), la cité de charbon oubliée et à ceux de Ahoulil (dans le Haut Atlas oriental) et qui fût il y a une quarantaine d’années, l’un des plus grands gisements de plomb du Maroc.

Aujourd’hui presque oubliées, il subsiste pourtant dans ces deux localités, des familles entières, coincées dans ces paysages miniers qui font froid dans le dos avec comme seul moyen de survie: s’engouffrer clandestinement  jusqu’à 60 mètres sous terre au péril de leur vie pour gratter quelques sacs de charbon, de zinc ou de plomb. C’est cette détresse, mais également  résistance que semble avoir capturé Mehdi Mariouch, sans misérabilisme aucun ni mise en scène suggestive. Exposés, en février dernier, à l’Uzine, le centre culturel de la fondation Touria et Abdelaziz Tazi à Casablanca, ses travaux ont fait le voyage, sous un autre format, à Ahoulil, le week-end dernier.

Plus qu’une restitution, un devoir pour Mariouch, auprès d’une communauté qui lui a ouvert les portes de son intimité. Des photographies de presque 2m sur 2m, que l’artiste, avec la complicité de quelques amis, est parti accrocher sur le site, dans la même démarche qu’un JR (Jean René, artiste contemporain français qui grâce à la technique du collage photographique, expose librement sur les murs du monde entier, attirant ainsi l’attention de ceux qui ne fréquentent habituellement ni les musées ni les galeries d’art). «J’ai toujours été très inspiré par le travail de JR et j’ai toujours rêvé de pouvoir faire une action dans ce genre», précise Mehdy Mariouch. «Le premier jour de l’exposition, en regardant les photographies, je me suis dit que c’était avec ce travail-là que je pouvais le faire. D’autant plus que je savais que les populations de Ahoulil ou de Jerada, n’avaient ni le temps, ni les moyens de venir voir l’exposition.

A partir de ce moment, j’ai considéré comme un devoir de leur présenter un retour de mon travail avec eux», précise-t-il. Faute de moyens et de temps, l’exposition s’est arrêtée sur le site de Ahoulil (en attendant Jerrada dans une deuxième étape), où les travaux de Mariouch ont rencontré un véritable succès. «Habitant dans les douars voisins, ils ne viennent en général sur le site que pour s’engouffrer dans les mines.

C’est la première fois que les habitants viennent sur le site pour quelque chose de plaisant», précise le photographe, très touché par l’accueil réservé à son initiative. «Avec des amis artistes dont Rebel Spirit, Fayçal Zaoui, Badre Bouzoubaa et d’autres, nous avons décidé de revenir sur place, de faire une immersion de plusieurs jours, pour essayer d’intervenir sur le paysage de la région. Il y a une architecture et une histoire très intéressante dans cette région qui mérite d’être mise en valeur. D’autant plus que les habitants sont très réceptifs à notre projet » promet Mehdy Mariouch.

 

 

 

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