International

Conférence des ambassadeurs: Macron dessine les contours de sa politique étrangère

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5096 Le 30/08/2017 | Partager
La lutte contre le terrorisme islamiste, première priorité
Un envoyé spécial pour le Sahel, réunion fin septembre sur la Libye
L’Afrique, un partenaire convoité
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Le président français Emmanuel Macron: «Assurer la sécurité de nos concitoyens fait de la lutte contre le terrorisme islamiste la première de nos priorités (...). L’angélisme n’est pas de mise, pas davantage qu’une peur de l’islam qui confond islamiste et islamique…» (Ph. AFP)

«Le monde a les yeux rivés sur la France»… C’est dans un discours d’à peu près une heure et demie, que le président français Emmanuel Macron a présenté hier mardi, à Paris, les grands axes de la politique étrangère française. C’était en quelque sorte un catalogue de la situation diplomatique mondiale, détaillé par pays. Le jeune président  qui souhaite donner les gages d’un renouveau politique moins de quatre mois après son arrivée au pouvoir s’adressait surtout à des praticiens.

Près de quelque 200 ambassadeurs français et des membres du gouvernement se sont réunis à Paris pour la rentrée diplomatique. «Sécurité, indépendance et influence» sont les trois axes du programme d’action à privilégier. Macron appelle à continuer à développer l’économie. Dans l’objectif d’accueillir «100 millions de touristes en France d’ici 2020», il a appelé les ambassadeurs à mobiliser leurs services pour améliorer l’image de l’Hexagone auprès des faiseurs d’opinions.
Tour d’horizon:
■ La lutte contre le terrorisme islamiste: C’est la première des priorités de la diplomatie française. La France est confrontée depuis 2015 à une vague d’attentats islamistes. L’éradication du terrorisme passe aussi par l’assèchement de son financement. A cet effet, une conférence de mobilisation sera organisée début 2018 à Paris. Il est question de s’attaquer aux sources de financement de Daesh. La force de la diplomatie est de parler à tous. C’est pour cela que Macron a insisté sur la nécessité de ne pas «choisir son camp» entre l’Arabie saoudite et l’Iran, les deux grands rivaux régionaux au Proche-Orient. Peu après son élection, Donald Trump avait, au cours d’une conférence à Riyad, affiché son soutien au camp sunnite, taxant l’Iran de «terrorisme».
■ Libye, Sahel, Syrie, Irak…: En évoquant ces régions, Macron a rappelé la rencontre de la Celle-Saint-Cloud entre les deux hommes forts de la Libye. Une réunion est prévue fin septembre sur Tripoli en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. «Quant à la présence militaire dans le Sahel, elle n’a de sens que dans le cadre d’une «activité politique». Un envoyé spécial sur le développement et la sécurité pour le Sahel sera nommé. Le retour de la paix en Irak et en Syrie sont une priorité vitale pour la France. Et Daesh reste le principal ennemi. En ce qui concerne le Moyen-Orient, le président a plaidé pour une solution à deux Etats dans le conflit israélo-palestinien. Comme il a  tenu à placer la France dans un rôle d’appui à la médiation dans la crise entre le Qatar et les autres pays du Golfe.
■ Pas d’alternative à l’accord nucléaire avec l’Iran: Paris demeure attachée à l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, susceptible d’être remis en cause en raison de la détérioration des liens entre les Etats-Unis et Téhéran. Macron prône une relation constructive et exigeante avec l’Iran car il n’y a pas d’autre alternative.
■ Venezuela, Japon: Le président français a qualifié le régime du président Nicolas Maduro de «dictature». Le pays est plongé depuis des mois dans une profonde crise économique, politique et institutionnelle. Son président, très impopulaire selon les sondages, est confronté à des manifestations régulières de l’opposition qui réclame sa démission. D’autre part, Macron a souligné la solidarité de la France avec le Japon après le tir de missile nord-coréen au-dessus de l’archipel nippon. Il est resté intransigeant sur les droits de l’Homme. «Nos échanges économiques avec la Russie ou la Chine ne saurait justifier que l’on recouvre d’un voile pudique les droits de l’Homme», a-t-il martelé.
■ Accord de Paris sur le climat: Deux ans exactement après la signature de l’accord de Paris sur le climat, la France organisera le 12 décembre un sommet international. Objectif: faire un point d’étape sur son avancée et mobiliser les financements nécessaires.
Ce sommet se tiendra avec la Banque mondiale et tous les partenaires qui souhaiteront y être associés. Macron a annoncé qu’il plaiderait devant l’ONU fin septembre pour l’adoption d’un pacte mondial sur l’environnement.

                                                          

D’autres messages

■ L'Europe avant tout: Aujourd'hui, c'est une refondation de l’UE qu'il faut engager. Promouvoir une réforme de l’Union européenne et renforcer l'Union économique et monétaire sont les deux idées phares qui ont émergé à travers le discours de Macron. Paris fera des propositions de réformes après les élections allemandes du 24 septembre. Aussi, le Brexit ne doit pas capter toute l’attention. Le travail doit être axé sur «la protection des travailleurs et celle de l’économie face au dumping social».
■ L’Afrique, l’avenir: Pour Macron, il ne s’agit pas que de continent de migration mais aussi d'avenir. Il se rendra bientôt à Ouagadougou, au Burkina Faso. Pour le président, «il est important d’arrimer les continents européen et africain à travers la Méditerranée». Le but est de créer un axe intégré notamment sur la crise migratoire. Pour cela, un Conseil pour l'Afrique, formé de personnalités engagées et issues de la société civile, va être formé. Il est question aussi de renforcer les aides au développement, notamment dans les pays de départ des migrants économiques. Macron a annoncé la nomination d'un ambassadeur dédié aux questions migratoires. Pour le président, la France et le Maghreb restent liés par des intérêts politiques, économiques et culturels.
■ Langue française, étudiants…: Un plan d’ensemble sera présenté en 2018. Pour Macron, la langue française doit faire l'objet de toute attention. Les pays de l'espace francophone doivent envoyer plus d'étudiants en France, notamment au niveau master et doctorat. Macron invite les ambassadeurs à prendre des initiatives pour attirer les nouveaux talents. Le défi sera de construire de grandes universités visibles à l'international. Paris n'accueille pas assez d'étudiants étrangers dans ses universités et grandes écoles. Avec 300.000 étudiants étrangers, l’Hexagone est le troisième pays d'accueil des étudiants en mobilité, selon l'Unesco. Il est recommandé aussi d’aider les PME à s'installer dans les pays où la France dispose d’une représentation diplomatique.

 

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