Analyse

Une lutte soft contre l'insalubrité: Casablanca, la ville la plus sale

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5095 Le 29/08/2017 | Partager
Les infractions ne sont plus verbalisées depuis l’époque Benhima
Le nouvel arrêté de l’hygiène instaure des amendes à partir de 100 DH
Benchmark avec les règlements de Fès, Kénitra… et Paris
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Les prestations sont payées aux délégataires (Sita et Averda) en fonction du tonnage des ordures ramassées. Quant au tarif à la tonne, il varie selon la nature des déchets. Une tonne d’ordures est rémunérée entre 165 et 280 DH et la même quantité de gravats à 111 DH. Les déchets verts sont les plus chers: 530 à 560 DH la tonne. Les délégataires sont aussi payés pour leurs prestations de balayage mécanique et manuel (en fonction du kilométrage)

L’anarchie ambiante, les marchands ambulants, les ordures à tous les coins de rues… Casablanca est devenue quasiment un dépotoir à ciel ouvert. La situation empire de jour en jour, alors que les autorités locales semblent aux abonnés absents. Les contrats de gestion déléguée de la collecte des déchets, conclus en 2014 avec Sita et Averda, et le cahier des charges jugé «révolutionnaire» à l’époque, n’ont finalement rien changé. Au contraire, les Casablancais ont l’impression que la ville est débordée par ses ordures. Cette situation va-t-elle perdurer jusqu’en 2021, date d’expiration des contrats de délégation actuels? On est en droit de se poser la question.

Pourtant, la propreté fait partie des postes les plus budgétivores, juste après la masse salariale. En effet, un montant de plus de 623 millions de DH est consacré annuellement à la collecte et à la gestion des décharges, soit plus de 18% du budget global de la ville (plus de 3 milliards de DH/an). Mais les résultats sur le terrain restent en deçà des attentes et des moyens déployés. «Pour rompre avec l’insalubrité à Casablanca, il faut une volonté politique et des moyens financiers beaucoup plus importants», commente un spécialiste, qui suit le secteur de près. Il va sans dire que la solution passe par le contrôle et la verbalisation qui doivent être réactivés.

Pour peu que les responsables de la ville fassent appliquer à la lettre les termes du cahier des charges (via le contrôle, le suivi des opérations ou des amendes corsées), les délégataires ripostent par un laisser-aller sur la collecte. Le conseil de la ville leur a d’ailleurs récemment interdit de comptabiliser les gravats qui servent à augmenter le calibrage, et qui représenteraient le tiers du marché des déchets, selon une source bien informée. De surcroît, l’activation du contrôle et des pénalités (jusqu’à 300 infractions/jour) s’est traduite par un service catastrophique ces derniers mois. Ce qui laisse augurer de la situation à la veille de l’Aïd Al Adha.

L’incivisme n’est pas non plus étranger à ce tableau décevant. Les Casablancais jettent leurs ordures à tout va: à côté des bennes, sur la chaussée, les trottoirs, aux coins de rues… Les procédures de verbalisation ne sont plus de mise depuis l’époque Benhima (ex-wali du Grand Casablanca de 2001 à 2004). Du temps du wali Benhima, rappelons-le, Casablanca avait activé les brigades chargées de la propreté, qui ne sont plus opérationnelles aujourd’hui.

Pour rompre avec ces pratiques et renforcer l’arsenal juridique, la commune a concocté un nouvel arrêté de l’hygiène qui sera approuvé par les élus lors de la session d’octobre prochain (voir aussi notre édition du 25 août 2017). Il s’inspire, selon ses auteurs, des meilleures pratiques au niveau national voire international. En effet, Fès et Kénitra, qui viennent d’adopter leurs règlements d’hygiène (respectivement en 2016 et 2014), ont servi de benchmark.

C’est le cas aussi de Dubaï, Tunis et Paris. Aujourd’hui, il y a urgence! La mairie de Casablanca n’a pas besoin d’aller si loin pour chercher les bons exemples. Des villes comme Rabat, Marrakech, Tétouan, M’diq, Martil… font beaucoup mieux. Même Ifrane, capitale écologique du Maroc, est classée 2e ville la plus propre au monde après Calgary au Canada.
Toutes proportions gardées, Casablanca, avec ses 4 à 5 millions d’habitants, est une grande métropole difficilement maîtrisable. La densité démographique et la ruralisation rampante y sont pour beaucoup dans l’état actuel d’insalubrité.

Les 300 agents de la police administrative qui seront déployés dans quelques mois suffiront-ils pour dissuader les contrevenants? «Pour assurer le respect du nouveau règlement de l’hygiène à Casablanca, les brigades chargées de verbaliser les contrevenants auront besoin de renfort», répond Nabila Rmili, adjointe au maire chargée de l’hygiène. Car il ne s’agit pas uniquement d’établir des règlements ou de promulguer des lois…. encore faut-il savoir les appliquer et faire adhérer la population. Or la nouvelle réglementation en matière d’hygiène instaure des amendes qui sont loin d’être dissuasives. En effet, étendre son linge sur le balcon ou déverser ses ordures dans la rue n’est passible que d’une amende de 100 DH.

Plus de 35.400 infractions à Paris

Casablanca devrait s’inspirer de la capitale de l’hexagone, qui vient de voter en mars dernier, un nouveau plan de propreté (le 3e depuis 2014). Ce plan prévoit, entre-autres, un renfort de 100 agents de nettoyage, en plus des 5.041 existants et 22 millions d’euros d’investissements pour rénover le parc d’engins. Le budget annuel consacré à la propreté est sans commune mesure avec celui de Casablanca. Il s’élève à 500 millions d’euros, soit 5 milliards de DH (contre 600 millions pour Casablanca).  Plus d’un million de tonnes de déchets sont collectées chaque jour à Paris (contre 4.000 tonnes/jour à Casablanca). A Paris, l’on compte pas moins de 35.400 procès verbaux pour des infractions liées à la propreté (chiffres de 2016).

 

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