Entreprises

Une start-up donne la parole aux sourds-muets

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5094 Le 28/08/2017 | Partager
HandyVoice: une application développée par des lycéens
Prix de la meilleure junior entreprise de 2017

Les initiatives en faveur de l’intégration des sourds-muets sont assez rares au Maroc. En dehors des prothèses auditives généralement importées, de petites initiatives existent çà et là, mais ne sont pas assez diffusées, encadrées ou même enregistrées.

Un groupe de lycéens vient d’innover par le développement d’une application d’accessibilité numérique. Dénommée HandyVoice, du nom de l’outil, la junior entreprise vient de lancer une application pour sourds-muets. Développée sous Android, elle fonctionne via une interface utilisable directement avec un smartphone. Le programme vise à faciliter la vie aux handicapés, la communication avec monsieur tout-le-monde et une meilleure mobilité. En fonction de l’utilisateur, le message est transmis en langue des signes ou de manière vocale, afin de permettre au sourd-muet et son interlocuteur de communiquer et se comprendre.

Le concept est né suite à un brainstorming entre dix jeunes de terminale du lycée Abidar El Ghifari de Rabat, inscrits en baccalauréat international scientifique, option français. Le projet a été primé «meilleur junior entreprise de l’année 2017», dans le cadre du programme Injaz Al-Maghrib en compétition avec quinze autres équipes de différents lycées. «Nous souhaitons remporter le premier prix à la compétition nationale et même internationale», soutient Atika Loualidi, co-fondatrice de HandyVoice.

«En termes de pertinence, le projet répond à un besoin réel et d’actualité. Il est simple et pourrait facilement profiter du taux important de pénétration du smartphone, qui culmine à 124%», fait valoir un cadre du ministère de la Solidarité. HandyVoice sera téléchargeable gratuitement via Playstore. Les concepteurs l'annoncent pour le mois de septembre, en version française et arabe. Pour monétiser l’application, l’équipe mise sur la publicité et le nombre de téléchargements, tout en faisant appel au sponsoring.

Autre initiative tout aussi pertinente: un dictionnaire électronique de plus de 1.000 mots développé par un Marocain. Il associe images et mots mais n'est pas dynamique. En Turquie et Colombie, des outils beaucoup plus sophistiqués ont été développés et permettent de communiquer avec un sourd via le téléphone. Ceux-ci convertissent la voix en image via un serveur.

Selon la dernière enquête nationale de 2014, une famille sur quatre est concernée par le handicap. Soit un taux de prévalence d’environ 6,8%, près de 2,6 millions de personnes. Le handicap auditif est classé 3e en termes d’importance (environ 12%), après le moteur et le mental.

La langue des signes

Le ministère de la Solidarité, de l’Egalité et du Développement social projette d’encadrer les initiatives de ce type, qui rendent service à une partie marginale de la population. Cependant, la langue des signes n’est pas suffisamment normalisée du Nord au Sud. Il reste encore des mots et des phrases qui ne sont pas interprétés de la même manière dans différentes régions du Maroc. «Un nombre important des signes sont plus ou moins localisés et tiennent compte des influences culturelles locales», soutient un cadre du ministère de la Solidarité. Les autorités préparent donc une harmonisation afin de faire la promotion d’une langue unique comme dans d’autres pays (Espagne, France…). La Hollande y est parvenue après 3 ans de travail. Le projet est inscrit dans le plan d’action 2017-2021 du ministère.

 

 

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