Entreprises

Les maquettistes broient du noir

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5087 Le 16/08/2017 | Partager
Le chiffre d’affaires en baisse continue
Une dizaine d'opérateurs se disputent le marché
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Maquette 3D du port de Safi. C’est désormais le modèle le plus prisé auprès des grands donneurs d’ordres. Les niveaux de tarifs pour ce type de représentations varient entre 200.000 et 400.000 DH (Ph. Immo)

Le marché de la maquette en est encore à ses balbutiements au Maroc. En termes de chiffre d’affaires, le business est estimé entre 20 et 30 millions de DH par an. Ce qui est paradoxal par rapport au nombre de projets lancés un peu partout. De l’avis d’un professionnel, le dépôt d’une maquette devrait être joint au plan 2D et autres documents pour obtenir l’autorisation de construire. Le segment compte une dizaine d’opérateurs, avec trois leaders.

L’une des difficultés de ce type de prestations  est liée aux principaux donneurs d’ordre (gouverneurs, promoteurs immobiliers, donneurs d’ordre, architectes…) qui ne comprennent généralement pas l’utilité de la maquette. Du coup, «n'importe quelle maquette de qualité médiocre fait l’affaire», explique un opérateur qui requiert l’anonymat. En effet, le segment est très dépendant des marchés publics (administrations, préfectures, collectivités locales…), qui représentent le gros du portefeuille clients.

«Le choix de matériaux pour la finition relève ou détériore l’image de marque du projet. Comment pouvez-vous concevoir qu’un projet qui coûte 20 milliards DH ait une maquette de 20.000 DH?», s’étonne l’un des leaders du marché.
Par rapport à 2016, le business a considérablement baissé. «Cette année, nous réalisons à peine 10% de l’activité de 2016», lâche un opérateur. «En 2016, nous avons réalisé 6 fois plus de projets que cette année à la même date», corrobore un autre professionnel.  A l’origine de cette baisse d’activité: la vacance du gouvernement, le gel des projets dans le BTP, les marchés publics…

Aux difficultés conjoncturelles de la corporation, s’ajoutent des contraintes procédurales. Pour échapper à l’appel d’offres, des donneurs d’ordre contournent la procédure en passant des commandes de moins de 200.000 DH.  «La réalisation de maquettes de gros projets d’Etat est commandée pour tomber dans le cadre du bon de commandes, au lieu de passer par un appel d’offres», dénonce un opérateur. En France par exemple, la réalisation de maquette pour des projets publics fait l’objet d’appel d’offres public.

Pour s’assurer des marchés, des professionnels commencent à fournir des projets à l’export ou à servir d’intermédiaire pour des marchés à l’étranger, profitant de l’implantation de leurs clients sur d’autres marchés à l’échelle du continent. Exemple de la maquette de l’usine OCP en Ethiopie (livrée et installée en 15-20 jours), du port de Djibouti, de l’usine Wartsila de Mauritanie (usine de production d’électricité). Des maquettes sont aussi réalisées pour des architectes européens…

Avec la crise de l’activité, les principaux prestataires voient leurs marges fondre. Du coup, ils se disent contraints de facturer au dessous de leur grille tarifaire. L’essentiel des matériaux nécessaires à l’exécution des maquettes est onéreux, puisque importé. Face à la cherté des produits, les petits maquettistes font montre de beaucoup de créativité  pour trouver des solutions de rechange (PVC, carton, diverses variétés de plastique, plâtre, chutes de moquettes, liège,  lichen naturel, plexiglas, papier Canson, ou encore l’éther pour coller les panneaux …).

Le type de matériau utilisé dépend souvent de l’échelle de la maquette.  Pour simuler les branches de palmiers, certains utilisent des plumes de volaille teintées en vert. Pour représenter des dattes par exemple, l’on recourt  à des grains de sésame. Les maquettistes marocains intègrent de plus en plus les nouvelles technologies: projection holographique, tableau de commande manuelle et électronique, commande via tablette, impression 3D… La nouvelle génération des maquettes est faite avec des matériaux nobles : de l’inox, de l’acrylique, du cuivre, du laiton, de l’électronique, des composants électriques, des transformateurs, verre trempé…

Lors de la confection de son modèle, le maquettiste n’a pas souvent le loisir d’apporter sa contribution en termes d’innovation. Mais, grâce à la miniaturisation et aux nanotechnologies, le créneau s’ouvre à l’animation. Mais très peu de professionnels s’y mettent. L’un des plus connus dans l’animation de maquettes emploie une dizaine de collaborateurs au Maroc, où il élabore les scénarios…En revanche, la confection  des maquettes se fait à Shanghaï. C’est surtout au niveau des maquettes des grands projets que le maquettiste s’y donne à cœur joie. Il prend un peu plus de liberté et fait preuve d’imagination au niveau de la domotique, l’aménagement intérieur et les agréments internes.

Un statut de technicien

Architecte de formation, spécialiste ou formé sur le tas, le maquettiste est un technicien qui confectionne des modèles réduits pour permettre à l’architecte de visualiser, en 3 dimensions, l’allure de l’ouvrage qu’il compte réaliser. Le maquettiste est avant tout un exécutant, un technicien chargé de représenter en modèle réduit une œuvre pouvant aller de l’objet le plus simple aux projets architecturaux, industriels, mécaniques ou urbanistiques.

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