Analyse

La décompensation du gaz attendra l'identifiant national

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5087 Le 16/08/2017 | Partager
Le nouveau code ne démarrera pas avant 2019
Prix des hydrocarbures: Une plateforme informatique pour tenir le consommateur informé
Subvention de la farine: «le système en place n'est pas bon»
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Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales et de la gouvernance: «Nous ne pouvons pas entrer dans la compétition internationale en maintenant les subventions» (Ph. Bziouat)

- L'Economiste: La polémique sur les prix des hydrocarbures a finalement abouti à une mission parlementaire. Quel est le fond du dossier?
- Lahcen Daoudi
: Durant les trois premiers mois de la libéralisation, les marges ont relativement augmenté. Depuis, elles sont restées presque au même niveau. Aujourd'hui, les variations du cours du pétrole sont répercutées et les marges des opérateurs sont plus importantes. Ils expliquent cela par plusieurs éléments: la marge est partagée avec les pompistes,  l'investissement dans les capacités de stockage, les nouvelles stations services, etc. Au-delà de tout argument, certaines compagnies pétrolières ont gonflé considérablement leurs marges. C’est presque un dirham de plus par rapport à la marge réalisée auparavant. A Rabat, par exemple, nous avons constaté que les prix peuvent varier de 30 centimes d’une station à l’autre. Un niveau important pour un taxi par exemple. Le client n'est pas bien informé pour qu’il choisisse entre les stations services et les conditions d'une vraie concurrence ne sont pas bien remplies. Nous n’avons pas mis en place les moyens qu’il faut pour que le consommateur dispose de l’information.

- Quelles failles comptez-vous soigner?
- Nous allons mettre en place une plateforme informatique qui sera opérationnelle à la rentrée. L'appel d'offres sera lancé incessamment. Nous nous sommes mis d'accord avec les compagnies pétrolières pour accéder directement à leurs bases de données et donc à leur prix. A partir de son smartphone, le consommateur pourra avoir l'information sur les tarifs pratiqués par les différentes stations services et choisir. Comme la Samir est à l'arrêt, les opérateurs se fournissent exclusivement à l'international et donc, contrairement à d'autres pays, nous ne pouvons pas avoir des prix à la pompe qui changent deux fois à trois fois par jour. Un vrai marché concurrentiel est un  processus qui prendra du temps. Si le gouvernement joue son rôle, si le consommateur est averti et si les associations des consommateurs font leur travail, cela permettra un changement au niveau des mentalités. Nous avons imposé aux compagnies pétrolières de modifier les tarifs chaque semaine et non plus le 1er et le 16 du mois. Cela ressemblait à une entente sur les prix sur laquelle nous n'avons rien de concret. Nous allons attendre les résultats de l’enquête parlementaire.

- La décompensation du gaz butane a été reportée à plusieurs reprises. Une réforme sans agenda n'a aucune portée…
- Le gaz n'est pas d'actualité. Nous sommes en train de préparer les conditions de réussite de cette réforme. Nous ne pouvons pas nous hasarder au risque de sanctionner le petit consommateur. Nous allons mettre en place un nouvel identifiant des citoyens (NDLR: un nouvel identifiant composé de dix chiffres sera mis en place. Il permettra de connaître avec plus de précision les citoyens, notamment en matière de retraite, d’assurance maladie, de programmes sociaux, de prestations administratives…) et une carte pour avoir une idée précise sur ceux qui méritent d'être subventionnés. L'identification ne démarrera pas avant 2019, le temps que la plateforme informatique soit prête. Il faut aussi accompagner l'agriculture qui consomme beaucoup de gaz butane et substituer le solaire au gaz.
Ceci étant, nous n'avons pas fait l'effort d'établir des prévisions, la gestion s'effectue toujours au jour le jour. Or nous disposons des données sur l'évolution de la consommation, nous savons que pour les besoins de l’irrigation l'eau est pompée avec du gaz... Des simulations et des prévisions sur 5 à 10 ans devaient être faites. Il faut se fixer des objectifs et des échéances.

- Vous abandonnez donc l'option du ciblage par la facture d'électricité?
- Je m'oppose à ce scénario car l'accès à l'électricité n'est pas généralisé. Les plus pauvres n'ont pas d'électricité et n'ont pas non plus de Ramed. Il ne faut pas se leurrer en disant que nous avons touché les plus pauvres avec le Ramed. C'est la réalité marocaine. Mais la mise en place de cet identifiant va changer les choses en particulier par rapport à l'accès aux programmes sociaux.

- Vous hésitez aussi sur la décompensation du sucre…?
- Nous sommes en train de réfléchir au système de subvention de la farine et du sucre. Pour ces deux produits, nous voulons également faire les choses dans les règles de l'art. Ce dossier peut aller plus vite. Nous voulons tout revoir avec les minotiers car le système en place n'est pas bon. Il faut trouver des substituts. Nous voulons tout changer et nous travaillons sur de nouveaux schémas dont la mise en place devra s’effectuer dans la stabilité.

- Que comptez-vous faire de la Caisse de compensation?
- Il faudra la supprimer. Si les 16 ou 17 milliards de DH qui vont à la compensation sont directement injectés dans le pouvoir d'achat des pauvres, cela va booster la demande intérieure. Cet aspect est souvent occulté du débat qui se limite au volet comptable seulement. Le problème n'est pas la subvention mais la croissance et l'amélioration des conditions de vie des Marocains. Est-ce que nous allons subventionner toute la misère du Maroc? Le problème est ailleurs, il est lié à la croissance et à l'amélioration du pouvoir d'achat.

Gaspillage de l'eau

Deux augmentations du prix de l'eau prévues dans le cadre du contrat programme de l'Office national de l'Eau et de l'Electricité ont été jusque-là gelées. Pour Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales et de la Gouvernance la décision sur la hausse des prix «revient au gouvernement». Il ajoute néanmoins que «tant que les piscines sont remplies avec de l'eau potable, ce produit n'est pas cher». «Nous avons beaucoup de gaspillage. Nous considérons toujours que l'eau est un flux et non un stock. C'est un problème de mentalité là aussi», soutient le ministre.

                                                                             

     Verbatim

- Prix: «Nous avons de grands problèmes sur des produits dont les prix augmentent au niveau international et que nous n'arrivons plus à suivre. C'est intenable. Il faut absolument améliorer le pouvoir d'achat des Marocains».
- Mentalités: «Nous avons un problème de management et de mentalité».
«Il faut intégrer la logique du changement car si nous continuons sur le même trend le gap avec le reste du monde s'accentuera davantage. Cela est également valable au niveau politique. L'offre politique ne change pas».
- Décompensation: «La décompensation du butane est facile à mettre en place. Nous pouvons cibler jusqu'à 6 millions de familles. Mais nous ne voulons pas que les riches se cachent derrière les pauvres».
- Discours du Roi: «Le parti ne s'est pas réuni après le discours. Ce qui n'est pas normal. Nous avons un problème de management durant cette période».
- Vacances: «J'ai pris trois jours et avec le weekend cela fait 5 jours. C'est la tradition. Cela n'a rien à voir avec la conjoncture».

Propos recueillis par
Khadija MASMOUDI

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