Economie

La PME et la TPE se détournent du crédit

Par Franck FAGNON | Edition N°:5086 Le 15/08/2017 | Partager
Déjà faible, le taux d’endettement long terme marque un recul important sur trois ans
La conjoncture, mais aussi la relation avec la banque jouent
Les crédits bancaires à ces sociétés représentent 33% des prêts aux entreprises
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Les TPE et les PME sont les premières à souffrir du ralentissement de l’activité économique et de la dégradation des délais de paiement. Cela affecte l’investissement et se ressent donc sur leur niveau d’endettement. Quoique cette population d’entreprises recourt faiblement aux financements externes

La poursuite des investissements des entreprises publiques et la légère reprise des opérations du secteur privé ont stimulé le crédit l’année dernière. Conséquence, la dette des entreprises non financières est repartie à la hausse. Elle a atteint 716 milliards de DH, en augmentation de 3,4%.

Elle représente 70% du PIB. Une deuxième baisse, après le recul de 2,8% enregistré en 2015 aurait été un mauvais signal. Surtout que les entreprises disposent encore d’une marge de manœuvre assez importante. Le taux d’endettement à long terme d’un échantillon de près de 14.000 sociétés analysé par Bank Al-Maghrib, s’est établi à 41%. Le ratio est plus faible pour les PME (20%) et les TPE (10%).

Entre 2012 et 2015, l’indicateur a augmenté de 4 points pour l’ensemble de l’échantillon avec des disparités selon la taille de l’entreprise. Il a baissé de 7 points pour la PME et de 5 points pour la TPE. Cette catégorie de société est la première à souffrir du ralentissement de l’activité économique et de la dégradation des délais de paiement. Ce qui affecte l’investissement. En même temps, c’est une population qui a peu recours au financement externe.

Le tissu des PME est dominé par les entreprises familiales. Par souci d’indépendance et d’autonomie de prise de décision, nombre de dirigeants préfèrent se reposer sur les ressources internes (capitaux propres, compte courant d’associés) plutôt que de recourir à des sources de financement externes. Mais, à elles seules, ces raisons n’expliquent pas le faible taux d’endettement des TPME. Il y a aussi un problème d’accès au crédit bancaire et aux autres sources (Bourse, marché obligataire...).

Le Maroc est classé 101e sur 190 dans le Doing Business 2017 en matière d’accès au financement. C’est l’indicateur sur lequel les progrès sont moindres depuis 2011. Le Royaume n’a amélioré son classement que de 12 points seulement.
Pour emprunter, la banque est de loin le partenaire privilégié des entreprises. Leur dette bancaire a augmenté de 3,7% à 467 milliards de DH à fin 2016. C’est plus de 2/3 de leur dette globale. Dans ces financements, la part allouée aux TPME représente 33%. Elle est restée inchangée sur un an. La ventilation des prêts à cette clientèle révèle une prédominance des crédits court terme.

Cela traduit en partie le manque de confiance dans le couple banque/entreprise. Souvent les banques sont critiquées pour leur frilosité vis-à-vis de cette clientèle. Mais, elles ne peuvent pas être la seule alternative de financement de l’économie. Il faudra développer les autres sources de financement notamment la Bourse, le marché obligataire, le capital investissement...Parallèlement, les entreprises, elles aussi, doivent mieux se structurer et être plus transparentes.

Beaucoup de sociétés ne fournissent pas des informations sincères pour des raisons fiscales ou encore de concurrence. Il est donc plus difficile pour elles de décrocher un financement bancaire. Sinon, la banque exige une participation importante de l’entrepreneur au projet ou des garanties consistantes. Souvent pour le banquier, le facteur humain est déterminant dans l’octroi du crédit. Sa confiance dans le management et la gestion de l’entreprise facilitera les déblocages de fonds.

La Banque centrale pousse les banques à renforcer les financements accordés à la clientèle des TPME. Depuis quelques mois, elles communiquent les notations de crédit, ce qui permet aux entreprises d’améliorer si nécessaire, la qualité de leur dossier et le rendre bancable. Par ailleurs, les changements réglementaires et le durcissement des règles pour les expositions sur les grands comptes vont pousser les banques à rééquilibrer un peu plus leur portefeuille.

La baisse des taux d’intérêt a peu profité aux TPME

La politique accommodante de Bank Al-Maghrib et la concurrence sur le marché ont tiré les taux vers le bas. Mais, la baisse ne profite pas de la même façon à tout le monde.
Le taux d’intérêt moyen appliqué aux crédits aux entreprises en 2016 a diminué de 49 points de base à 5,10%. Cette baisse recouvre un recul de 43 points de base à 4,75% de la tarification des prêts aux grandes entreprises. Pour les TPME, le coût de l’argent a limité sa baisse à 13 points de base à 7,37% en moyenne.

 

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