Analyse

Tourisme de croisière: Pourquoi l’activité est en perte de vitesse?

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5086 Le 15/08/2017 | Partager
Les arrivées en baisse vertigineuses dans les principaux ports
Le port de Casablanca particulièrement touché
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Il est loin le temps des records de croisiéristes qui accostaient au port de Casablanca, allant jusqu’à 15.000 en une seule journée ! En attendant la livraison du terminal de croisière, fin 2018, les croisiéristes débarquent au milieu des conteneurs et  des caisses de marchandises (Ph. L'Economiste)

L’ambition d’atteindre 500.000 croisiéristes à Casablanca à l’horizon 2020 est-elle encore réaliste? Au vu des derniers chiffres du secteur, cet objectif est plus que compromis. Le nombre de paquebots de croisières qui accostent aux ports marocains a fondu comme neige au soleil (voir aussi article ci-contre). Et cette tendance baissière sur l’ensemble du territoire est particulièrement constatée à Casablanca, qui s’accapare plus de 55% du trafic.

Parmi les 22 millions de croisiéristes qui sillonnent les mers du globe chaque année, combien ont accosté au Maroc? A peine 339.027 en 2016, selon les derniers chiffres de l’Agence nationale des ports (ANP). Des effectifs dérisoires au vu du potentiel de cette activité au Maroc. A fin juillet 2017, la baisse des arrivées est de l’ordre de 66% pour le port de Tanger et de 36% pour Casablanca. Et ce manque à gagner risque de se creuser dans les mois à venir, prédisent les professionnels. En variation mensuelle, le mois de juillet 2017 a enregistré une chute drastique de l’activité de croisières à Tanger (94%) et Casablanca (83%).

La ville, qui recevait en moyenne 250.000 croisiéristes, n’en a reçu qu’un peu plus que 170.000 en 2016 (contre 241.000 l'année précédente). Ce qui confirme la tendance baissière de l’activité d’année en année. Ces statistiques alarmantes sont confirmées par les remontées d’informations auprès des professionnels. «Nous avons pratiquement zéro réservations pour l’année prochaine», déplore un opérateur, qui détient pourtant plus de 80% du marché. Il est loin le temps des records de croisiéristes qui accostaient au port de Casablanca, allant jusqu’à 15.000 en une seule journée (cf. édition du 15 avril 2015).

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A Casablanca, le nombre de croisiéristes  a baissé de 29% entre 2015 et 2016, passant respectivement de  241.140 en 2015 à 170.265. Cette tendance baissière se confirme en 2017

Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette désaffection. Mais l’absence d’infrastructures d’accueil adéquates reste l’un des principaux freins à l’expansion de l’activité, selon les professionnels. A Casablanca, à titre d’exemple, les touristes débarquent au milieu des conteneurs et  des caisses de marchandises. Les risques sont réels pour les touristes qui doivent slalomer au milieu des cargaisons.  Certains refusent même de débarquer dans ces conditions et demandent leur remboursement. Le chantier du nouveau terminal de croisière, dont l’investissement s’élève à 379 millions de DH, ne sera livré que fin 2018 (si les délais sont respectés).

D’une capacité d’accueil annuelle de 350.000 croisiéristes, le nouveau terminal pourra accueillir des navires de 350 m de longueur et 45 m de largeur, avec une profondeur de 12 m. Il est prévu également d’aménager un bassin de stationnement de navires ainsi qu’un quai d’une longueur totale d’environ 665 m.

En attendant les infrastructures d’accueil, l’activité est en perte de vitesse. Ce qui profite bien évidemment à la concurrence. Le port de Gibraltar a pratiquement quadruplé ses arrivées et celui de Sebta s’en tire aussi très bien. Il en est de même pour les ports voisins de Cadix, Malaga … Le port de Casablanca se distingue, lui,  par sa position centrale qui permet de visiter l’arrière-pays en moins de 3 heures (Rabat, Marrakech, Fès, El Jadida…).

En effet, le parcours des croisiéristes est généralement bien chronométré avec 3 heures de route à l’aller et autant au retour en plus de 6 heures sur place. De plus, le port de Casablanca présente l’avantage d’être à mi-chemin entre l’Espagne et les Iles Canaries. Ce qui en fait un passage obligé pour les plus gros paquebots de croisière. Sachant qu’un croisiériste dépense en moyenne 200 dollars sur place, sans compter les recettes pour les transporteurs, restaurateurs, frais d’escale…

 

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