Economie

Les migrants, une chance pour l’économie

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5085 Le | Partager
Transferts de fonds, nouvelles compétences, réseaux… les atouts
L’émigration réduit la concurrence sur le marché de l’emploi
Effets sur un secteur agricole saturé
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L’émigration est relativement plus importante à Tadla-Azilal, alors que la migration de retour est plus fréquente dans la région de Souss-Massa-Drâa. Cela reflète probablement le fait que l’émigration de la première région est plus récente que la seconde. Dans l’Oriental, les ménages avec émigrés sont plus susceptibles de se trouver en ville, tandis qu’à Tadla-Azilal, ils sont plus présents en milieu rural.
NB: Le Maroc s’est doté d’un nouveau découpage territorial. Le pays compte aujourd’hui 12 régions et non plus 16 qui existaient au moment de l’enquête

C’est un homme célibataire avec un faible niveau d’éducation qui migre pour une durée déterminée principalement en France, en Espagne ou en Italie dans le but d'améliorer ses conditions de vie. C’est le profil typique d’un migrant marocain. Si l’émigration est essentiellement motivée par des raisons professionnelles pour les hommes, elle l’est surtout d’ordre familial ou par le mariage pour les femmes.

Le Maroc est de plus en plus un pays d’immigration, même si les chiffres restent bas. Les dernières estimations pour 2015 sont de 88.511, soit 0,3% de la population. La Banque mondiale estime un total inférieur à 50.771 immigrés, soit 0,2% de la population. La majorité des migrants sont revenus au Maroc pour y prendre leur retraite ou pour des raisons familiales.  Les ménages des régions rurales sont légèrement plus susceptibles de recevoir des transferts de fonds.

La nouvelle analyse du centre de développement de l’OCDE «Interactions entre politiques publiques, migrations et développement au Maroc, les voies de développement» (1) explique comment les migrations influencent différents secteurs clés.

■ Des effets sur l’emploi: Les migrations affectent le marché de l’emploi de diverses façons. L’effet le plus immédiat réside dans la perte de personnes sur ce même marché. Si ces personnes étaient au chômage avant de quitter le Maroc, une baisse significative de l’offre de main-d’oeuvre peut, en théorie, réduire la concurrence sur le marché de l’emploi et ainsi augmenter le niveau des salaires et faire reculer le chômage. Selon l’enquête de l’OCDE, les hommes sont plus nombreux que les femmes (86% contre 14%). La quasi-totalité des émigrés actuels dans le cadre de l’étude sont en âge de travailler (15-64 ans). Les personnes âgées de 15 à 44 ans représentent près des trois quarts des émigrés actuels. Quelque 75% des émigrés étaient économiquement actifs au Maroc avant de quitter le pays: 48% exerçaient un emploi et 27% étaient au chômage. En général, les migrants transfèrent des fonds à leur famille. Lorsque ces fonds sont consacrés à la création d’une entreprise, le phénomène peut générer de l’emploi.

■  Main-d’oeuvre agricole: L’agriculture dépend fortement de la main-d’oeuvre, le départ des travailleurs peut donc modifier les activités des ménages, ainsi que le secteur dans son ensemble. Cependant, l’émigration peut également soulager le

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Les activités financières les plus courantes parmi les ménages recevant des transferts de fonds de la part d’anciens membres sont les investissements immobiliers (35% des ménages dans les zones rurales et 46% dans les zones urbaines), suivis du paiement d’un traitement médical pour un membre du ménage, de l’acquisition d’une maison et de l’épargne

marché de l’emploi agricole en déplaçant l’excès de main-d’oeuvre et en se tournant vers le marché de l’emploi externe. Les données liées au projet des interactions entre politiques publiques, migrations et développement (IPPMD) montrent que 79% des ménages cultivant la terre comptaient au moins un membre du ménage travaillant la terre lors de la dernière saison de récolte et 24% en comptaient trois ou plus. Environ 35% des ménages embauchaient de la main-d’oeuvre agricole extérieure (en moyenne 3,5 travailleurs par ménage). Les ménages recevant ces transferts auront en effet plus tendance à engager des dépenses dans le secteur agricole (23% contre 15%) et à dépenser plus (3.406 DH contre 2.539 DH), que les ménages ne recevant pas de transferts de fonds. Ce n’était pas le cas pour les ménages avec migrants de retour. Puisqu’ils avaient la même tendance que les ménages sans migrants de retour à engager des dépenses dans le secteur agricole (18% contre 17%) et dépensaient des montants similaires (2.808 DH contre 2.811).

■  Une meilleure éducation: Les personnes émigrent pour bénéficier de la qualité de l’éducation à l’étranger pour elles ou leurs enfants, ou gagner de l’argent pour payer la scolarité des enfants restés dans le pays d’origine. L’émigration et la

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Selon la Banque mondiale, les transferts de fonds internationaux à destination du Maroc sont élevés. Ils sont passés de 2,2 milliards de dollars en 2000 à 6,9 milliards en 2015. L’institution prévoit une hausse pour 2016 à 7 milliards de dollars. Le taux des transferts par rapport au PIB du Maroc est lui aussi resté stable au fil des ans

migration de retour peuvent également changer la composition des compétences de la population d’un pays. Des études ont montré que les transferts de fonds pouvaient atténuer les contraintes financières et permettre aux ménages d’investir dans le capital humain. Par ailleurs, le départ d’un membre du ménage peut avoir des effets déstabilisants sur la scolarisation des enfants et des jeunes. Et ce, en raison de la pression émotionnelle ou de la nécessité d’assumer davantage de tâches ménagères, de travaux agricoles ou de travail à l’extérieur du ménage afin de compenser le départ du membre concerné. Le taux de scolarisation des jeunes (dans l’échantillon IPPMD) pour le Maroc est de 71% dans le groupe d’âge 15-17 ans et 37% dans le groupe d’âge 18-22 ans. Les données descriptives montrent que les jeunes des groupes d’âge 15-17 ans et 18-22 ans dans les ménages recevant des transferts de fonds ont moins de chances d’aller à l’école (67% et 34% respectivement) que ceux des ménages ne recevant pas de transferts de fonds (72% et 38% respectivement). Globalement, les émigrés reviennent souvent avec de nouvelles compétences. Près de 33% ont au moins suivi des études secondaires contre 26% des personnes sans expérience migratoire. Cependant, les migrants de retour sont bien moins instruits, en moyenne: seuls 13% ont obtenu un diplôme du premier cycle du secondaire ou d’un niveau supérieur.

■  Investissements et services financiers: Les transferts de fonds peuvent être investis dans le capital productif sous forme d’entreprise ou de bien immobilier. Les migrants de retour peuvent rapporter des fonds, des compétences entrepreneuriales et des réseaux utiles dans leur pays d’origine. D’après l’enquête menée auprès des ménages, la propriété d’une entreprise ou d’un bien foncier (terrain non agricole et maison/appartement autre que la maison/l’appartement où vit le ménage) est très faible. Seul 1% des ménages de l’échantillon (24 ménages) déclare être propriétaire d’une entreprise. Cette proportion est supérieure parmi les ménages ne recevant pas de transferts de fonds et sans migrant de retour. Un ménage sur cinq détient un terrain non agricole et 4% sont propriétaires d’une maison autre que celle dans laquelle vit le ménage.

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(1) C’est le fruit d’un projet mené conjointement par l’Union européenne et le Centre de développement de l’OCDE, en collaboration avec le ministère chargé des MRE et des affaires de la migration et Thalys Conseil S.A.R.L. Le projet Interactions entre politiques publiques, migrations et développement (IPPMD) a été mis en oeuvre au Maroc entre 2013 et 2017 afin d’étudier la relation bilatérale entre les migrations et les politiques publiques dans différents secteurs

 

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