Culture

Le festival de la culture soufie revient en octobre

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5084 Le 10/08/2017 | Partager
Objectif: Explorer la route du soufisme du Maroc vers l’Inde
Samaa, chants spirituels et débats au menu de la 10e édition
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Le 10e festival de Fès de la culture soufie invitera à un voyage, à travers les chants soufis, du Maroc vers l’Inde. L’itinéraire thématique du festival va également s’exprimer à travers les conférences et les tables rondes qui évoqueront la rencontre du soufisme avec d’autres spiritualités et pensées philosophiques  (Ph. YSA)

Le festival de Fès de la culture soufie prépare sa 10e édition qui doit se dérouler, sous le haut patronage de SM le Roi, du 14 au 21 octobre. Initié sous l’intitulé: «le soufisme à la rencontre des sagesses du monde, la route du soufisme du Maroc vers l’Inde», l’événement se fixera comme but de conter l’une de ces aventures possibles d’un voyage du Maroc vers l’Inde qu’il déclinera, une semaine durant, dans les palais, riads et sur l’esplanade de Bab al Makina, en un programme de conférences, de concerts artistiques et de soirées de Samaa.

En effet, ce festival suscite depuis sa fondation un intérêt particulier par le fait qu’il appelle, sous forme de soirées de Samaa, de chants et invocations spirituelles des confréries soufies et de nombreuses conférences et tables rondes, à la découverte de l’extraordinaire richesse du patrimoine culturel et spirituel du Soufisme au Maroc et dans le monde. «Ce patrimoine à la fois historique et vivant s’est exprimé à travers des siècles dans une diversité prodigieuse de cultures et de langues qui ont ainsi constitué le cœur même de la civilisation de l’Islam dans sa créativité et profondeur. On pense au patrimoine poétique du soufisme, littéraire ou artistique», estime Faouzi Skali.

Le président et fondateur de ce festival décrit ainsi la thématique choisie pour cette édition: «Le patrimoine culturel, artistique et spirituel du soufisme est d’une richesse et d’une profondeur qui s’enracinent dans des siècles d’histoire et constituent de fait la trame vivante, et sans cesse renouvelée, de la civilisation de l’Islam». Cette dernière a pris des colorations différentes en épousant différents «terroirs» culturels ainsi que dans ses rencontres avec d’autres religions et spiritualités. Cette même trame culturelle et spirituelle du Soufisme fut sans doute au cœur de cette symbiose particulière entre les trois traditions abrahamiques, qui fut celle de l’Andalousie pendant près de huit siècles et dont le Maghreb reçut grandement l’héritage.

Imaginons alors que nous entreprenions ce voyage sur les pas du grand mystique Ibn Arabi, qui est né à Murcie (en 1165) et a séjourné à différentes reprises à Fès, ou encore, plus tardivement, au 14e siècle , sur les traces d’Ibn Battuta, qui a voyagé à travers le monde en suivant en grande partie les filières des confréries soufies et les centres de «Futuwwa» (corporations basées sur la notion de chevalerie spirituelle) qui leur sont liés et qui sont connus pour leur hospitalité légendaire. Nous pourrions par la pensée rejoindre un autre voyageur, plus précoce celui-ci, Al Biruni, qui a dédié un livre magnifique à ses relations de voyage en Inde.

«Notre route croisera Abdelkader Al Jilani, Attar, Rumî et d’autres encore, qui font partie de notre histoire contemporaine dont les enseignements et les œuvres sont restés comme des traces vivantes jusqu’à nos jours sur ce long parcours qui va du Maghreb al Aqsa (l’extrême Occident; le Maroc) jusqu’en extrême Orient et en particulier en Inde, terre de rencontres de toutes les grandes spiritualités», souligne l’initiateur de l’événement. En chacune de ces étapes cette culture du Soufisme favorisera des rencontres, sera l’humus sur lequel seront produites des œuvres littéraires, poétiques, artistiques, philosophiques.

Outre l’hommage habituel aux confréries soufies du Maroc, le festival accueillera d’autres confréries venant d’autres horizons et cultures de l’Islam. La soirée d’ouverture sera un hommage au poète et troubadour soufi andalou du XIIIe siècle Abu l’Hassan al Shustari dont les zajals ont accompagné ses pérégrinations jusqu’en Orient. Cela sera ainsi l’occasion de décrire ce voyage de l’Andalousie et du Maroc vers l’Inde par les nombreuses affinités que cette poésie dédiée à l’ivresse et à l’amour spirituels va trouver, en résonance, avec d’autres cultures soufies qui chantent  cette poésie extatique en d’autres langues et d’autres accents. Nous pourrions ainsi dire d’Al Shustari qu’il était dans cet Occident de l’Islam l’alter ego du célèbre Rumi, dont il fut aussi le contemporain. Enfin, la soirée de clôture sera dédiée aux grandes voix du Samaa soufi du Maroc.

Un dialogue interreligieux

 «Un dialogue interreligieux et entre les spiritualités, dont nous aurons peut-être du mal aujourd’hui à réaliser toute la profondeur, pourra être redécouvert, compris, revisité», estime Faouzi Skali. «Dans cette entreprise nous n’aurons pas l’ambition, d’ailleurs désespérée, d’être exhaustifs. Nous voudrions comme d’autres voyageurs suivre le fil d’un voyage à la fois géographique, historique, culturel et spirituel. Faire des choix, des découvertes, comprendre des liens parmi bien d’autres», ajoute l’anthropologue. Pour lui, «Découvrir les différentes expressions cultuelles du patrimoine soufi qui est, redisons le, un patrimoine vivant et la façon dont celles-ci ont rencontré les traditions religieuses juives, chrétiennes d’Orient et d’Occident, les traditions mazdéennes et zoroastriennes dans le monde persan et enfin, comme cela s’est exprimé si magnifiquement dans la tradition, la façon dont le Soufisme est entré en communication profonde avec les traditions de l’Inde, hindouistes, sikhs ou boudhistes».

 

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