Economie

Bientôt la fin de la cochenille du cactus?

Par Jamal Eddine HERRADI | Edition N°:5082 Le 08/08/2017 | Partager
Une équipe de chercheurs de l'INRA obtient des résultats fort encourageants
Des écotypes résistants identifiés
Les opérations d’arrachage et d’enfouissement entamées
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La menace de la cochenille Dactylopius opuntiae (CDO) qui ravage les cactus au Maroc est récente. L'origine de l'infestation est difficile à établir, mais c'est probablement d'Espagne où l’insecte a été signalé à Murcia en 2006 et à Almeria en 2013. L’expansion géographique du cactus coïncide avec les zones marginales où l’activité principale est l’élevage. Le cactus représente le tiers de la ration du cheptel dans ces zones déjà en manque de ressources fourragères et le nombre d’agriculteurs/éleveurs dépendant directement ou indirectement de la culture du cactus est considérable (Ph. DR)

«Oui, il y a un sérieux espoir aujourd’hui pour limiter la propagation de la cochenille du cactus, en attendant de l’éradiquer définitivement». C’est Mohamed Sbaghi, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et responsable du programme scientifique mis en place pour combattre l’insecte ravageur du cactus, qui l’affirme.

Parole de scientifique et un optimisme de chercheur porté par les résultats auxquels son équipe a abouti après un peu plus d’une année d’études, d’analyses et d’observations en laboratoire de l’insecte, ennemi déclaré et impitoyable du cactus.
Selon Sbaghi, les premiers résultats sont probants. Ils sont relatifs aux variétés et écotypes résistants. Les recherches entamées, dès juin 2016, conformément au plan d’urgence mis en place par le département de l’Agriculture, avancent à grands pas. La mobilisation pour trouver des solutions permettant de mettre fin au fléau de la cochenille est générale.

Quoique le branle-bas de combat n’a été effectif que deux années après l’apparition du premier foyer dans un douar non loin de Khemis Zemamra dans les Doukkala. Ce qui veut dire que la réactivité des autortités compétentes n’a pas été à la hauteur du risque que représente la cochenille. Résultat: près de 60% des cactus du pays ont été complètement détruits. Deux années qui ont permis au ravageur de prendre une longueur d’avance sur tous les plans. Alors qu’une simple décision d’arrachage et d’enfouisserment des cactus infectés aurait freiné la prolifération de l’insecte.

Lutte biologique

Aujourd’hui, l’on essaie, tant bien que mal, de rattrapper le temps perdu. En effet, il a fallu à peine une année à l’équipe de Mohamed Sbaghi pour arriver à des résultats fort encourageants. Un programme basé sur la lutte biologique, la recherche des produits à base biologique et microbiologique, l’évaluation de la résistance pour trouver des écotypes résistants, et aussi l’utilisation de prédateurs.

Sans oublier la prospection pour identifier l’insecte et savoir s’il s’agit du même type de cochenille qui s’est attaquée aux cactus dans les régions infestées ou de différentes variétés. Et par la même occasion établir comment l’insecte évolue et se dissémine.
Les premières recherches qui ont porté sur les prédateurs ont abouti à l’identification d’une coccinelle très efficace pour détruire la cochenille. Et, partant, peut jouer un rôle important dans la diminution des foyers d’infestation du cactus par la cochenille. Des études écobiologiques ont également été menées sur la cochenille.

Prédateur élevé en laboratoire

Au stade actuel, les chercheurs de l’INRA sont en train d’analyser les effets de certains produits sur le jaunissement, donc l’origine pour effectuer en même temps le traitement des cactus par certains produits et lâcher la coccinelle prédateur. En attendant, le prédateur est élevé en laboratoire pour les essais sur le terrain. Aussi, et à la suite de ces efforts, six variétés de cactus sur 247 ont déjà été identifiées comme résistantes à la cochenille.

A partir de là, des «copies» sont cultivées sous ombrières pour suivre cette résistance et leur multiplication a été entamée sans tarder dans la région de Khmiss Zémamra. Quelque 500 plants sont, d’ailleurs, déjà prêts et on n’attend plus que leur développement. Dans trois mois, des essais seront menés sur le terrain dans l’objectif de constituer un parc à bois (sorte de pépinière) pour la production de plants et de matériel végétal.

A noter que la Direction régionale de l’Agriculture a commencé, dans la région de Sidi Bennour, l’opération d’arrachage et d’enfouissement des cactus infectés. Le Département de l’Agricuture, a mis en place des mesures d’urgence pour lutter contre le fléau de la cochenille du cactus qui a déjà ravagé plus de 50.000 ha.  Parmi ces mesures, il y a lieu de citer la suspension des nouvelles implantations envisagées dans le cadre du Plan Maroc vert. Et aussi le renforcement du traitement phytosanitaire des plantations faiblement infestées et la mise en place d’un cordon sanitaire pour protéger les zones encore épargnées par le fléau.

Aux dernières nouvelles, un nouveau foyer d’infestation a été signalé dernièrement dans la zone de Belfaâ dans la région d’Agadir. Et un autre à Ben Ahmed aux environs de Settat.

Appui de la FAO

Une convention sera signée prochainement entre la FAO et l’ONSSA. D’un montant de 417.000 dollars US (4,17 millions de DH), le projet, objet de la future convention, est destiné à appuyer le gouvernement du Maroc dans ses efforts pour gérer le fléau de la cochenille du cactus. Dans une déclaration à L’Economiste, Noureddine Nasr, chargé de la Production végétale et de la protection des plantes auprès de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a indiqué que le projet, d’une durée d’une année, comporte quatre grandes composantes portant notamment sur la sensibilisation, l’information, la formation et le renforcement des capacités de tous les acteurs concernés par le fléau de la cochenille du cactus.
La convention va également porter sur le renforcement de la recherche et l’assistance aux opérations d’arrachage et d’enfouissement des cactus infestés. Et aussi sur celles de nouvelles plantations de cactus. Sans oublier le traitement et la lutte intégrée contre la cochenille.

 

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