Reportage

Arrêtons de jouer avec la vie des singes magots!

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5081 Le 07/08/2017 | Partager
Le singe magot d’Azrou souffre de toutes les formes de violence à son égard
Braconnage, destruction de l’écosystème, exportation illégale, euthanasie... alors que l’espèce est menacée d’extinction
Un plan de surveillance, suivi et recensement lancé…mais est-il appliqué?
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Le singe magot ou macaque de Barbarie est le seul macaque vivant sur le continent africain, à l’état sauvage dans les forêts du Maroc et d’Algérie. Cette espèce animale est actuellement menacée de disparition et elle est classée comme espèce «en danger» par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) (Ph. YSA)

C’est durant la période estivale que les singes magots sont exposés au braconnage. Particulièrement dans la région d’Azrou, où les visiteurs «inopportuns» se font de plus en plus nombreux durant l’été et que les gardes forestiers sont appelés à la rescousse. «Ils observent des touristes malintentionnés en quête d’un animal de compagnie», rapportent des jeunes campant dans la forêt du cèdre de Gouraud, près d’Azrou.

En effet, le singe magot, appelé également macaque de Barbarie, est le seul macaque vivant sur le continent africain, à l’état sauvage dans les forêts du Maroc et d’Algérie. Cette espèce animale est actuellement menacée de disparition et elle est classée comme espèce «en danger» par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et figure sur la liste des espèces protégées par la législation nationale en vigueur au Maroc. Il s’agit d’une espèce protégée par la Convention sur le commerce international des espèces de flore et de faune sauvages menacées d’extinction (Cites) que le Maroc a signée. «Si rien n’est fait, cette espèce disparaîtra dans dix ans», mettent en garde les protecteurs des animaux.

En cause, la surexploitation des forêts qui réduit son habitat naturel, le braconnage à des fins d’exportation illégale vers l’Europe et l’inconscience des touristes qui nourrissent ce primate aux dépens de sa santé. En février 2015, L’Economiste publiait une enquête sous le titre «Parce que l’on n’a pas su cohabiter, le singe magot abdique» (Edition N°4462 du 13/02/2015).

Un an plus tard, sur proposition du royaume et de l’Union européenne, l’espèce a été classée sur l’annexe I de la Cites, la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction, afin qu’elle soit considérée comme «très protégée». Ce qui «permettra au Maroc et à d’autres pays de fédérer leurs efforts pour lutter contre le commerce illégal du magot», souligne-t-on auprès du Haut commissariat aux eaux et forêts.

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Capturés, les macaques de Barbarie sont vendus illégalement entre 1.000 et 3.000 DH à des clients en Europe, au mépris de la législation marocaine qui interdit ce commerce. Beaucoup d’étrangers achètent des singes magots pour en faire des animaux de compagnie. Une fois adulte, le petit primate devient agressif. Il est aussitôt abandonné ou euthanasié… triste destin (Ph. YSA)

Désormais, le Maroc a lancé un plan de sauvegarde et compte sur une société civile «très active» pour protéger l’espèce. En ce sens, le Royaume travaille sur deux axes: la surveillance, le suivi et le recensement de cette espèce dans le Rif, ainsi que la sensibilisation des populations locales afin qu’elles deviennent des actrices actives de sa sauvegarde.

En revanche, il faut reconnaître que l’on trouve au Maroc, au niveau de certains lieux publics, des singes capturés. Ils sont utilisés pour exposition ou pour mener des spectacles animés par des dresseurs, notamment à Jamaa El-Fna, où les singes font partie des attractions proposées depuis plusieurs années. «D’autres personnes considèrent le magot comme animal de compagnie. Mais, au fil des ans, le mignon petit singe se transforme en primate agressif. C’est là que ses maîtres décident généralement de s’en débarrasser, en le relâchant dans la nature», faisait remarquer Franck Fayçal Wyllinck.

Le directeur de la Fondation marocaine des Néerlandais et Flamands (Fomanef), qui œuvre pour le rapprochement culturel et socioéconomique du Maroc, des Pays-Bas et de la Flandre, qui tirait la sonnette d’alarme, pointait du doigt «certains européens qui au lieu de ramener les singes dans un zoo ou un refuge animalier, les abandonnaient ou les euthanasiaient».

Dans la forêt d’Azrou, les touristes nourrissent les macaques. «C’est déjà une erreur d’avoir rendu les magots dépendants de l’homme sur des bords de route-poubelles, pour notre seule distraction, alors qu’il s’agit d’une espèce protégée dont il convient de respecter la liberté au sein de l’habitat», alertent les protecteurs des animaux. Et d’ajouter :« il faudrait soigner les petits primates traumatisés et blessés récupérés, puis tenter de les réinsérer dans des groupes sociaux stables et de leur trouver un logement permanent dans les parcs zoologiques ou des réserves naturelles». Enfin, il faut sensibiliser les enfants des écoles des régions où vivent cette espèce animale pour leur faire comprendre la nécessité de préserver leur environnement et l’incroyable singe magot.

La cédraie n’est pas un cirque

Pour nombre d’associations, «la cédraie n’est pas un cirque. La forêt de cèdre est originellement la maison des magots et pas la nôtre». Elles soulignent que le surpâturage qui sévit dans la région a investi tous les points d’eau au profit des troupeaux et les singes magots n’ont plus les moyens de se désaltérer. En fait, durant l’été, les singes sont sans cesse au bord de la déshydratation. Ils meurent plus volontiers de soif que de faim. D’où les sessions de sensibilisation, menées dans les forêts du Moyen Atlas, par le Haut-commissariat aux eaux au profit des touristes. Le reboisement et la régénération des espèces forestières dans les milieux où vivent les magots, et l’interdiction de l’élevage dans ces zones, sont également d’un grand apport.

 

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