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Politique

Partis politiques: Qui va dégager?

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5078 Le 02/08/2017 | Partager
Refonte nécessaire de la structure techno-politique
Rompre avec l’instrumentalisation de la religion et dépolitiser la fonction publique
L’opinion très remontée

Le discours du trône a présenté un diagnostic de l’état calamiteux de la scène politique et administrative. Face à ces constats, des mesures d’urgence s’imposent. Si la plupart des partis se sont abrités derrière le silence, d’autres acteurs institutionnels ont rapidement réagi au rappel à l’ordre royal. Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur, s’est réuni avec les walis et gouverneurs, hier à Rabat. Objectif, «examiner les moyens de mettre en œuvre les orientations contenues dans le discours royal».

Le département de l’Intérieur devra «initier des discussions autour des mesures qui seront lancées, avec les différents ministères et collectivités territoriales». L’idée est d’assurer «une meilleure efficacité des services de l’Intérieur et une amélioration du mode de gouvernance», est-il indiqué.
Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que «la structure techno-politique devrait subir une refonte décisive», comme l’a indiqué l’économiste Ahmed Azirar. Pour lui, cette transformation doit être initiée dans un délai de 4 ans. «D’ici les prochaines élections au maximum, cette métamorphose devra être menée pour mettre le pays sur une nouvelle orbite de démocratie, de gouvernance et de développement accéléré, par une nouvelle élite», a-t-il dit. Car, «il n’est plus permis de tarder, ni de faire des erreurs de casting dans les administrations, les partis, les instances de régulation…», a expliqué cet acteur associatif.

De son côté, le politologue Mohamed Darif a estimé que les critiques formulées concernent «essentiellement les partis représentés au gouvernement et ceux assurant la gestion au niveau des collectivités locales».

Au moment où les grandes formations n’ont pas encore dévoilé leur plan d’action pour se mettre à niveau, ce professeur de sciences politiques avance que la redynamisation de l’action partisane et l’assainissement de la pratique politique passent par une série de mesures. Il s’agit d’abord d’une «séparation effective entre la religion et la politique. Car, même si cela est interdit par la Constitution et la loi sur les partis, certaines formations ont réussi à tirer profit de l’instrumentalisation de la religion». Darif, qui est aussi l’un des fondateurs du parti des nouveaux démocrates, a aussi appelé à une «séparation entre la politique et la richesse».

Concrètement, «il faut rompre avec la logique de recrutement de notables, disposant de moyens financiers, mais n’ayant aucune connaissance des pratiques politiques», a-t-il expliqué. Parallèlement, «il est aussi décisif de dépolitiser la fonction publique», a-t-il ajouté. Après les signaux envoyés par le Roi dans le discours du trône, les différents responsables sont en attente des mesures qui seront prises.

Un passage a été cité par plusieurs observateurs, dont Darif, mais aussi le politologue Abderrahim Manar Slimi. «Je suis pleinement et fermement attaché au respect des attributions des institutions et au principe de séparation des pouvoirs. Mais si les responsables rechignent à faire leur devoir et mettent ainsi en péril les affaires de la Nation et des citoyens, mes responsabilités constitutionnelles me commandent de garantir la sécurité et la stabilité du pays, de sauvegarder les intérêts des gens, leurs droits et leurs libertés», a indiqué le Souverain.

Ceci annonce, selon plusieurs observateurs, le limogeage imminent de plusieurs ministres et responsables. Manar Slimi et Darif estiment que les jours de l’actuel gouvernement sont comptés. «Il est difficile que le gouvernement termine son mandat, surtout avec la perception négative qui s’est consacrée chez les citoyens», a estimé Darif. Cela concerne essentiellement «Sâadeddine El Othmani, dont l’image de responsable effacé a terni l’image de son équipe», a-t-il ajouté. Même son de cloche chez Manar Slimi, qui a estimé que «la situation actuelle ne peut pas durer, surtout avec des partis en confrontation, ayant montré leur incapacité à assurer une bonne gouvernance».

La faiblesse des formations politiques qui assurent la gestion, au niveau gouvernemental mais aussi dans les collectivités territoriales, a «aussi des répercussions au niveau international. Il s’agit essentiellement d’un problème de perception», a estimé Darif. Or, «le Maroc, qui se positionne en tant que puissance régionale, ne peut pas garder le cap avec des partis tiraillés et usés», selon Manar Slimi.

Quels scénarios?

POUR les observateurs qui prévoient l’imminence de la fin du mandat de l’actuel gouvernement, le Roi sera en conformité avec les dispositions de la Constitution. Ils citent les articles 42 et 47 de la loi fondamentale. Des dispositions qui ont été déjà évoquées lors de la crise liée au blocage de la formation du gouvernement suite à la nomination de Abdelilah Benkirane. L’article 42 stipule que «le Roi chef de l’Etat, son représentant suprême, …, arbitre suprême entre ses institutions, veille au respect de la Constitution, au bon fonctionnement des institutions constitutionnelles…».
L’article 47 prévoit, quant à lui, que «le Roi peut, à son initiative, et après consultation du chef du gouvernement, mettre fin aux fonctions d’un ou de plusieurs membres du gouvernement». Aujourd’hui, certains, comme le politologue Abderrahim Manar Slimi, prévoient la nomination d’un nouveau gouvernement d’union nationale, présidé par un technocrate. Il aura pour «principale mission de corriger les dysfonctionnements identifiés dans les secteurs sociaux». En face, Mohamed Darif estime que «le scénario le plus crédible sera la dissolution de la Chambre des représentants par le Roi et l’appel à de nouvelles élections législatives».

 

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