Politique

Ce qui va changer après le discours royal

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5077 Le 01/08/2017 | Partager
La classe politique en attente des mesures qui seront annoncées prochainement
«Se sentant directement concernés par les critiques du Roi», les responsables des partis se font discrets
A l’approche des congrès de certains partis, de nouvelles élites pourraient émerger
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Pour plusieurs observateurs, le discours du Trône est lié à celui du 9 mars 2011, ayant initié la transformation institutionnelle du Maroc, avec l’adoption d’une nouvelle Constitution. Aujourd’hui, il s’agit de s’attaquer à la refonte des outils d’implémentation de cette nouvelle philosophie, suite au diagnostic fait par le Souverain de la défaillance des élites politiques (Ph. MAP)

Contrairement aux années précédentes, les chefs des partis politiques se sont fait discrets après le discours royal à l’occasion de la fête du Trône. Après les messages forts et les critiques sévères formulés par le Souverain, rares sont les patrons de partis à se prononcer sur le contenu du discours.

Saâdeddine El Othmani a été l’un des rares à s’exprimer, en sa qualité de Chef de gouvernement. Il a déclaré que «le contenu du discours royal va constituer la base de l’action du gouvernement, des partis et des élus durant la prochaine période».
Cette situation tranche avec la tradition marquée par une inflation de déclarations dans ce genre d’occasion.

«La majorité des partis se sentent directement concernés par le ton sévère du discours royal», a expliqué Mohamed Amrani Boukhobza, professeur de sciences politiques à l’université Abdelmalek Saadi à Tanger. Surtout que le Roi a «utilisé des expressions fortes, auxquelles les partis n’étaient pas habitués, notamment en affirmant qu’il ne fait plus confiance aux élites partisanes», a-t-il dit. Dans ce contexte, la classe politique est dans une situation d’attentisme.

«Tout le monde attend ce qui va arriver après le discours royal», a estimé ce politologue. Selon plusieurs observateurs, «des mesures seront certainement annoncées dans les prochaines semaines, avant la célébration de la Révolution du Roi et du peuple pour concrétiser les orientations contenues dans ce discours exceptionnel».

Certains n’hésitent pas à faire le lien avec le discours du 9 mars 2011, ayant amorcé la transformation institutionnelle du Maroc, avec l’adoption d’une nouvelle Constitution. Aujourd’hui, le Roi a initié une nouvelle transformation, qui touche les outils nécessaires à l’implémentation de la philosophie de la Constitution de 2011. Le Souverain l’a clairement souligné dans le discours du Trône, en insistant sur le problème des mentalités et de la défaillance des élites politiques.

Cela est d’une importance capitale, car «le choix des représentants des partis dans le système actuel, a un impact direct sur la performance des instances élues», a expliqué Boukhobza. Or, plusieurs chantiers sont ouverts au Maroc, nécessitant l’implication de responsables compétents, mobilisés dans le cadre d’une approche visant l’intérêt général, tranchant avec la logique des confrontations politiciennes. Les guéguerres que connaissent plusieurs conseils élus, notamment dans les grandes villes, cristallisent l’impact de la faiblesse des élites partisanes sur la qualité de gouvernance.

Pour beaucoup de jeunes, le discours du Trône ouvre de nouvelles perspectives. «Plusieurs partis ont prévu l’organisation de leurs congrès durant les prochains mois. Il faut s’attendre à la montée de nouveaux visages, qui n’hésiteront pas à défendre leurs chances pour occuper des postes de responsabilité au sein des partis, sur la base des orientations du discours royal», a estimé Boukhobza. Le PJD et l’Istiqlal seront les premiers à remplacer leurs états majors, avant fin 2017.

Si au PI, Nizar Baraka commence à s’imposer comme véritable candidat pour succéder à Chabat, au PJD, les divergences risquent de s’accentuer à cause de l’attachement d’une partie des militants à un 3e mandat pour Abdelilah Benkirane.
Une chose est sûre: de nouveaux profils devront émerger après l’appel royal à couper avec certaines pratiques. Pour plusieurs observateurs, cela signifie la fin des patrons de partis populistes, ayant porté un coup dur à la qualité du discours politique durant les dernières années.

Vers un remaniement?

Plusieurs responsables politiques, dont des ministres, sont en attente des actions qui devront suivre ce discours royal. Surtout que le Souverain a insisté sur la nécessité de reddition des comptes pour les décideurs défaillants. Le lien est fait avec le rapport d’inspection commandé par le Roi, concernant les retards de réalisation des projets à Al Hoceïma. Si certains estiment que le limogeage de certains ministres et le recours à un remaniement ministériel peuvent être envisagés, d’autres relativisent ce constat. Pour le politologue Mohamed Amrani Boukhobza, «le remaniement gouvernemental n’est pas un objectif direct. Mais ce discours va initier une refonte des méthodes d’action au niveau public. Surtout que les critiques formulées par le Souverain interviennent après un cumul d’échecs des représentants des partis dans la gestion de certains dossiers», a-t-il dit.

 

 

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