Economie

Boussaïd: La réduction de l’endettement démarre l’année prochaine

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5076 Le 31/07/2017 | Partager
Mais le recours au marché international peut être envisagé
Le retard d’adoption du budget n’a pas impacté les financements du Trésor
Contexte favorable pour la croissance en 2018
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Mohamed Boussaïd, ministre de l'Economie et des Finances: «Cinq offices représentent plus de 80% de l’endettement extérieur, qui  est la résultante d’une politique d’investissement volontariste ayant permis à notre pays de s’équiper. C’est d’ailleurs un élément de l’attractivité pour les investissements extérieurs qui ont augmenté de 20% depuis le début de l’année» (Ph. Jarfi)

- L’Economiste: Il y a quelques mois, vous aviez annoncé que la mise en œuvre du programme gouvernemental commence avec le projet de loi de finances pour 2018. Quelles sont les principales mesures que vous allez intégrer?
- Mohamed Boussaïd:
C’est un peu prématuré d’en parler. Il est vrai que le programme gouvernemental s'étale sur cinq ans et la loi de finances sur une année. C’est la première loi de finances que prépare ce gouvernement. Le programme trace le cadre général, avec une réduction de l’endettement à l’horizon 2021. Quant à 2018, elle sera une année étape vers la réduction de l’endettement. Le prochain budget doit donner la priorité aux secteurs sociaux. L’important est que tous les efforts de redressement des finances sont  en train d’être consolidés, les objectifs en matière de déficit seront atteints. Le contexte est plus favorable que l’année dernière en termes de croissance puisque nous avons révisé le taux de croissance pour le porter à 4,8%. Bien entendu, l’ensemble des secteurs exportateurs se comportent très bien sur les 6 premiers mois de cette année, avec une augmentation des exportations de 6,2% et des importations de l’ordre de 7%. Cela génère encore un déficit commercial mais les secteurs exportateurs continuent de performer. Quant aux autres, leurs indicateurs sont au vert.
- Pour l’endettement, allez-vous recourir au marché financier international cette année ou en 2018?
- Nous allons y recourir. Nous cherchons le moment opportun pour le faire, la décision n’est pas encore prise pour aller sur le marché financier international. Il faut d’abord sentir le besoin de le faire, examiner les opportunités du marché avant d’y aller. A la date d’aujourd’hui, la décision d’y aller ou non n’est pas encore prise. Nous examinons toujours cette éventualité. Il est important de retenir que, malgré les retards dus à l’approbation du projet de loi de finances, le Trésor continue à se financer correctement, sans aucun problème.

- Des établissements publics souffrent à cause de problèmes de trésorerie, comme notamment l’ONCF alors que l’Etat lui doit des montants importants de TVA. Allez-vous  soulager cet établissement stratégique, lancé dans un chantier de modernisation?
- La question qui se pose est de savoir comment l’ONCF est arrivé à avoir une situation de trésorerie aussi catastrophique. La réponse n’est pas à trouver dans le retard sur le remboursement de la TVA, mais des investissements extrêmement lourds. Cet Office investit entre 5 et 7 milliards de DH par an pour moderniser les rails, le transport ferroviaire et pour achever la LGV. L’année dernière, nous avons réalisé un effort extraordinaire. Tout d'abord, nous avions, dans la loi de finances, exonéré l’ensemble des équipements ferroviaires de la TVA à l’importation. Ceci va réduire l’accumulation des arriérés de la TVA. Ensuite, nous avons remboursé 2,2 milliards de DH à travers la convention que nous avons signée avec cet Office. Aujourd'hui, il s'agit de savoir d’où vient cet arriéré de TVA? Il a toujours existé au niveau de certains offices et établissements publics et aucun gouvernement par le passé ne l’a reconnu, et a fortiori ne l’a remboursé. Le gouvernement précédent l’a traité. L’ONCF investit 5 à 7 milliards de DH, donc il accumule une TVA sur l’investissement  qu’il ne doit pas d’ailleurs payer  si nous avions des conventions d’investissements correctes. Mais chaque année, l’Office réalise un chiffre d’affaires de 4 milliards de DH, avec une TVA à 20%, ce qui représente 800 millions de DH. Donc cette TVA payée est normalement récupérée, avec le temps. Elle est devenue tellement importante qu’il a fallu un traitement particulier, chose qui a été faite l’année dernière. Par ailleurs, 5 offices représentent plus de 80% de l’endettement extérieur. Cet endettement est la résultante d’une politique d’investissement volontariste qui a permis à notre pays de s’équiper. L’OCP, l’ONCF, ADM, Masen, l’ONEE ont massivement investi. Ce qui a permis au Maroc de se targuer de disposer d'infrastructures de qualité, un élément d’attractivité. Les investissements extérieurs ont depuis le début de cette année augmenté de 20%.

- Le contrat-programme avec l’ONEE arrive à son terme. Il vous est  reproché de ne pas tenir vos engagements?
- Ce n’est pas vrai. Le comité de pilotage, institué par le contrat-programme, fait le point sur les engagements des uns et des autres.  Si c’est l’ONEE qui posait la question je la lui retournerai différemment. Mais je considère que l’Etat a largement respecté tous les engagements pris dans le cadre du contrat-programme. Il y a eu l’augmentation du capital avec 2 milliards de DH, le remboursement du différentiel du gasoil, le traitement de la TVA,… C’est un effort colossal qui a permis à l’Office, avec la restructuration tarifaire, d’avoir repris des couleurs et de garder la tête hors de l’eau.

Plus de dépenses pour financer les réformes

Le recrutement par contrat dans l’Education nationale mobilisera 3,7 milliards de DH. Ce montant concerne les deux vagues d’embauche de 11.000 et 24.000 enseignants recrutés par les Académies régionales d’éducation et de formation. Pour la mise en œuvre de la réforme de la Caisse marocaine de retraite, il faudra 4 milliards de DH, comme contribution de l’Etat en tant qu’employeur et pour la prise en charge des salaires des fonctionnaires maintenus en fonction, à la faveur de cette réforme. D’autres contraintes seront supportées par le budget. Il s’agit de la hausse des transferts au profit des régions estimés à 7 milliards de DH en 2018 contre 5,7 milliards au cours de cette année. Le tableau s’assombrit avec le recul des ressources en provenance des établissements public et  des dons dans le cadre des accords avec les pays du Conseil de coopération du Golfe.

Propos recueillis par
Mohamed CHAOUI

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