Economie

Tourisme de niche: La navigation de plaisance reste à quai!

Par Karim Dronet | Edition N°:5071 Le 24/07/2017 | Partager
La voile et le nautisme n’arrivent toujours pas à prendre leur envol
A Agadir, une centaine de bateaux abandonnés depuis plusieurs mois
Pourtant, le Maroc dispose d’un formidable potentiel pour faire émerger une véritable industrie
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En dehors de la semaine nautique internationale de M’Diq, de la Semaine de Rabat ou encore la Saïdia Sailing Cup et de quelques régates, il y a trop peu d’événements pour des vocations et l’intérêt du tourisme 

L’IMAGE choque! Les amateurs de sport et de tourisme nautiques se plaignent du manque de moyens, mais à la base nautique d’Agadir, une centaine de bateaux, de la classe Optimist, sont abandonnés depuis plusieurs mois. Acquis par la Fédération royale marocaine du yachting à voile, ces bateaux, qui permettraient aux jeunes pratiquants de s’initier aux sports de plaisance et donneraient un argument touristique supplémentaire à la capitale du Souss, n’ont toujours pas été distribués aux différentes bases nautiques et clubs de voile du Royaume. Il faut dire que, depuis trois ans, cette fédération est en léthargie. En dehors de la semaine nautique internationale de M’Diq, de la Semaine de Rabat ou encore la Saïdia Sailing Cup et de quelques régates, il y a trop peu d’événements pour des vocations et l’intérêt du tourisme. Aucun marin marocain n’a d’ailleurs été qualifié pour les Jeux olympiques de Rio. Pourtant, avec ses 3.500 km de littoral marin, le Royaume dispose d’un formidable potentiel pour développer la plaisance et les sports nautiques. Or, malgré le développement de nouvelles marinas, la pratique de la voile n’arrive toujours pas à prendre son envol. A l’heure actuelle, peu d’initiatives sont prises pour encourager le développement du nautisme et de la plaisance. Même si on compte aujourd’hui une centaine de clubs de voile, les moyens étant plus que restreints, autant dire qu’il n’y a pas grand-chose. 
Les seules catégories de bateaux que l’on trouve dans ces clubs sont des Optimist ou des Lasers, ce qui ne peut pas satisfaire une clientèle touristique étrangère habituée à naviguer sur d’autres formats de voiliers. En fait, il n’y a que quatre bases nautiques réellement actives: Saïdia, Rabat, Mohammedia et Agadir. Pourtant, il est évident que le nautisme au Maroc pourrait aussi contribuer à une véritable économie de la mer. Ainsi, si le Royaume a pu créer des écosystèmes pour l’industrie aéronautique, pourquoi ne pas envisager la même chose pour le tourisme, la formation et une petite construction navale? Aujourd’hui, tous les chantiers navals dans le monde se basent sur les progrès et les avancées technologiques du secteur aéronautique pour construire des bateaux de plus en plus performants. Pourquoi le Maroc ne serait-il pas capable, lui aussi, de fournir des pièces détachées pour l’industrie nautique? Dans le monde du surf, par exemple, on a vu ces dernières années, à Dar Bouazza, que l’essor des sports de glisse a attiré des artisans qui fabriquent localement des planches de surf, des shapers, à des prix compétitifs. 
Dans le domaine du nautisme et de la pratique de la voile, on pourrait très bien envisager la mise en place d’une économie locale de l’accastillage ou autres pièces pour bateaux. 
A titre d’exemple, on pourrait s’appuyer sur l’expérience tunisienne qui, avant le Printemps arabe, avait constitué une commission regroupant les ministères du Transport, du Tourisme et des Sports, pour développer une stratégie efficiente de la navigation de plaisance, en évitant les bagarres de minarets et les déperditions d’énergie.

Marinas: Tarifs encourageants

LE Maroc dispose aujourd’hui de marinas représentant une belle opportunité pour les plaisanciers confrontés à une saturation des marinas européennes où les tarifs de location d’emplacement deviennent prohibitifs. A titre d’exemple, à la marina de Saïdia, la location d’un emplacement de 7 x 2,5 mètres pour un monocoque revient à 80 euros par jour, consommation d’eau et d’électricité pour les navires jusqu’à 15 mètres de long.  En Europe, en 2009, il fallait compter 280 euros par jour pour un voilier de 16 mètres à Capri en juin!

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Mehdi Rouizem: «On ne sait pas accueillir les marins!»

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«L’hospitalité marocaine est légendaire, mais en mer, c’est l’inhospitalité qui est légendaire», déplore Mehdi Rouizem 

Dans cet entretien, le navigateur Mehdi Rouizem, qui vient de boucler cet été un tour du Maroc à la voile en catamaran, de Saïdia à Dakhla, dresse un constat plutôt consternant de la politique de la plaisance au Maroc.

- L’Economiste: Vous dites que le littoral marocain n’était pas encore suffisamment exploité par les plaisanciers. Pourquoi?
- Mehdi Rouizem
: Lorsque l’on naviguait le long des côtes marocaines, on se disait, avec mon coéquipier Hicham Aachi, que ce serait bien d’installer une base nautique à tel ou tel endroit. Ainsi, par exemple, lorsque l’on rencontrait des pêcheurs, des gens extraordinaires qui nous ont accompagnés, aidés, sur nombre d’étapes, on se disait si le Maroc pouvait installer un club de voile, à côté de chaque port de pêche, les enfants de ces pêcheurs pourraient, déjà, naviguer. Ces enfants-là seraient de super bons «voileux» parce que, comme papa navigue, ils connaissent tous les courants, ils connaissent tous les secrets de la mer qu’ils ont chaque jour en face d’eux. Cela permettrait aussi de sortir des familles modestes de leurs conditions de vie souvent difficiles. Ce serait un levier économique et social .

- Il y a pourtant un frein quasi psychologique, presque sociologique. Les Marocains ont la crainte de la mer.
- Effectivement, l’hospitalité marocaine est légendaire, mais en mer, c’est l’inhospitalité qui est légendaire. Quand on arrive dans un port et que l’on a navigué pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours, fatigués, et que l’on est à peine parvenu à amarrer notre bateau au quai, un agent d’autorité se présente et nous harcèle pour demander les papiers du bateau. Il faut lui expliquer que des gens qui viennent de passer deux jours en mer, il faut les laisser un peu tranquilles et les assister pour que leurs souvenirs soient positifs et qu’ils parlent en bien du Maroc. Ensuite, une fois le bateau bien amarré et les marins bien installés, cet agent d’autorité peut demander les papiers en question. 
Les navigateurs, qui accèdent aux ports marocains, notamment en Méditerranée, se plaignent sur les réseaux sociaux ou sur leurs blogs car ils sont pris pour « des trafiquants de drogue jusqu’à preuve du contraire». Ailleurs, dans le monde, c’est parfois avec des paniers contenant des produits du terroir qu’ils sont accueillis par les autorités portuaires. Il faut donc revoir notre accueil en mer».

Propos recueillis par 
Karim DRONET

 

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