Analyse

Impayés bancaires: BAM, Fitch: La tension monte

Par Franck FAGNON | Edition N°:5070 Le 21/07/2017 | Partager
La Banque centrale réfute les analyses de l’agence de notation sur les impayés et la solvabilité
Mais, les règles de classification des créances seront durcies
9,2 milliards de DH de bénéfices en 2016 hors éléments exceptionnels
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Bank Al-Maghrib et Fitch s’opposent sur l’importance des mauvaises créances dans les bilans des banques. L’agence de notation financière estime que le taux de contentialité est 2 à 4 points au-dessus du niveau publié pour les sept premiers groupes bancaires 

La Banque centrale a livré jeudi 20 juillet son diagnostic sur le secteur bancaire. Mais, une question trottait dans les têtes: quelles banques ont spéculé sur le dirham et qu’est-ce qu’elles encourent comme sanctions? L’effondrement des réserves de changes ne peut être imputé uniquement au commerce extérieur. «C’est un dossier qui est traité à un haut niveau», indiquent les cadres de la direction de la supervision bancaire à Bank Al-Maghrib. Les banques se passeraient bien de toute cette agitation, surtout dans un contexte de croissance atone et de montée des risques qui mettent leurs résultats sous pression. Le secteur avait achevé l’exercice sur des bénéfices de 12,3 milliards de DH en hausse de 31%. Retraités du désinvestissement de Attijariwafa bank dans Wafa Assurance, les profits sectoriels sur base sociale marquent une baisse de 1,7% pour s’établir à 9,2 milliards de DH. La baisse de la marge d’intérêts en 2016 a ralenti la croissance du produit net bancaire à 3,4% à 45 milliards de DH. La conjoncture peu favorable et les difficultés de trésorerie des entreprises ont de nouveau pesé sur la qualité du portefeuille de prêts. Le coût du risque a atteint 8,7 milliards de DH. Il a absorbé 38% du résultat brut d’exploitation des banques. Les crédits malsains ont atteint 62 milliards de DH à fin 2016 et représentent 7,6% du portefeuille de prêts. Ils sont couverts à hauteur de 69% par des provisions. Les banques ont à côté constitué des provisions pour risques généraux qui totalisaient 7,3 milliards de DH à fin 2016. Cependant, Fitch Ratings pense que les créances en souffrance affichées ne donnent pas une image fidèle de la situation des portefeuilles. Pour les sept premiers groupes bancaires, l’agence de notation estime que le taux de contentialité est 2 à 4 points au-dessus du niveau publié. «Nous allons demander la méthodologie sur laquelle s’est basée Fitch pour effectuer ces estimations que nous ne partageons pas», a commenté  Hiba Zahoui, directrice de la supervision bancaire. 

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La Banque centrale reproche à l’agence de ne pas avoir une connaissance détaillée du portefeuille des banques pour mener une telle analyse. A contrario, lorsque la tonalité des synthèses de Fitch est positive, elle n’y trouve rien à redire. Sur la méthodologie, il peut y avoir divergence de point de vue mais, au fond, la position de l’agence de notation financière et celle de Bank Al-Maghrib sur la classification des créances n’est pas éloignée. D’ailleurs, la Banque centrale est régulièrement amenée à demander aux banques de déclasser certaines créances, mais après des échanges entre les établissements et ses inspecteurs. Néanmoins, la Banque centrale reconnaît que les normes actuelles ne captent pas tous les indices de dépréciation, d’où la refonte de la circulaire sur la classification des créances et leur provisionnement. Cette révision des règles de provisionnement est aussi l’une des recommandations du FMI et de la Banque mondiale après l’évaluation du secteur bancaire en 2016. Depuis plusieurs années, les banques disposent d’une watchlist où sont classées des créances qui présentent un risque de détérioration. Bank Al-Maghrib fixe les critères de ces créances dites sensibles dans le projet de circulaire. Ce sont des encours de crédits d’au moins 20 millions de DH dont les bénéficiaires montrent des signes d’incapacité à rembourser à court ou moyen terme. «Nous essayons d’être proactifs et d’anticiper ce risque au niveau des banques. En outre, cela permet une meilleure uniformisation et une harmonisation de la pratique», relèvent les banquiers centraux. Par ailleurs, les dépassements des lignes autorisées de façon persistante seront considérés comme un défaut.
En dépit du contexte et la montée des risques, Bank Al-Maghrib établit un bilan assez positif de la santé financière des banques, en témoigne le ratio de solvabilité qui s’est amélioré à 14,2% en moyenne. Elle écarte au passage l’analyse de Fitch sur la vulnérabilité de certains établissements en raison notamment d’un ratio de solvabilité tout juste au-dessus des exigences réglementaires. «Nous avons des exigences plus importantes que ne prévoit Bâle III», relève Zahoui. «Le plus important pour nous est le ratio de fonds propres de base qui est 250 points de base au-dessus des exigences», ajoute-t-elle.


. Finance participative: Le démarrage se précise 
La convention d’ouverture de compte et le contrat Mourabaha seront incessamment validés par le Conseil supérieur des oulémas (CSO) a assuré la Banque centrale jeudi 20 juillet. Le contrat Ijara est en phase de transmission au CSO et les autres suivront, indiquent les cadres de la direction de la supervision bancaire. Ces premières validations devraient permettre aux banques qui ont décroché l’agrément de proposer leurs premières offres, même si elles seront limitées au départ. La finalisation du chantier réglementaire prendra encore quelques mois. D’ores et déjà, un certain nombre de circulaires ont été finalisées. Le plan comptable a été approuvé le 11 juillet dernier par le Conseil national de la comptabilité. Par ailleurs, il y a tout un travail qui est mené avec la direction générale des impôts sur la fiscalité ou encore l’autorité des assurances sur le Takaful.

. 3 réclamations sur 4 dénouées en faveur des plaignants
Les règles de fonctionnement de compte et les conditions de crédit opposent souvent banques et clients. Elles représentent plus de 2/3 des litiges qui parviennent sur la table de la Banque centrale. Celle-ci a traité 547 réclamations en 2016 dont 78% ont été dénouées en faveur des plaignants. Malgré les efforts, il y a encore une marge d’amélioration en matière de protection de la clientèle estime la Banque centrale.   

. 13 sanctions prononcées en 2016
Les missions de contrôle menées en 2016 ont abouti à la prononciation de 11 sanctions disciplinaires et 2 pécuniaires. Les infractions relevées portent sur le dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent, le respect du ratio de division des risques, la gouvernance et le contrôle interne, le respect du capital minimum et le déséquilibre de la situation financière. 

 

 

 

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