Société

Gianni Infantino: «Le football en Afrique, une passion à structurer et à professionnaliser»

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5068 Le 19/07/2017 | Partager
C’est décisif pour le développement de la pratique sur le continent
Gouvernance, formation, infrastructure… les chantiers prioritaires
Plus d’équipes africaines dans les prochaines coupes du monde
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«Après les paroles, nous sommes passés à l’acte. Il y a beaucoup plus d’équipes africaines qui peuvent rêver de participer à la coupe du monde», a souligné Gianni Infantino, président de la FIFA

- L’Economiste: La CAF a engagé un processus de réformes. Quel commentaire cela vous inspire-t-il?
- Gianni Infantino: C’est un processus de réformes importantes. Je pense que ce symposium qui a lieu ici à Rabat est un point de départ et non d’arrivée. Et par ma présence, je veux aussi symboliser le soutien de la FIFA et du football mondial à la CAF,  à son président Ahmad Ahmad et à toutes les fédérations africaines, y compris la marocaine. Nous ne pouvons avancer qu’ensemble, avec une vision et une stratégie.

- Fouzi Lakjaâ, le président de la FRMF, a initié une dynamique en signant des partenariats avec près de 34 pays africains. Qu’en pensez-vous? 
- Fouzi Lakjaâ est quelqu’un qui est très entrepreneurial, si je peux utiliser ce terme. Il est très actif et fait suivre ses phrases par des actions. Je pense connaître le contenu de ces partenariats. Mais en général, des pays comme le Maroc en Afrique ou d’autres dans le monde sont des leaders qui doivent amener d’autres nations à s’améliorer aussi. Ils ont cette responsabilité de pouvoir entreprendre des choses pour faire avancer le football. Et cela, pas seulement dans leur pays, mais ailleurs aussi. 
- La FIFA décide de l’organisation de la coupe du monde. Le Maroc est à 13 km de l’Europe. Alors, Monsieur le président, c’est pour quand le tour de l’Afrique du Nord?
- C’est une décision du congrès de la FIFA et non de son président qui ne doit pas s’exprimer sur cette affaire. Ma tâche, en tant que président de la FIFA, est de développer le football partout dans le monde et pas seulement en organisant la coupe du monde. Le fait d’abriter des rencontres comme  par exemple ce symposium à Rabat, et d’autres compétitions qui se déroulent au Maroc, n’est pas perdu. Ce sont des pas importants et puis ensuite il faut continuer de construire. 

- Il y a quelques semaines, la question de la candidature du Maroc pour abriter la coupe du monde a été abordée sous une nouvelle formule. Un couple de pays comme le Maroc-Espagne ou bien Maroc-Espagne-Portugal pour l’organiser. Ce dossier est-il solide?
- Par principe, je suis favorable à une co-organisation. Mais aujourd’hui, les décisions de la FIFA concernant la candidature de pays avec des confédérations sont liées au fait que les confédérations ayant organisé la coupe du monde les deux dernières éditions ne peuvent pas être candidates. L’Europe étant organisatrice en 2018 ne peut pas concourir pour 2026.

- Vous venez d’effectuer une tournée dans quelques pays africains. Quels sont les principaux défis pour la mise à niveau du football du continent et quel sera le rôle de la FIFA dans ce domaine?
- J’ai constaté qu’en Afrique, il y a vraiment un enthousiasme hors pair pour le football. Les hommes, les femmes et les enfants adorent ce sport. Il y a donc cette passion qui est un élément de base pour son développement. Il s’agit maintenant de structurer cette passion et de professionnaliser l’administration, la formation et les infrastructures. Avec cela, nous verrons certainement des résultats. Nous parlons du futur de l’Afrique depuis 35 ans. Il est temps que ce futur devienne présent et que nous puissions avancer tous ensemble.

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Pour le président de la FIFA, «il faut développer le footballe en tant que sport et créer une vraie culture basée sur le fairplay, le respect, les jeunes... (Ph. AFP)

- Justement, le continent fait face à un paradoxe en termes de développement du football: miser sur le foot-business ou bien sur le développement de la pratique et la formation. Quelle approche prônez-vous?
- Pour moi, il faut toujours développer le football en tant que sport. Créer une vraie culture footballistique sur la base du fairplay, du respect, des jeunes, des hommes et des femmes… L’aspect business viendra automatiquement avec. Si nous avons des compétitions réelles et bien organisées,  pas artificielles et uniquement pour générer de l’argent, les revenus viendront par la suite. Après, il faut réinvestir ces revenus dans le football, dans la formation, dans les jeunes, dans les académies. C’est un travail de base et de longue haleine, mais absolument indispensable.

- Les soupçons de corruption ou de mauvaise gestion ayant ébranlé la FIFA touchent également la CAF. Comment renverser la tendance et favoriser l’assainissement de la gouvernance du football en Afrique?
- Ce que nous essayons de faire à la FIFA, c’est de travailler dans la transparence et en montrant tous les jours que nous pouvons avancer à travers ce que nous faisons. C’est une nouvelle époque où nous voulons nous investir pour le football. Il faut justement le remettre au cœur de nos activités. 

- En Afrique, on réclame de plus en plus l’augmentation du nombre d’équipes du continent pour participer à la coupe du monde. Où en êtes-vous dans ce dossier?
- C’était une des premières tâches à laquelle je me suis attelé depuis mon élection. Il est vrai que depuis des années, il y a eu des promesses et des discussions, mais sans jamais enregistrer d’avancées. Maintenant, il y a du concret et nous avons pu faire avancer cela avec l’augmentation du nombre d’équipes participant à la coupe du monde. Nous passerons donc de 32 à 48 équipes. Le nombre d’équipes africaines augmentera de 5 à 9 au minimum, soit pratiquement le double, peut-être même un peu plus, selon les playoffs. Je pense que cela va donner un nouvel élan au football africain. Car, sur 54 pays qui composent la Confédération africaine, ne qualifier que 5 n’est pas assez et cela enlève l’espoir. Aujourd’hui, l’espoir fait investir de telle sorte que nous puissions développer le football. Le fait d’augmenter non de une ou de deux équipes mais de 4 ou de 5, pratiquement de doubler leur nombre, est un message important et qui va impacter l’investissement dans le football africain.o

«Je crois en l’Afrique»

«Pour avoir une vision, il faut débattre, analyser et se dire des choses crûment au point de ne pas essayer d’éviter de mettre le doigt là où cela fait mal». Gianni Infantino, président de la FIFA, ne passe pas par quatre chemins. Pour lui,  le symposium de la CAF sur la nouvelle vision du football est une journée cruciale qui marquera un vrai changement. «La FIFA est à vos côtés pour développer ce jeu magnifique. Je crois en l’Afrique. Tout seul, je ne peux rien faire, mais ensemble, nous ferons la différence. Il faut donc investir dans le football africain», note le président. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’il a multiplié par quatre les investissements sur le continent qui sont passés de 25 à 100 millions de dollars par an. L’expertise mise à disposition est également en hausse. 

 

 

 

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