Analyse

Les défaillances d’entreprises: Toujours plus!

Par Franck FAGNON | Edition N°:5068 Le 19/07/2017 | Partager
3.909 faillites au premier semestre, en hausse de 20%
Le cash, le nerf de la guerre
Les délais de paiement s’allongent malgré la loi

Les défaillances d’entreprises ont augmenté de 20% au premier semestre selon Inforisk. Ce n’est pas forcément rassurant, mais l’économie a connu pire aux mêmes périodes en 2012 et 2015. Après l’explosion des faillites au dernier trimestre 2016 (+53), la situation a continué à se dégrader entre janvier et mars (+29%). Le ralentissement de l’activité économique et les difficultés de trésorerie ont entraîné un apurement dramatique des entreprises. La formation tardive du gouvernement aurait, entre

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Le dernier trimestre 2016 et les trois premiers mois de cette année ont été particulièrement meurtriers pour les entreprises. Toutefois, les professionnels relèvent un retournement de situation depuis avril. Le cash ne circule pas normalement dans l’économie ce qui met une nouvelle série d’entreprises sur le carreau Source: Inforisk

autres, accéléré la disparition de plusieurs sociétés fortement dépendantes des marchés publics, disent les professionnels. Cependant, il y a du mieux depuis avril. «Il y a un retournement de tendance marqué depuis quelques mois. Les défaillances d’entreprises ont baissé de 6% au deuxième trimestre. C’est la première fois depuis bien longtemps», relève Frédéric Louat, administrateur directeur général de Coface Maroc. L’année a très mal commencé, mais pourrait se terminer sur une note un peu plus optimiste. La hausse des faillites ralentirait à 10-15% cette année contre 21% en 2016. 
Entre janvier et juin, 3.909 entreprises ont fait défaut dont la moitié dans les régions de Casablanca et Rabat. Les six premiers mois de l’année ont été particulièrement dévastateurs pour les entreprises du Grand Casablanca. Les défauts y ont augmenté de 57% (1.276). Le nombre de liquidations judiciaires prononcé à Rabat s’est amplifié de 25% et de 23% à Marrakech. L’hécatombe dans les places fortes de l’économie masque une accalmie dans les régions Sous-Massa-Draa (-44%), Guelmim-Es-Semara (-94%) ou encore Tadla Azilal (-27%). Le secteur de la construction et le commerce enregistrent le plus de casse. L’immobilier et les services aux entreprises complètent le podium. Les délais de paiement dans la promotion immobilière par exemple atteignent en moyenne 557 jours!
La plupart des faillites ont une origine commune: les problèmes de trésorerie. Les délais de paiement continuent de se dégrader. Le Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques présidé par le wali de Bank Al-Maghrib a émis un nouveau warning lors de sa dernière réunion en juin (L’Economiste n°5055 du 30 juin 2017). La loi sur les délais de paiement n’a rien changé aux mauvais comportements. «Les délais contractuels s’allongent fortement», constate Louat. Avec des carnets de commande qui sont déjà moins garnis, la tension sur la trésorerie vient accentuer les difficultés des PME qui restent les plus fragiles. En outre, les banques ont resserré les financements du cycle d’exploitation. L’encours des crédits de trésorerie aux entreprises privées affiche une hausse de 0,5% sur un an à fin mai mais s’inscrit en recul de 2,2% sur les cinq premiers mois de l’année. 

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La moitié des liquidations judiciaires a été prononcée par les tribunaux de Commerce de Casablanca et de Rabat. La poussée des faillites au premier semestre masque une accalmie dans les régions Sous-Massa-Draa, Guelmim-Es-Semara ou encore Tadla Azilal

Pour les banquiers, la contre-performance provient de la faiblesse de la demande. Certes, mais, «il y a un vrai problème sur les taux d’intérêts des crédits de trésorerie», indique un expert. La tarification serait dissuasive.
En attendant des améliorations en matière de délais de paiement, le redressement de la croissance pourrait avoir des effets positifs sur les défaillances d’entreprises. Sauf que lorsque la croissance est tirée par les activités agricoles, l’impact sera limité. 

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