Société

Symposium CAF: La CAN 2019 pourrait revenir au Maroc

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5065 Le 14/07/2017 | Partager
Un nouveau cahier des charges sera validé
Changement de calendrier pour la Champions league
Des sponsors potentiels veulent de la visibilité avant de se lancer
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Le déplacement à Rabat de la guest-star Gianni Infantino, président de la FIFA, est très attendu. Sa présence servira à cautionner les grandes décisions qui seront prises à l’issue du symposium de la CAF

- L’Economiste: Ce symposium risque de déboucher sur une réforme de la CAF. Qu’en est-il? 
- Fouzi Lakjaâ: Bien sûr. Pour la CAN, plusieurs questions se posent. Doit-on rester à 16 équipes ou augmenter le nombre pour donner plus de chances à d’autres équipes nationales? Doit-on continuer à l’organiser en décembre alors que tout le monde nous critique à propos de cet agenda. Ce calendrier perturbe le déroulement de la saison, particulièrement pour les joueurs qui évoluent dans des clubs internationaux. Idem pour la fréquence. Faut-il rester à une CAN tous les 2 ans ou tous les 3 ou 4 ans. Quand on parle des interclubs, est-ce qu’on garde le format actuel de la Champions league ou faudra-t-il changer et prendre des références européennes ou américaines qui se basent sur des qualifications au niveau régional. Et pour répondre d’une manière critique, le symposium passera de la réflexion à l’application. Tout a été fait pour que les recommandations soient adoptées par le comité exécutif et l’assemblée générale de la CAF pour qu’ils entrent en vigueur dès le 27 juillet. Au niveau de cette feuille de route, figureront les mesures concernant l’immédiat, le moyen et le long terme, avec l’adoption des deadlines. 

- La CAF a été longtemps associée à la mauvaise gestion. Ce symposium va-t-il aborder ce  volet?
- Aujourd’hui, la zone d’ombre au niveau du football africain réside dans les relations avec les sponsors. Les citoyens se posent des questions sur les montants octroyés et les priorités fixées. C’est légitime. La raison pour laquelle un panel est dédié au marketing et au sponsoring. Il faut rendre public et dans les détails ce que la CAF est en train de faire avec les sponsors actuels, en relation avec la Confédération. Des sponsors potentiels attendent de la visibilité avant de se lancer. Des panels en complémentarité expliqueront l’avenir et le sort de cet argent récolté du sponsoring et notamment celui destiné au développement de ce sport. Aujourd’hui, la divergence en matière de développement et de gouvernance du football se cristallise entre deux thèses. La première, qui a toujours prévalu au sein de la CAF, a favorisé le fonctionnement des compétitions aux dépens du développement. L’autre considère que l’argent du football doit revenir au développement de ce sport. Car, ce sont les véritables actions qui touchent la population et la jeunesse africaines. C’est ce qui permettrait par la suite d’avoir plus de stars africaines dans le football mondial et dans une suite logique, de rehausser le niveau dans le continent.

- Quid de l’organisation de la CAN 2019?
- Le symposium va trancher par rapport au cahier des charges et à l’organisation de la CAN d’une manière générale. 
Les conclusions de ce panel vont concerner l’édition 2019. Le Cameroun devait l’organiser dans un ancien format. Les recommandations de ce symposium vont imposer d’autres critères. Le Cameroun sera-t-il capable de remplir le nouveau cahier des charges, nous le saurons dans les prochains jours. En cas de non capacité, l’ouverture à la candidature d’autres pays sera annoncée. Le Maroc sera dans la course.

- Le Maroc pourra-t-il relever les défis liés à cette compétition en si peu de temps?
- La décision découlera de la validation d’un nouveau cahier des charges en fonction des évolutions que connaîtra la Coupe d’Afrique des nations, à savoir l’augmentation du nombre de 16 à 24 équipes nationales et le changement de la date pour passer de décembre à juin. 
Le prochain pays organisateur aura d’ici juin 2019 pour répondre à l’ensemble des clauses du cahier des charges. L’augmentation du nombre des équipes se traduira par le passage de 4 à 6 villes, soit 6 stades pour accueillir les compétitions, y compris notamment l’infrastructure hospitalière, routière et hôtelière. Le Maroc n’aura pas à investir un dirham pour cela. Nous avons les 6 stades à Marrakech, Agadir, Casablanca, Rabat, Fès et  à Tanger. En 2018, nous aurons également Tétouan. Ce sont des villes qui ont des stades aux normes de la FIFA, avec toutes les infrastructures qui vont avec. Les conditions sont idéales pour organiser une CAN à la hauteur des ambitions de l’Afrique. Le Maroc n’hésitera pas une seconde à répondre favorablement à une doléance de la CAF pour abriter cette CAN. D’ailleurs, en 2015, à cause de l’épidémie Ebola, le management camerounais nous avait privés de l’organisation de cette compétition. En 2019, nous remplacerons le Cameroun pour accueillir la CAN. C’est la revanche de l’histoire.

- Quelles sont les pistes pour mieux «vendre» le spectacle footballistique africain?
- C’est très simple. Le spectacle footballistique obéit aux mêmes règles que tous les autres spectacles. Il faut remplir trois conditions, conjuguées en même temps. 
Le niveau footballistique technique doit être garanti par des joueurs de haut niveau. Les équipes africaines ont fait beaucoup de progrès. Elles participent avec des joueurs qui sont aujourd’hui des stars dans les clubs européens. Cependant, faire jouer de grandes équipes sur des terrains avec des pelouses dégradées et dans des conditions difficiles, le niveau sera impacté. En plus, la décision de faire jouer la compétition en juin colle parfaitement à cet impératif. Avant, les joueurs qui évoluaient en Europe avaient du mal à quitter leurs clubs le mois de décembre et être absents pendant un mois alors qu’en juin les compétitions européennes ont baissé les rideaux. 
La 3e condition a trait à l’effort de marketing et de télévision. Aujourd’hui, la CAF a fait beaucoup de progrès sur ce volet. Nous sommes à des niveaux de ventes des droits de télé très respectés, mais une variable, qui a été pendant longtemps oubliée, sera remise sur la table à partir de ce symposium. En effet, le football est un sport populaire. A ce titre, il ne peut être perçu uniquement sous le prisme mercantiliste. Il faut combiner l’autre approche ayant trait au volet social qui doit prendre en considération les populations pour garder l’engouement des africains pour leur football.

Joueurs étrangers

L’éxigence de 10 matches en sélection nationale pour les joueurs étrangers évoluant au Maroc est considérée comme contraire à l’orientation d’ouverture du Maroc sur l’Afrique. «Cette décision de la FRMF sera nivelée pour reprendre l’expression de son président. Selon lui, la décision a été prise pour donner l’occasion à chaque équipe d’avoir quatre joueurs sur le terrain. Cela représente près de 40% de l’effectif. Une formule qui se faisait au détriment de nos jeunes joueurs. Le constat est que la majorité de ces joueurs n’apportait aucune valeur ajoutée au système de jeu national ni au club», souligne Fouzi Lakjaâ. Par la même occasion, il nuance 10 matches dans l’équipe nationale. En fait, ces 10 participations concernent soit au niveau local ou l’équipe nationale, même un match amical est pris en compte. A l’avenir, cette disposition ne concernera pas les anciens ayant des contrats avec des clubs ou les résidents au Maroc. «Nous ne pouvons pas faire plus. En outre, nous poussons les équipes vers la formation des jeunes, les investissements dans les infrastructures,… Pour valoriser tout cela, il n’y a pas que les mesures techniques mais d’encadrement. Sur le continent, nous sommes les plus ouverts. Il faut voir ce qui se fait dans les pays voisins, qui n’autorisent pas plus de 2 ou 3 joueurs au maximum avec des critères beaucoup plus stricts», note-t-il.


Champions league

La programmation de la Champions league est critiquée par les dirigeants de certains clubs, dont les joueurs ne bénéficient pratiquement d’aucune trêve. La mise en place d’un nouveau calendrier est envisagée. «Le management de la CAF était jusqu’à présent dans une approche qui utilisait les compétitions de haut niveau pour vulgariser le football. Et donc, il était allé dans des aspects quantitatifs au lieu de faire jouer la Champions league avec une logique basée sur des éliminatoires régionaux dans un premier temps et ne garder dans le groupe que les grandes équipes qui arrivent à se qualifier parmi les régionales. «De telle sorte que le nombre de matches est réduit pour coller au calendrier, à l’instar de ce qui se fait au niveau des compétitions européennes», souligne Fouzi Lakjaâ. 
Pour convaincre, il cite de grands clubs comme notamment le Real Madrid, le Barça ou encore le Bayern qui ne jouent pas les éliminatoires. «Il est absurde de mettre le WAC, le Ahli, le Zamalic ou l’Espérance de Tunis dès le premier tour. Cela encombre le calendrier et donne plus de matches dans la saison. Les équipes sont obligées aujourd’hui de jouer en juillet», dit-il. Résultat, ces équipes ne bénéficient d’aucun jour de congé, ce qui alourdit leurs charges. Pour cela, une nouvelle configuration des compétitions des clubs au niveau de la Champions league et de la Coupe des confédérations se prépare. Ainsi, «les petits clubs joueront entre eux pour qualifier un club qui viendra par la suite intégrer la compétition avec les grands. Il aura la chance de créer la surprise. La motivation, y compris financière, pour les petits clubs est de se qualifier pour participer avec les grands», ajoute-t-il. 
L’idée est de laisser effectivement le niveau élevé de la compétition, avec un nombre de matches réduit. «Il faut dire aussi que la logique de marketing et de vente des droits était derrière cette décision. L’ancienne direction de la CAF avait voulu organiser plus de compétitions et plus de matches. Un panel se penchera sur cette question. Plusieurs scénarios ont été préparés. Les participants choisiront celui qui répond à toutes ces exigences», indique-t-il.

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