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Culture

Leila Slimani: Confidences littéraires

Par Amine Boushaba | Edition N°:5063 Le 12/07/2017 | Partager
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Leila Slimani profite de la visibilité, que lui a accordé le Goncourt 2016, pour dénoncer dans ses chroniques ce qu’elle appelle la «complaisance coupable» d’une certaine élite marocaine. Pour elle, «s’indigner c’est croire en son pays et en son avenir» (Ph. AFP)

L’auteure franco-marocaine Leila Slimani était en tournée dans plusieurs villes à la rencontre de son public.
L’événement organisé par l’Institut français et animé par la comédienne et metteur en scène Fatym Layachi, a essentiellement porté sur son livre Chanson Douce. Ce dernier, dans lequel elle raconte d’une manière glaçante,  l’intrusion progressive de la folie chez une nounou qui finit par assassiner les enfants qu’elle gardait et lui a valu le prestigieux Goncourt en 2016. 

- L’Economiste: Aujourd’hui que vous avez digéré le Goncourt, qu’est-ce que ce prestigieux prix vous a apporté de plus? 
- Leila Slimani: Ça m’a apporté des lecteurs en premier lieu, beaucoup de lecteurs et une visibilité que je n’avais pas. De la joie bien sûr à partager avec les gens que j’aime et puis l’occasion de rencontrer  beaucoup de gens extraordinaires… des anonymes comme des gens célèbres. Après, cela n’a pas changé ma vie, parce que je l’aime et je n’avais pas envie qu’elle change. J’ai donc fait en sorte de la protéger. J’ai d’ailleurs eu une grande chance, j’étais enceinte lorsque j’ai reçu le Goncourt, ce qui m’a lestée d’une certaine façon et fait garder les pieds sur terre. J’avais envie de rentrer chaque soir chez moi et de retrouver ma famille.

- Vous êtes l’une des rares écrivains marocaines ou même maghrébines à ne pas mettre en avant votre identité dans vos œuvres. Est-ce parce que vous êtes à moitié d’origine française ou est-ce que vous pensez qu’il est temps pour nos écrivains de s’affranchir de cet exotisme, encouragé par le milieu de la littérature en France?
- Oui je pense qu’il faut absolument s’affranchir de cet exotisme qui est aujourd’hui complètement galvaudé, sur le plan littéraire. De mon point de vue, il est éculé et n’a plus d’intérêt. En plus je suis, personnellement, très attachée à l’universalité et il est très important pour moi comme maghrébine de m’y inscrire. Cela me permet de revendiquer des droits universels et pas seulement culturels. Je pense que cela nous permettra de nous affranchir et nous libérer de certaines de nos aliénations qui feraient que nous ne sommes que marocains ou musulmans. Je crois qu’on appartient tous à quelque chose d’universel, qui dépasse notre folklore ou nos coutumes. Cela se ressent dans ma vie mais également dans mon écriture puisque la littérature c’est justement le lieu de l’universel.  C’est la lecture qui m’a ouvert des  horizons nouveaux et qui m’a affranchie de ma condition. Quand je lis je ne suis pas une femme, je ne suis plus marocaine, ni riche ou pauvre, je suis une comtesse russe, une bourgeoise dans le Paris du 19e siècle ou une prostituée dans les faubourgs de Londres… cet esprit universel est une exigence à la fois citoyenne et politique mais surtout une exigence littéraire.

- Que ce soit dans le jardin de l’ogre, votre premier roman, ou Chanson douce, le second, vous avez une façon très particulière de décrypter les sentiments, l’amour, la violence, la haine y sont décrits avec beaucoup d’acuité, on y trouve également une certaine transgression des lois morales. Ce qui n’est pas sans rappeler une certaine Françoise Sagan ou même un Jean-Paul Sartre. Vous inscrivez-vous dans cette lignée?
- Je n’aurais pas cette prétention. C’est en général à vous les médias de décider dans quelle filiation m’inscrire! Il y a bien sûr des auteurs que j’aime et qui m’inspirent comme le travail de Marguerite Duras sur la langue ou celui de Pierre Michon ou d’un Simenon. 
Des personnes qui travaillent sur une langue très épurée. Ce qui m’intéresse c’est ce côté de la langue «à l’os», ce travail de la clarté et surtout ne pas laisser le choix au lecteur. C’est-à-dire que je ne cherche pas par la métaphore ou le lyrisme à enrober ce que je lui raconte. Je veux effectivement que la langue restitue fidèlement la violence de mon propos. 

-Vous avez quitté le Maroc pour poursuivre vos études, vous n’y êtes pas revenue sinon occasionnellement. Pourtant dans vos chroniques vous portez un regard, lucide certes, mais peu complaisant. Cette colère vous la ressentiez déjà ici?
- J’ai toujours eu de la colère contre la complaisance, particulièrement chez une certaine «élite» que j’ai pu côtoyer. Une complaisance qui m’a toujours choquée, des personnes qui vous disent «oui ce n’est pas bien, mais il ne faut pas le crier sur les toits» ou alors il ne faut pas s’indigner parce que «ça ne se fait pas». Je trouve que cette complaisance est un crime contre la jeunesse du Maroc et contre l’avenir de mon pays. Cette élite qui est très lucide sur les injustices mais qui s’autocensure en censurant les autres. Ce qui me fait le plus de peine c’est que ça vient souvent de personnes qui se disent «modernistes» qui me reprochent même de  flétrir l’image du Maroc.  Moi je pense qu’au contraire s’indigner c’est croire en son pays et en son avenir. Si on n’y croit pas on n’écrit pas!

- Devoir de citoyen ou devoir d’écrivain, selon vous?
- Sans être militant, lorsque l’on écrit on est forcément amené à se poser des questions. Est-ce que je ferme les yeux et fait comme si ça n’existait pas. Mon choix le plus souvent est d’y répondre, même si des fois je n’y arrive pas. Parce que je ne sais pas quoi dire ou que je ne suis pas légitime ou que je ne m’en sens pas la force. Quoi que l’on puisse dire, je ne suis pas une passionaria. Je ne suis pas une femme courageuse. J’ai aussi mes propres peurs, mais il y a des sujets sur lesquels je ne peux pas me taire.

- Ce sont ces peurs-là qui vous font écrire?
- Oui, c’est certain. Mais j’essaye de réagir quand j’ai le sentiment que je peux être utile ou que ce que je peux dire peut faire avancer les choses. J’en parlais justement avec Kamel Daoud et d’autres intellectuels et nous avons tous le sentiment qu’il faut absolument que nous soyons solidaires entre nous. Chacun fait un petit pas et donne le courage à l’autre de faire un autre.

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