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Entrepreneuriat féminin: La recette du Québec

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5062 Le 11/07/2017 | Partager
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Lise Thériault, vice-Première ministre du Québec, ministre responsable de la Condition féminine et ministre en charge des PME, de l’Allègement réglementaire et du Développement économique régional: «Quand nous avons développé les centres à la petite enfance, le taux d’emploi des femmes a augmenté de manière exponentielle. Le PIB aussi» (Ph. F. Alnasser)

Le Canada est le deuxième pays le plus favorable à l’entrepreneuriat féminin au monde. La semaine dernière, une délégation de businesswomen canadiennes menée par la vice-Première ministre du Québec, Lise Thériault, a fait le tour du Maghreb. L’objectif était de renforcer les liens commerciaux entre le Québec et la région, mais aussi de partager l’expérience canadienne en matière d’entrepreneuriat féminin. Capital risque, crèches publiques, stratégie nationale pour l’égalité hommes/femmes, lois… Les initiatives canadiennes sont multiples. Lise Thériault nous en parle dans une interview exclusive. 

- L’Economiste: La part de femmes entrepreneurs est toujours trop faible. A votre avis, comment les encourager à entreprendre? 
- Lise Thériault: Evidemment, il faudrait des outils financiers. Dans les banques traditionnelles, c’est difficile d’accéder à des financements. Il est nécessaire de disposer de microcrédits et de capital risque pour commencer. Le gouvernement du Québec a fait le choix d’investir dans l’entrepreneuriat et dans les stratégies liées au numérique, aux exportations, à l’innovation… Nous avons parié sur des secteurs que nous estimons être les meilleurs pour générer de la richesse. Cette année, nous avons dégagé un surplus de 1,8 milliard de dollars, et c’est parce que nous avons investi dans nos entrepreneurs. Au Québec, la création d’emplois se fait chez les PME. Durant les trois dernières années, nous avons généré 168.000 postes, ce qui fait de nous le premier créateur d’emplois au Canada. 

 - Disposez-vous de mesures spécifiques pour les femmes entrepreneurs?
- Il existe une panoplie d’outils qui s’adressent à tous, indépendamment du genre. Cela dit, l’expérience du fonds de capital risque, Femmessor, est une très belle façon de démarrer une entreprise et d’assurer son expansion. Ce fonds propose des capitaux allant à 150.000 dollars, ce qui n’est pas négligeable. L’argent offert sert aussi au conseil, à l’accompagnement, au mentorat… Chez nous, la moyenne de vie des nouvelles entreprises est de 5 ans. Mais lorsqu’elles sont accompagnées, leur durée de vie est sensiblement prolongée. 

- Existe-t-il un équivalent du Small Business Act au Canada?
- Des capitaux sont disponibles pour tous les cycles de vie des entreprises, le démarrage, la croissance, l’exportation… Par ailleurs, les acteurs du développement économique travaillent ensemble. La Chambre de commerce, les regroupements, Investissement Québec, qui est le bras financier, la Caisse de dépôt et de placement… L’entrepreneuriat se développe de plusieurs manières. Au Québec, nous avons des budgets équilibrés depuis 3 ans, parce que le gouvernement a choisi d’investir dans son économie. Plusieurs stratégies ont été développées: numérique, aluminium, entrepreneuriat… nous avons misé des sommes considérables pour ces stratégies, afin que nos entreprises soient plus productives et dégagent des profits. 

- Et c’est une stratégie payante...
- Effectivement. Le 1,8 milliard de dollars dégagé a été réinvesti dans le paiement de la dette. En remboursant notre dette, notre cote de crédit a été augmentée. Nous payons donc moins d’intérêts et cela nous permet de dégager de l’argent à réinvestir dans la santé et l’éducation. C’est-à-dire dans les missions essentielles de l’Etat, tout en continuant d’investir en économie. 

- Sur le marché du travail aussi, les femmes sont exclues. Leur taux d’emploi est inférieur à 25% au Maroc. Comment mieux les intégrer?
- Il est possible d’opter pour des lois. Néanmoins, encore faut-il les appliquer, il y aura toujours des résistances. Chez nous, nous avons mis en place une loi faisant en sorte que les nominations sous la responsabilité du gouvernement favorisent des femmes. Nous nous sommes donné 5 ans pour cela. Nous avons une loi sur la parité dans les conseils d’administration. Cela nous a pris 4 ans et demi pour arriver à 50%. Par ailleurs, nous avons été en mesure de nommer plus de femmes dans des postes de juge sans aucune loi. Actuellement, leur part est de 44%. Cela a été possible, d’abord parce que nous avons des diplômées, et parce que dans les comités de sélection, il y a des femmes. A compétences égales, des femmes sont désignées. 
Je pense que nous pourrons toujours obtenir de meilleurs résultats en misant aussi sur les hommes. La gent féminine est connue pour être travailleuse et minutieuse. Si les hommes le comprennent, ils peuvent être d’incroyables alliés.  

- Il est également nécessaire de mettre en place des crèches, des facilités pour le transport… 
- Au Québec, nous avons des centres à la petite enfance. Ce sont des crèches publiques financées par le gouvernement, et où les enfants sont admis à partir de l’âge de 3 mois. Il y existe aussi des crèches privées financées par le gouvernement. D’autres sont privées mais bénéficient d’un crédit d’impôt. Quand nous avons développé ces centres, le taux d’emploi des femmes a augmenté de manière exponentielle. Le PIB aussi. Nous sommes, également, la seule province à posséder un régime d’assurance parentale, dont le gouvernement canadien est en train d’étudier la généralisation. Les pères, de leur côté, peuvent bénéficier d’un congé parental. Dans la stratégie 2021 sur l’égalité hommes/femmes qui vient d’être lancée, il y aura aussi des mesures pour faciliter la conciliation entre vie familiale, professionnelle, étudiante, sociale et politique. Nous aurons une loi cadre pour favoriser l’égalité des genres, ainsi qu’un indice de l’égalité, mesurant l’avancement des femmes, les écarts salariaux… Il sera lancé d’ici 2 à 3 mois..

Des opportunités de business

La «multitude de réseaux». C’est ce qui a le plus marqué Lise Thériault durant sa visite au Maroc (sa toute première du 6 au 8 juillet) et au Maghreb. «Il y en a plus qu’on ne le pensait», confie-t-elle. Des réseaux qui sont, en plus, «confédérés», chose que l’on ne retrouve pas au Québec. «Chez nous, les associations et les réseaux s’entrecroisent, travaillent ensemble mais ne sont pas confédérés. Avec des confédérations, les entrées sont plus faciles», estime la vice-Première ministre du Québec, qui s’est aussi étonnée de voir que l’Etat nomme des administrateurs dans les associations patronales en Tunisie. Chose inimaginable dans son pays. 
Avec sa délégation de femmes d’affaires canadiennes, elle a également flairé les bonnes affaires. Plusieurs rendez-vous ont déjà été pris pour des négociations. Avec la CGEM, il a été décidé de développer des joint-ventures maroco-canadiennes d’entreprises gérées par des femmes. En octobre, le Maroc sera invité d’honneur des journées de l’Afrique au Québec. Une délégation d’entreprises, menée par le ministre de l’Industrie, Mly Hafid Elalamy, devrait s’y rendre. Le chef du gouvernement, Saâdeddine El Othmani, a également été invité.

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