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Nord/Feux de forêts: Système satellitaire et guetteurs veillent mais...

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5062 Le 11/07/2017 | Partager
230 ha ravagés à Tanger en 4 jours!
Replantation du site Cap Spartel dès juillet 2018
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Du vendredi 30 juin au lundi 3 juillet, le feu de forêt de Tanger a ravagé 230 ha. Le Haut commissariat va faire aujourd’hui le point à Rabat sur un grave incident environnemental qui a eu raison de 4% des forêts de Cap Spartel, de Mediouna et de Sloukia. La situation est d’autant plus critique qu’il s’agit du site d’intérêt biologique et écologique (SIBE) de Cap Spartel. Montagne, mer et forêt forment le paysage d’un site parsemé de plantes médicinales comme la menthe pouliot. Plus connue chez nous par «flio» utilisé dans les infusions avec du lait notamment. Cette plante appartient à la famille des herbacées qui pousse dans les 5.500 ha du massif forestier partiellement sinistré. D’ailleurs, «près de la moitié de la superficie parcourue par le feu est constituée d’essences secondaires et de strate herbacée (comme flio) et 55% de formations arborées», constatent les Eaux et Forêts. Des arbres, dont les pins maritimes, ont été calcinés à hauteur de 65% et une autre partie significativement «léchée» par les feux...  
L’origine humaine des incendies et la réactivité des secours sont des questions persistantes. S’agit-il d’un acte prémédité par son auteur ou involontaire? «Il est encore prématuré de répondre à cette question. La police judiciaire a lancé son enquête», déclare le Centre national de gestion des risques climatiques forestiers. Toutefois, la présumée piste criminelle n’a pas été écartée par la Protection civile lors de notre présence sur le terrain... (cf. L’Economiste n°:5057 du 4 juillet 2017). 
Quant à la réactivité des interventions, les Eaux et Forêts s’expliquent. «La chaleur excessive combinée aux vents forts dont la vitesse a atteint les 80 km/h ont amené les intervenants à agir selon un triple objectif: maîtriser l’incendie (le 4 juillet), veiller à la sécurité des installations et agglomérations, sécuriser les équipes et le matériel aérien et terrestre».
Si le dispositif d’action semble irréprochable, qu’en est-il de la veille anti-feux de forêt? 
Et plus exactement du numéro vert (le 08 0000 0880) mis à disposition des citoyens pour les alertes. «Ce service a été lancé en 2008 (...) afin de permettre une intervention plus rapide», précise le chef de cabinet des Eaux et Forêts, Mohamed Ribi. La ligne sera «volontairement suspendue quelques temps après pour deux raisons», selon notre enquête. L’établissement «n’a jamais reçu d’alerte» via ce numéro vert pour lequel «il déboursait 75.000 DH par saison» (mai à septembre). La ligne a été de plus «encombrée par les appels intempestifs», ajoute une source bien informée. Elle a été remise en service depuis. Le feu de forêt de Tanger devrait pousser le gouvernement à s’intéresser de plus près aux numéros d’urgence: pompiers, police, santé...
Reste la bonne nouvelle. Contrairement à certaines allégations, le site Cap Spartel d’intérêt biologique et écologique (SIBE) ne sera pas «bradé» à des promoteurs. Les Eaux et Forêts lancent dès 2017 un plan de reconstitution et de réhabilitation du site sinistré. Ce programme  «va s’étaler sur trois ans avec un budget approximatif de 8 millions de DH», annonce  l’établissement public. La replantation du site devra être engagée en juillet 2018. Cette opération main verte va intervenir après «le nettoyage total» des terres incendiées «quel que soit leur statut juridique», précise les Eaux et Forêts. La mise en place d’équipements et d’infrastructures pour renforcer le dispositif anti-feu est également programmée. Il s’agit des réseaux de desserte, tranchées pare-feu, bouches d’incendies et postes vigies. Avec, soulignons-le, «un renforcement de la surveillance et de la vigilance approprié au site pour assurer un pré-positionnement des équipes d’intervention et une réactivité rapide au besoin». Est-ce à-dire que les Eaux et Forêts et leurs partenaires (gendarmeries, forces auxiliaires, protection civile, armées de l’air et de terre, ministère de l’Intérieur) auraient pu agir avec plus de célérité pour limiter les dégâts? A lui seul, l’incendie de Tanger a anéanti 61% des 376 ha brûlés sur tout le territoire national depuis le 1er janvier 2017 à ce jour.

Point faible?

Malgré les efforts, les moyens déployés dans la lutte contre les incendies de forêts ne sont pas totalement optimisés (cf. L’Economiste n°4876 du 14 octobre 2016 et n°:5057 du 4 juillet 2017). L’auteur de ses lignes peut en témoigner. Nous avons alerté le Centre national de gestion des risques climatiques forestiers. Il est vrai qu’il était déjà au courant du départ de feu via son système satellitaire. N’empêche que nous lui avons envoyé le samedi 1er juillet, et à sa demande, des photos. «Ce qui nous a permis d’avoir une vue de façade du feu de forêt de Tanger et non seulement une vue aérienne. Nous sommes passés ainsi directement au niveau 3 d’alerte», rapporte une source autorisée.  L’Economiste a assisté aux premières interventions d’extinction des feux. Il y a toujours un point faible dans le dispositif anti-feux. A commencer par les alertes des gardes-forestiers sur place et les 1.250 guetteurs du Maroc. D’où l’intérêt d’évaluer constamment toute la chaîne: alerte, prise de décision et opérations.

 

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