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Tribune

Cheval barbe et arabe barbe, des ambitions et des menaces

Par Yassine JAMALI | Edition N°:5060 Le 07/07/2017 | Partager

Yassine Jamali est agriculteur et docteur vétérinaire (Ph. YJ)

Abondamment cité comme «le symbole équestre du pays», le cheval barbe cherche sa voie, en compagnie de son cousin l’arabe barbe. 
Depuis quelques décennies, la Tbourida s’est imposée comme son débouché naturel et son réservoir. Barbe et arabe barbe ont été assimilés au folklore et à l’apparat, en occultant leur immense passé guerrier et sportif. Or la Tbourida exige des chevaux grands et imposants, souvent mélangés de breton, percheron, frison ou d’autres races européennes de grande taille. D’où un débat récurrent sur la compatibilité du grand et puissant cheval de Tbourida avec le standard du barbe, fin et endurant.
Une nouvelle orientation souhaite sortir du débat de puristes autour des dimensions et de la morphologie, pour axer le développement du barbe et arabe barbe sur les performances. On ne peut qu’approuver cette approche ambitieuse et pragmatique, mais alors une question se pose: des performances, oui, mais dans quelles disciplines et avec quels chevaux?

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Massif, puissant , mais pas sportif... ce cheval de Tbourida (Ph. Y.J.)​

Le bilan national des expériences sportives de nos deux races équines est sans appel: dans les domaines du saut d’obstacle et du dressage, les tentatives sont infructueuses et la participation reste «symbolique», qualitativement et quantitativement. L’endurance, domaine d’excellence du barbe, débute à peine au Maroc. Le Trec (acronyme de Technique de randonnée équestre de compétition) et l’attelage sportif ne sont pas pratiqués. Il faut se tourner vers l’Europe pour trouver des barbes performants à haut niveau en endurance et à très haut niveau en Trec.
Les courses de plat, de 1.400 à 2.000 m approximativement, permettent une sélection basée sur des performances. Mais aucun barbe n’y participe et seules quelques courses d’arabes barbes sont disputées sur les hippodromes régionaux. Elles passionnent les petits éleveurs de Khemisset, Meknès, Chemmaia qui n’ont pas les moyens de s’offrir un pur-sang anglais ou arabe. Mais elles restent faiblement dotées et surtout leur suppression est envisagée car, étrangement, cet arabe barbe qui est à l’origine du pur-sang anglais, n’est pas considéré comme un «vrai» cheval de course.
Aussi une épée de Damoclès est-elle suspendue sur le travail de sélection et d’entraînement des éleveurs d’arabes barbes de courses: la disparition à plus ou moins long terme de l’ensemble de leur filière, ce qui est démotivant si l’on considère qu’il faut près de 4 ans, gestation, croissance puis entraînement, pour amener un produit sur le champ de course. Cette suppression serait triplement préjudiciable à la race: premièrement, elle serait privée d’un débouché. Deuxièmement elle serait privée d’un moteur de sélection et d’amélioration. Troisièmement son accès aux courses d’endurance serait contrarié car les courses de plat constituent un réservoir naturel pour la course d’endurance: de nombreux chevaux après avoir couru sur hippodrome de trois à sept ans peuvent mener une seconde carrière en endurance, jusqu’à quatorze ou quinze ans.
Seule une communication officielle claire à ce sujet pourrait remotiver les éleveurs d’arabe barbe quant à la pérennité de leur filière. Et pourquoi ne pas envisager de créer des courses de barbe, comme outil du développement de la race, comme cela était le cas jusqu’au XIXe siècle?
Autre menace sur le barbe et l’arabe barbe, la fermeture annoncée du stud-book (ou état civil de la race) pour 2017. Cela signifie qu’après la fin de l’année courante plus aucun cheval ne pourra y être inscrit si ses parents ne le sont pas déjà. En d’autres termes, à partir de 2018, tout cheval sans papiers perdra le droit d’être présenté à une commission raciale pour essayer d’être inscrit au stud-book. Près de 15.000 arabes barbes et moins de 1.500 barbes sont déjà inscrits. Sachant que le nombre de barbes et arabes barbes au Maroc est compris entre 100.000 et 120.000 individus, cela laisserait près de 100.000 chevaux (en majorité des chevaux utilitaires) hors stud-book, définitivement sans papiers ainsi que leur descendance. Un potentiel sportif considérable serait ainsi perdu. De plus, avec cet effectif insignifiant de moins de 1.500 individus, le barbe marocain serait condamné à la consanguinité, et végéterait comme race confidentielle, objet de musée sans avenir, sportif ou autre. La seule performance recherchée par les cavaliers de Tbourida et le public est la beauté, l’embonpoint. Dès lors, comment assurer la moindre performance sportive conformément au discours officiel? La solution de facilité risque fort d’être la suivante: pour essayer de compenser le fait d’avoir tout misé sur la Tbourida en négligeant sa population de chevaux utilitaires, le Maroc sera obligé d’importer des reproducteurs. Il aura le choix entre l’Europe, où la sélection sur performance a débuté, ou l’Algérie et la Tunisie qui, pendant que nous fermons le stud-book, relancent une dynamique d’inscriptions avec l’aide d’outils génétiques modernes et considèrent l’endurance comme un critère et un levier majeur pour le développement des deux races équines maghrébines. 
L’option ambitieuse et la vision à long terme consistent plutôt à mener une politique volontariste de recherche et d’inscription de notre population de chevaux utilitaires, nos «sportifs informels» et à retrouver notre barbe originel à partir de sa souche initiale qui reste présente au Maroc. Il suffit pour cela de permettre aux éleveurs et aux cavaliers de continuer à rechercher dans la population sans papiers des chevaux à haut potentiel sportif, conformes au standard, et de les présenter aux commissions raciales pour inscription au stud-book, pendant plusieurs années encore. La fermeture définitive devrait attendre une dizaine d’années au moins, et se faire en concertation avec les associations d’éleveurs.
 Les avantages seraient multiples. D’une part ce retour aux sources permettrait de valoriser une population injustement considérée comme un rebut. D’autre part cela enrichirait en quantité et en qualité notre stud-book national en y intégrant à côté des chevaux de Tbourida quelques milliers de chevaux utilitaires qui prouvent tous les jours à quel point ils sont dignes de la réputation de leurs ancêtres barbes et sont capables moyennant une sélection et un entraînement appropriés, de représenter honorablement le Maroc dans les compétitions internationales. Enfin les acheteurs étrangers retrouveraient un barbe et un arabe barbe sportifs, plus conformes à leurs besoins que les chevaux de Tbourida.

Les «sans papiers»

AU Maroc,  les chevaux sélectionnés pour être testés en obstacle, en dressage  ou en endurance sont le plus souvent issus de la population «sans papiers».  

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L’explication est la suivante: depuis plus de 30 ans, les chevaux présentés aux commissions raciales pour inscription au stud-book l’ont été sur les critères de choix de la Tbourida. Aujourd’hui ce sont ces chevaux magnifiques mais inaptes à toute discipline sportive de par leur conformation qui constitue l’essentiel des barbes et arabes barbes à papiers. Il a donc fallu se tourner vers la population sans papiers pour essayer d’en extraire des chevaux ayant un potentiel sportif. Cette approche est à généraliser. Il faudrait systématiser la recherche et l’inscription au stud-book de nombreux chevaux utilitaires, les reconvertir de la charrette au marathon et valoriser cette population jusqu’ici marginalisée malgré son potentiel sportif élevé.

 

 

 

 

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