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Comment Bejaâd, la mystique, entame sa transformation

Par Jamal Eddine HERRADI | Edition N°:5060 Le 07/07/2017 | Partager
Une niche de taille: le tourisme culturel
Capitaliser sur le grand moussem annuel, selon les opérateurs
Les traditions du soufisme aussi à renforcer
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Bejaâd dispose d’un énorme potentiel pour devenir une cité dédiée principalement au tourisme culturel, une niche sur laquelle la demande ne cesse d’augmenter. La fantasia pourrait être l’un des produits d’appel

Est-ce bien Bejaâd? Difficile à croire. Mais il faut se rendre à l’évidence: oui, c’est bel et bien Bejaâd. En effet, la petite bourgade poussiéreuse qu’on a connue, il y a de cela trois décennies, est devenue une belle cité. 
Charmante, plaisante et agréable à plus d’un égard. Une architecture harmonieuse, des villas et des immeubles flambant neufs, des avenues larges et propres. 
Il est bien loin le temps où il n’y avait même pas un bureau de poste dans cette ville qui tournait au ralenti. Aujourd’hui, Bejaâd a secoué sa poussière et s’est relevée, certes avec beaucoup de peine, pour assurer et accomplir la mue tant attendue par ses habitants. 

Tolérance

Une importante, et forte communauté juive, a longtemps vécu dans la ville de Sidi Bouabid Charki. Juifs et musulmans se côtoyaient à Bejaâd vivant ensemble. D’ailleurs, et contrairement aux médinas d’autres villes du Maroc, celle de Bejaâd n’a jamais comporté un mellah où les Juifs vivaient à l’écart des populations musulmanes. 
On raconte que les deux communautés fréquentaient les mêmes écoles, allaient aux mêmes bains publics et festoyaient ensemble. C’est dire à quel point  la tolérance et le respect de la différence étaient bien ancrés chez les gens de Bejaâd.

La ville a fait peau neuve et impressionne par le calme et la sécurité qui y règnent. Une cité paisible et accueillante où il fait bon vivre. Surtout que, depuis sa création au XVe siècle, la ville a toujours été un lieu de spiritualité pour les adeptes du soufisme et de la méditation. 
Fondée par Mohamed Abou Oubaïdallah Charki, plus connu sous le nom de Bouabid Charki, éminent soufi, de la descendance directe, dit-on, du calife Omar Ibn Al Khattâb, Bejaâd était la destination d’érudits qui voulaient étendre et élargir leur savoir et approfondir leurs connaissances théologiques et religieuses. Aussi, la Zaouia Charkaouia, véritable université poly-disciplinaire à l’époque, prend-elle de l’ampleur et gagne en puissance faisant même, à son apogée, de l’ombre à Al Quaraouiyine de Fès. Bejaâd acquiert alors, non seulement le statut de cité spirituelle et culturelle, mais également celui de centre de rayonnement économique et politique de tout le Maroc et même au-delà. 
Dès sa fondation, Bejaâd s’est, en effet, dotée de  médersas qui ont fourni au Maroc d’éminents ouléma. Purement religieux au début, l’enseignement dispensé dans ces médersas n’allait pas tarder à se diversifier au fil des ans pour former des étudiants dans des disciplines aussi diverses que la théologie, le droit, la calligraphie, la littérature et également en poésie et en astronomie. 
La descendance de Bouabid Charki allait reprendre le flambeau après sa mort. Ses nombreux fils ont tenu à asseoir et perpétuer le statut de Bejaâd en tant que cité où quête du savoir et spiritualité vont de pair. Aussi, le développement de Bejaâd  prend-il de l’ampleur et la Zaouia Charkaouia gagne-t-elle en puissance. Jusqu’à devenir un centre spirituel majeur. S’en souvient-on aujourd’hui? Peu probable. Pourtant, cette cité séculaire a longtemps été le passage et l’escale incontournables entre deux villes impériales. En allant de Fès à Marrakech, ou en effectuant le trajet dans le sens contraire, le voyageur ne manquait pas, ne pouvait pas ne pas s’arrêter à Bejaâd. L’aura tant spirituelle que culturelle, économique et aussi politique de cette cité avait de l’effet. Et cela sur l’ensemble du territoire national et même au-delà, notamment du côté de Tombouctou et en Afrique subsaharienne, rapportent les historiens. 

Piste d’athlétisme: quel gâchis!

Réalisée dans le cadre du renforcement des infrastructures sportives dans la province de Khouribga, la piste d’athlétisme de Bejaâd est aujourd’hui en stand-by, pour ne pas dire à l’abandon.
D'une superficie globale de 5 ha, ce projet s'inscrit dans le cadre des efforts visant la promotion de la pratique du sport dans la région.
Cette nouvelle structure, réalisée par la Fédération royale marocaine d'athlétisme (FRMA), comporte une piste à revêtement synthétique de six couloirs (extensibles à huit), un anneau intérieur drainé et gazonné, des aires de sauts et de lancers, des vestiaires, des magasins pour le matériel d'entraînement, des gradins d'une capacité de 350 spectateurs (extensibles à 650)… Elle fait partie intégrante du programme de développement des infrastructures nationales d'athlétisme. Sa réalisation a nécessité une enveloppe budgétaire de 578 millions de DH. Mais pour quels résultats? Rares sont les compétitions qui y sont organisées, peu d’athlètes viennent s’y entraîner et son entretien laisse à désirer en l’absence d’un contrôle rigoureux du cahier des charges initial. Un gâchis monumental!

 

Et c’est au moment de la célébration du grand moussem annuel de Bouabid Charki que l’affluence sur la ville est la plus grande. De toutes les régions du Maroc, les visiteurs affluent en masse vers la cité. On raconte qu’en ces jours de moussem, grande fête religieuse et populaire, la population de Bejaâd se trouve quintuplée. L’occasion pour les dizaines de milliers de visiteurs de rendre hommage au saint fondateur de la ville et d’en découvrir les traditions et la culture. 
Le moussem, c’est aussi l’occasion d’une intense activité économique. Celle-ci tourne autour d’expositions de produits du terroir et de l’artisanat local. 
Sans oublier la grande et célèbre fantasia de Bejaâd à laquelle prennent part, chaque année, au moins 1.500 cavaliers. Sans oublier la grandiose soirée du madih et les concours de mémorisation et de déclamation du Coran. 
Sidi Bouabid Charki, le saint patron de la ville, reste aujourd’hui un symbole mystique dans la mémoire des Marocains. 
Les populations de Bejaâd et de ses environs ne manquent jamais de rendre hommage aux cheikhs de la Zaouia Charkaouia qui ont été, en leur temps, à l’origine de l’essor économique de la ville. En effet, ils y ont construit des moulins, forer des puits et monter des pressoirs et même  développer un système d’irrigation adapté à la nature des sols de la région et des cultures qui y étaient pratiquées. En outre, ils contrôlaient également les routes de transhumance notamment la grande route des Zaers. Mais, aujourd’hui, tout cela est bien loin. Et la ville ne peut continuer à vivre sur son passé aussi riche et glorieux fut-il. Cependant, cela n’empêche pas que l’on capitalise sur ce même passé. Notamment par une valorisation du patrimoine de la ville. A commencer par la préservation de son cadre ancien qui ne manque pas d’intérêt ni d’attrait. Une niche donc à fort potentiel touristique et aussi une grande opportunité pour une démarche de sauvegarde sociale. 
En d’autres termes, il faut essayer de créer les conditions appropriées pour le maintien des populations, surtout dans la médina, en leur offrant la possibilité de revenus conséquents grâce au développement d’une activité touristique. 
Bejaâd dispose, en effet, d’un énorme potentiel pour devenir une cité dédiée principalement au tourisme culturel, une niche sur laquelle la demande ne cesse d’augmenter. Encore faut-il intéresser l’industrie touristique pour investir dans la ville et convaincre les touristes pour y venir. Pour ce faire, certains spécialistes de la question préconisent, en premier lieu, «d’offrir à l’industrie du tourisme culturel les moyens de diversifier et d’élever la qualité de ses produits». Cela passe, selon eux, notamment  par des actions sur les sites mêmes de la médina, sur l’environnement de la ville, sur les circuits de visite et également sur la stratégie de communication touristique. Cela équivaudrait à une action globale en amont sur l’image de marque de toute la région de Bejaâd. 
Cependant, estiment-ils,  la priorité strictement touristique ne doit pas conduire à sous-estimer le potentiel de développement induit par le tourisme patrimonial et culturel. Car la réhabilitation et la valorisation, notamment, de la médina est aussi une affaire de développement local qui dépasse largement le cadre du tourisme.
Autre chose: nombreux sont les chercheurs et observateurs qui estiment que la Zaouia Charkaouia a besoin aujourd’hui d’une «revalorisation de ses rôles religieux, spirituel, scientifique et éducatif pour continuer à assumer sa mission de diffusion de la culture islamique de cohabitation et de paix, ainsi que des nobles valeurs du soufisme».
Voilà, c’est dit. Reste maintenant le passage à l’acte qui ne peut se faire sans la participation effective des acteurs locaux, tant publics que privés.

Bejaâd, chacal ou arbuste?

 

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BEJAÂD est une petite ville du centre du Maroc. Elle compte quelque 45.000 habitants. Située entre Oued Zem et Kasbat Tadla, elle relève administrativement de la province de Khouribga. 
Certains historiens pensent qu’elle doit son nom à la présence, il y a longtemps, sur ses terres, d’une race de chacals dénommée Abou Jaâda. Alors que d’autres croient plutôt que l’origine de ce nom vient de la Jaâda, un arbuste local, qui couvrait les collines environnantes.  
La ville nouvelle a été bâtie par les colons français au début du vingtième siècle. De l’ancienne Bejaâd, il ne reste aujourd’hui que les «mausolées» des mille et un saints, que l’on retrouve un peu partout dans la médina et qui en font la fierté. 
Bejaâd est également connue pour ses hauts faits d’armes durant le protectorat français. En effet, ses populations s’étaient élevées contre les armées françaises qui avançaient vers le Moyen Atlas dans le cadre de ce qui a été appelé «opération de pacification des régions du centre du Maroc». Ce fut un véritable massacre. Un bain de sang dont on ne parle que très peu. Malheureusement.

 


Quelques personnalités de Bejaâd

 

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■ Habib El Malki, président de la Chambre des représentants, leader de l’USFP, ancien ministre, économiste de renom et patron du Centre marocain de conjoncture..

 

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■ Lahcen Haddad, homme politique, affilié au Mouvement populaire, ancien ministre du Tourisme dans le gouvernement Abdelilah Benkirane.

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■ Taib Cherkaoui, ex-ministre de l’Intérieur.

 

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■ Yassine Mansouri, directeur de la DGED (Direction générale des études et de la documentation) depuis 2005. 

 

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■ Ahmed Cherkaoui, grand artiste-peintre.

 

 

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■ Yehuda Lancry, diplomate israélien.

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■ Amir Peretz, ancien Premier ministre d’Israël

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