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Antidumping/Céramique: Un mariage de raison «avorté» à la dernière minute!

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5060 Le 07/07/2017 | Partager
Retrait de la plainte contre la réduction des importations
Pas de gentleman agreement entre producteurs et importateurs
Le Commerce extérieur embarrassé par la réaction espagnole?
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L’accord entre céramistes et importateurs allait être signé en présence de la secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Roukia Darham. Elle s’est excusée à la dernière minute

Adversaires d’hier, copains d’aujourd’hui? Jeudi 6 juillet à Rabat, céramistes et importateurs devaient signer un protocole d’accord confidentiel. Le tout sous la bienveillance du département du Commerce extérieur. Celui-là même qui a ouvert, le 18 mai 2016, une enquête antidumping contre les carreaux originaires d’Espagne. 
Coup de théâtre! La secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Roukia Darham, va plier bagage à la dernière minute en prétextant «un cas de force majeure. Le gentleman agreement a été paraphé pourtant par les deux parties. Il ne manquait plus que les signatures des représentants des associations professionnelles», rapporte étonnée une source proche du dossier. En effet, les présidents de l’Association nationale marocaine des professionnels de la céramique et du second œuvre (Apisa), Youssef Belkaid, et de l’Association professionnelle des industries céramiques (Apic), Mohsine Lazrak, avaient convenu d’acter leur entente sous l’auspice du ministère. Pourquoi la responsable gouvernementale a changé de posture? 
L’accord qui allait être signé prévoit le retrait de la plainte antidumping déposée par les producteurs (voir encadré). Ces derniers devaient s’engager aussi à ne pas réclamer dans l’avenir un bouclier de défense commerciale. A moins d’en avoir préalablement informé les importateurs. La «solution amiable» devant toujours être déclinée en priorité en cas de pourparlers avec l’Apisa. Ses adhérents, des importateurs essentiellement, devaient réduire de moitié leurs importations de carreaux espagnols. Et plus exactement ceux fabriqués à partir de pâte rouge avec absorption de 3% minimum et un format allant jusqu’à 60 cm x 60 cm. C’est «le seul» carreau produit localement. Le but est de «favoriser l’achat» de ce type d’article à base de pâte rouge auprès des céramistes nationaux. 
Ces détails techniques importent beaucoup. La réussite du deal dépend largement de la «bonne foi» de chacune des deux parties. Quitte aussi à «avoir les Espagnols sur le dos», commente une source ministérielle. D’où fort probablement la réaction inattendue de la secrétaire d’Etat du Commerce extérieur, avisée in extremis peut-être par l’un de ses plus proches collaborateurs sur les conséquences diplomatiques de cet accord. D’autant plus que la présence de Roukia Darham allait être interprétée comme une caution politique.    
D’ailleurs, l’accord entre céramistes et importateurs compte un volet plus ou moins diplomatique. «L’Apisa devra expliquer aux exportateurs espagnols la pertinence d’un accord qui est dans l’intérêt du marché marocain», selon le document. Son président, Youssef Belkaid, allait être amené à jouer aux sapeurs-pompiers. Le PDG de Strapex Maroc est un self-made man connu pour son entregent, son bagout... Et son poids chez les Espagnols en tant que premier importateur marocain. 
D’où par ailleurs les réserves du Commerce extérieur. Un département qui se présente officieusement à nous comme «un simple témoin». Une sorte « d’adoul» en somme dans un mariage de raison! Tel est l’avis d’un haut fonctionnaire ayant souhaité garder l’anonymat: «Nous avons joué un rôle dans le rapprochement des positions. Il y a une convergence d’intérêts pour aller de l’avant, y compris dans l’export. Les uns produisent, les autres ont une vraie force de frappe commerciale». Si l’accord n’a rien d’illégal au regard du droit du commerce international, pourquoi le Commerce extérieur a fait faux bond à ses hôtes?   
«La signature d’un compromis est (pourtant) une pratique courante dans les dossiers de défense commerciale. Il y a l’exemple avéré des producteurs et importateurs turcs d’acier», précise un expert bien informé. L'affaire a encore d'autres soubassements.


Concurrence et cahier des charges

A part le retrait de la plainte antidumping, l’accord entre céramistes et importateurs prévoit la tenue de deux réunions annuelles au minimum (voir ci-contre). Avec ordre du jour d’aplanir les éventuels obstacles dans l’exécution des engagements, la mise en œuvre des projets communs, l’export principalement vers l’Afrique, le Maghreb et le Moyen-Orient... 
Ce dernier point est appuyé par un projet de plateforme continentale d’exportation et une étude de positionnement du secteur de la céramique. Le secrétariat d’Etat au Commerce extérieur devra appuyer la réalisation de cette étude de marché. 
La présence d’un conseil externe et indépendant est prévue dans le deal. Un avocat certainement. Son rôle sera de veiller au respect du droit de la concurrence lors des réunions biannuelles: entente sur le prix, partage géographique du marché, monopole et abus de position dominante d’un opérateur... La prudence s’impose d’autant plus que «le projet d’un cahier des charges appliqué aux importateurs» ne devra aucunement  constituer une barrière à l’entrée d’un nouvel opérateur. Céramistes et importateurs prévoient donc de travailler ensemble pour «défendre» ce projet auprès du ministère de l’Industrie notamment. Le futur cahier des charges devra spécifier les caractéristiques techniques (normes) des marchandises importées et les moyens matériels et humains exigés aux importateurs.

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