Dossier Spécial

Formation alternée: Convaincre les entreprises d’y adhérer

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5057 Le 04/07/2017 | Partager
Des incitations fiscales et un label à l’étude avec la CGEM
Bientôt une première loi sur la formation continue pour les PME
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Larbi Bencheikh, secrétaire d’Etat en charge de la Formation professionnelle: «Pendant des années, je n’ai eu de cesse de prier les entreprises de s’engager plus dans la formation professionnelle. Je crois en leur contribution. Sans elles, nous ne pourrons pas avancer» (Ph. Jarfi)

Sur les 15 dernières années, la formation professionnelle a gagné du terrain. Depuis 2002, près de 1,5 million de jeunes ont été formés. Ce qui a permis d’alimenter des secteurs-clés en ressources humaines qualifiées. La stratégie 2021 pour la formation professionnelle, annoncée en 2015, prévoit pour sa part la formation de 10 millions de citoyens. Mais tout n’est pas parfait.

La gouvernance du secteur gagnerait à être révisée. A titre d’exemple, les responsabilités des intervenants du système ne sont pas clairement définies. En outre, peu d’interactions existent entre l’Education nationale, l’Enseignement supérieur et la Formation professionnelle.

Les entreprises, elles, investissent toujours peu dans la formation, et restent réticentes à accueillir des apprentis. Le secrétaire d’Etat à la Formation professionnelle, Larbi Bencheikh, en est conscient. Il nous livre ses projets pour le secteur.    

- L’Economiste: Pour la CGEM, si la gouvernance du secteur et les incitations offertes aux entreprises ne sont pas revues, la stratégie 2021 n’aboutira pas. Qu’en pensez-vous?
- Larbi Bencheikh:
La formation professionnelle est un domaine perfectible, où l’on doit se remettre en cause en permanence. De temps en temps nous devons marquer une pause et actualiser nos plans. Pour l’instant, je peux vous rassurer concernant le contrat-programme signé entre l’Etat et l’OFPPT qui assure plus de 80% de la stratégie 2021. Le plan de développement de l’Office, présenté à SM le Roi en octobre 2015, sera réalisé, et ses objectifs seront atteints. Nous prévoyons 220 établissements sur les 5 ans à venir, à raison de 24 par an.
Vous savez, la formation professionnelle nécessite deux intervenants, les opérateurs publics et les opérateurs économiques. Depuis la création de l’OFPPT en 1994, la gestion est tripartite, entre Etat, Office et monde économique. L’entreprise est fortement impliquée. Elle est membre du conseil d’administration de l’Office, elle décide des formations et elle participe à la gouvernance.

 - Les entreprises restent cela dit peu impliquées dans la formation…
- Nous sommes en train de réfléchir à des formules pour les inciter à concevoir des actions liées à la formation professionnelle dans leurs plans de développement. Nous pensons notamment à des incitations fiscales, surtout pour des modes qui ont fait leurs preuves à l’international, tels que la formation alternée. Ce système créé par les Allemands il y a 200 ans est adopté par l’ensemble des pays industrialisés.
Actuellement, nous en sommes à un taux de 30% de formations par l’alternance, et nous souhaitons atteindre 60% à l’horizon 2021, en partenariat avec les entreprises.

- Comment les convaincre d’ouvrir plus leurs portes aux apprentis?
- Il est vrai que la part de ce mode alterné reste faible. Nous examinerons des projets d’incitations avec la CGEM. Ce que nous souhaitons vivement, c’est que les fédérations professionnelles cogèrent les établissements de formation. Certaines le font, mais nous aimerions généraliser cette approche. Avec le fonds Charaka du MCC qui vient d’être lancé, avec une enveloppe de près d’un milliard de DH, nous encouragerons davantage de fédérations à cogérer la formation professionnelle. A la fin, ce sont les entreprises qui décideront de la création, la suppression ou l’évaluation des filières, en fonction de leurs besoins.
Avec la CGEM, nous pensons à un label à offrir aux entreprises qui s’impliquent le plus dans la formation professionnelle.

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En 2021, il est question de former la moitié des stagiaires de la formation professionnelle en milieu du travail. Cela représente plus de 344.000 jeunes. Mais encore faut-il que les entreprises adhèrent pleinement à cet objectif  

- Des actions particulières pour les PME?
- Nous voudrions que les associations et fédérations professionnelles, étant donné qu’elles bénéficient d’un financement à travers les Giacs (Groupements interprofessionnels d’aide au conseil), élaborent des ingénieries de formation continue, et incitent les PME/PMI à s’y adonner. Et nous sommes disposés à les accompagner et à les aider à trouver des formules. Ce sont les petites structures qui créent des emplois et de la richesse, tout le monde en est conscient. Aujourd’hui, nous avons un plan pour ces structures. Nous avons même un projet de loi sur la formation continue qui sera prochainement mis dans le circuit d’adoption. Ce sera la première fois que nous aurons une loi sur la formation continue, précisant qui fait quoi et comment, et qui aborde tous les aspects, dont le financement et la gouvernance.

- Le taux de chômage des lauréats de la formation professionnelle est énorme (jusqu’à plus de 23%). Comment expliquer cela?
- Il reste évidemment beaucoup d’efforts à fournir, même si ce taux signifie aussi que plus de 70% sont insérés sur le marché du travail. A mon sens, le taux de 23% n’est pas fiable. S’il y a une catégorie où la part de l’informel est importante, c’est bien celle des lauréats de la formation professionnelle. Beaucoup exercent leur métier sans être patentés. Dans le bâtiment, par exemple, plus de 40% travaillent dans l’informel. Nous veillerons à encourager les lauréats à créer leurs propres entreprises.
Je suis sûr que le taux de chômage ne représente pas plus de 10 à 15%.

«L’OFPPT doit délivrer des licences professionnelles!»

Larbi Bencheikh a longtemps réclamé plus de passerelles entre l’Office qu’il dirigeait et l’université publique. Aujourd’hui, seuls 5% des meilleurs lauréats de l’OFPPT peuvent accéder aux grandes écoles. Trop peu, selon lui. «A l’université, les lauréat de l’OFPPT se classent toujours parmi les premiers. Leur taux de réussite est de 100%», avance-t-il fièrement.
Bencheikh a, par ailleurs, toujours défendu la possibilité pour l’OFPPT d’offrir des LP, au lieu de se limiter à un bac+2. Et en tant que secrétaire d’Etat en charge de la Formation professionnelle, il ne compte pas lâcher le morceau. Pour lui, «plus qu’un vœu, il s’agit d’une nécessité». «Notre pays manque de middle managers. Et s’il y a un organisme qui peut les former, remplissant toutes les conditions requises en termes d’espaces de formation, d’équipements et de formateurs, implanté dans tout le pays, c’est bien l’OFPPT», estime-t-il. Une manière aussi de soulager la pression sur les universités, trop encombrées. «L’objectif est de permettre à environ 30.000 à 40.000 personnes de suivre des LP à l’OFPPT. Cela figue parmi les axes du contrat-programme que l’Office est sur le point de signer avec l’Etat», révèle le secrétaire d’Etat.

Propos recueillis par
Ahlam NAZIH

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