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Société

Simone Veil: Comme une farouche envie de vivre

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5056 Le 03/07/2017 | Partager
La Shoah, l’émancipation des femmes, les espoirs de l’Europe
Elle incarne des moments forts de l’histoire du 20e siècle
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Simone Veil, disparue le 30 juin dernier, incarnait à la fois la liberté des femmes, les souffrances de la Shoah et les espoirs de l’Europe (Ph. AFP)

«Je ne suis pas de ceux et de celles qui redoutent l’avenir», prévenait Simone Veil. Le 26 novembre 1974, face à l’assemblée nationale française, elle porte la parole des femmes. Son projet de loi, alors qu’elle est ministre de la Santé, opère un tournant sociétal. La légalisation de l’interruption volontaire de grossesse. Il s’agissait pour elle de ne «plus fermer les yeux sur les 300.000 avortements qui, chaque année, mutilent les femmes de ce pays».

Pour autant, Simone Jacob, de son nom de jeune fille, ne se résume pas à cela. Elle n’a alors que 16 ans quand elle est déportée avec sa mère et sa soeur vers Auschwitz-Birkenau en Pologne. La Seconde guerre mondiale fait ses ravages. Pendant 9 mois, elles vont supporter d’éreintants travaux de terrassement avant ce que l’on appelle la «marche de la mort». Nous sommes en janvier 1945, les troupes soviétiques avancent et les Allemands reculent.

Les déportés doivent alors marcher dans le froid et la neige pour rejoindre les wagons en partance pour le camp de Bergen-Belsen. Si Simone Veil porte la marque du combat des femmes pour leurs libertés, elle incarnera aussi toute sa vie le statut de survivante de la Shoah, avec le matricule 78651 d’Auschwitz tatoué à son bras. Elle y aura surtout perdu son père, sa mère et son frère.

Alors toute sa vie retrouvée, il semblerait que cette femme d’exception n’ait cessé de lancer une sorte de défi à la mort. Rien ne pouvait lui faire peur puisque le pire avait été vécu. Ni être en 1970 la première femme secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature. Ni accepter d’être ministre de la Santé dans le gouvernement Jacques Chirac. A peine en place, elle impose son texte en faveur de l’IVG et affronte une farouche opposition.

Aucune hésitation non plus quand celle qui est alors députée européenne s’attelle à présider le premier Parlement européen élu au suffrage universel. Puis nouvelle flèche à son arc, elle est nommée en 1998 membre du Conseil constitutionnel et laisse là une nouvelle empreinte en défendant le «oui» au référendum français sur le traité établissant une constitution pour l'Europe.

Au centre de tous ces combats et de tous ces engagements, a perduré son amour pour Antoine Veil qu’elle a épousé en 1946. L’image d’une famille stable et discrète avec Jean, Claude-Nicolas et Pierre-François, ses trois fils. Un roc. Une vie privée menée de concert avec une vie publique exigeante.

Sa disparition le 30 juin dernier vient relancer tout ce qu’il reste encore à parcourir pour que les femmes et les hommes accèdent pleinement à leurs libertés fondamentales. Sans surprise, la France veut la voir reposer au Panthéon, la nécropole des grands personnages de la république.

 

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