Analyse

Tourisme, balance de paiement: Merci aux MRE!

Par Salma HAMRI Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5056 Le 03/07/2017 | Partager
Deuxièmes pourvoyeurs de réserves de change du pays
Un touriste sur deux vient de la diaspora
La bataille fait rage entre les majors bancaires
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Sans les fonds envoyés par les 5 millions de Marocains établis à l’étranger, les comptes extérieurs du Royaume seraient en difficulté. Autant que les recettes du tourisme, les transferts MRE couvrent au moins la moitié du déficit commercial et assurent une sécurité de réserves de change permettant d’éviter la pression sur le dirham et le niveau de la dette.

Ils seront encore des centaines de milliers à passer quelques semaines de vacances au Maroc cet été. L’an dernier entre juin et septembre, 2,6 millions de MRE étaient recensés aux frontières (source: Rapport 2016 de l’Administration des douanes). En un peu plus de trois mois, c’est donc près de la moitié des Marocains de l’étranger qui aura séjourné au pays.

Cette pression pousse d’ailleurs les autorités à déployer tous les ans un dispositif exceptionnel au nom générique de Marhaba pour réduire le temps de passage aux frontières. Les MRE-comme  ils sont désignés par la nomenclature officielle- constituent une incontestable force économique.

Sur les 10 millions de touristes que reçoit chaque année le Maroc, la moitié provient de sa diaspora. Les compagnies low-cost l’ont d’ailleurs compris assez vite. Elles n’ont pas de mal à remplir leurs vols vers les routes marocaines qu’elles desservent au départ des foyers qui abritent une forte communauté des MRE en Europe.

Par ailleurs, les transferts financiers des MRE (62,56 milliards de DH en 2016) sont une composante essentielle pour la balance de paiement. Deuxième source en réserves en devises du pays juste derrière les recettes du tourisme, les fonds envoyés par les MRE pèsent deux fois les flux des investissements directs étrangers. Jusqu’en 2013, les «recettes MRE» étaient la toute première ressource en devises.

Même au plus fort de la crise économique qui avait frappé l’Europe en 2008, elles ne se sont jamais effondrées malgré le coup de mou relevé en 2009 lorsqu’elles avaient baissé de 3 milliards de DH (Voir détails dans l’infographie). Mais dès 2010, elles sont réparties à la hausse. Sans ce matelas, les comptes extérieurs seraient dans une situation intenable. Au ministère des Finances comme à la Banque centrale, cet indicateur est d’ailleurs surveillé de très près.

La France continue de représenter le principal pays émetteur de transferts de la diaspora avec près des deux tiers des transferts reçus d’Europe, suivie respectivement de l’Italie et de l’Espagne. La puissance montante de ces dix dernières années est les Emirats Arabes Unis.

Moins mis en avant mais tout aussi crucial, le rôle de «stabilisateur social» que jouent les MRE à travers les fonds qu’ils envoient au pays. Au moins un dirham sur deux est destiné à l’aide familiale. Cela fait de la diaspora marocaine une, voire la plus importante branche de la sécurité sociale au Maroc.

Pour capter ces transferts financiers, les banques se livrent une compétition acharnée. L’enjeu est énorme. Les MRE pèsent près de 40% des dépôts à terme du secteur bancaire et sont autant des clients potentiels pour le crédit, le produit d’appel par excellence étant le crédit immobilier. Les trois grands acteurs du secteur -AWB, BP et BMCE-Bank of Africa- se marquent de près en Europe.

«Oui, le marché des Marocains de l’étranger revêt un caractère hautement stratégique pour BMCE Bank of Africa», assure Mounir Kabbaj, directeur du Développement des marchés. Dans le match qui l’oppose à ses deux principaux concurrents, la banque a opéré un tournant en créant une filiale BMCE EuroServices, dédiée exclusivement à l’activité en Europe. Les résultats ne se sont pas fait attendre. Le groupe détient aujourd’hui 11% de part de marché des dépôts des Marocains de l’étranger.

Depuis la crise de 2008, de nombreux MRE qui se sont retrouvés au chômage ont eu des difficultés à rembourser leurs échéances de crédit immobilier. Il a fallu s’adapter pour traverser la tempête. Pour faire face à cette conjoncture, BMCE Bank a mis en place des souplesses pour les accompagner dans cette situation de crise à travers notamment la possibilité de suspendre le remboursement de leur crédit durant 12 mois. Aujourd’hui, les effets de la crise se sont atténués, explique  Mounir Kabbaj. La sinistralité de la clientèle MRE n’est pas plus élevée que chez d’autres catégories.

Une grosse logistique d’accueil

Le retour des MRE est de mieux en mieux organisé au fil des années, notamment grâce à l’Opération «Marhaba» qui a démarré lundi 5 juin dernier. Au total, 17 espaces d’accueil, un millier d’assistantes sociales et médecins volontaires sont mobilisés pour assurer la fluidité du trafic et apporter de l’aide dans plusieurs aires de repos et aux points de passage à forte intensité de trafic.
La pression est maximale en cette période sur les douaniers. Ils  doivent à la fois faire respecter la réglementation en s’assurant que dans les bagages des MRE ne se cache une activité commerciale, voire des produits interdits et faire preuve de flexibilité. La direction générale a émis une circulaire expliquant et rappelant dans le moindre détail à tous les agents, la réglementation ainsi que la conduite à tenir.

S.H.

 

 

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