Economie

Valorisation des déchets: La science se penche sur le duo crabe-crevette

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5054 Le 29/06/2017 | Partager
La chitine, un déchet à haute valeur ajoutée, entre dans de nombreuses applications médicales
Une équipe scientifique de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech y travaille
Le Maroc produit plus d’un millier de tonnes de chitine par an
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Les déchets des crabes, crevettes et calmars permettent d’obtenir, par valorisation, de la chitine et du chitosane, qui trouvent de nombreuses applications dans différents domaines (Ph. Pixabay)

Encore une ressource à exploiter. Celle des déchets des crabes, crevettes et calmars, qui détiennent une substance naturelle appelée chitine, très convoitée par les industriels. Cette chitine, renouvelable, biodégradable et non toxique, est à son tour transformée chimiquement en un autre dérivé appelé chitosane, dont les propriétés physico-chimiques et biologiques sont d’une grande valeur ajoutée.

Le chitosane trouve en effet de nombreuses applications dans des domaines aussi variés que le cosmétique, le biomédical, l’agriculture ou encore le traitement des eaux. Et bonne nouvelle, le Maroc dispose d’un grand potentiel en sources marines chitineuses. Logique donc que la science y travaille. A Marrakech, une équipe de recherche attachée à l’Université Cadi Ayyad s’est spécialisée dans le domaine depuis presque deux décennies.

Les travaux réalisés ont permis l’investigation d’une quinzaine de sources marines chitineuses et l’élaboration de procédés qui permettent l’extraction de chitines pures et la préparation de chitosanes de haute qualité présentant les caractéristiques souvent désirées par les industriels.

L’équipe a également travaillé sur les possibilités de valorisation de ces déchets dans plusieurs régions du Maroc. C’est ainsi que l’on parle d’un millier de tonnes de chitine ou de 80 tonnes de chitosane possibles à partir des déchets rejetés par six unités de décortication des crevettes roses et grises installées dans le nord du pays. A condition d’y voir un jour de grandes unités industrielles pour leur transformation.

Les quantités de déchets rejetés par les principaux restaurants des villes côtières pourraient également faire l’objet de valorisation. Rien qu’à Essaouira, les déchets de la crevette, de l’araignée de mer et de la squille mante, rejetés par les principaux restaurants du port, pourraient produire 8,5 tonnes de chitine ou 7 tonnes de chitosane. Une perspective intéressante pour envisager la création d’une coopérative des travailleurs du domaine de la pêche et de la restauration.

La production de la chitine et du chitosane, au sein de cette coopérative, offrirait une activité génératrice de revenus pour ces travailleurs, avec un encadrement et un suivi scientifiques, qui pourraient être assurés par les structures universitaires des villes concernées.

Soulignons que ce marché de la chitine et du chitosane a atteint quelque 63 milliards de dollars en 2015, contre 2 milliards en 2000. Une demande des industriels toujours croissante. Si les bénéfices sont motivants, sa production naturelle est inépuisable. Le polysaccharide étant produit par biosynthèse chez plusieurs animaux.

Au niveau des carapaces chez les crustacés tels que les crevettes et les crabes ou au niveau de la plume de calmar ou de l’os de la seiche chez les céphalopodes. Jusque-là, malgré une consommation humaine de ces produits qui ne fait que croître, les énormes quantités de déchets engendrés sont simplement rejetées dans le milieu marin ou dans les décharges publiques, créant au passage de sérieux problèmes de pollution. La biodégradation des carapaces des crustacés étant très lente.

Ce que l’on peut en faire…

Les pionniers de la production de ces substances sont les Japonais et les Américains. D’autres pays se sont lancés dans cette production comme la Chine, l’Inde et plus modestement, la France. L’augmentation de la production et du chiffre des ventes des dérivés chitineux s’explique par leur utilisation dans des domaines variés, avec comme principal domaine d’utilisation, le traitement et la dépollution des eaux.
■ En cosmétique, une large gamme de produits est à base de chitine et de chitosane, telles les crèmes hydratantes, les crèmes de soins pour la peau contre l’acné, ou pour la souplesse des cheveux. Vu sa compatibilité avec les tissus vivants, de nombreux laboratoires pharmaceutiques utilisent le chitosane pour fabriquer des fils de suture et des dispositifs chirurgicaux, et produisent des pansements pour la cicatrisation des blessures et le traitement des brûlures.
■ En agriculture, le chitosane est utilisé pour l’enrobage des semences, l’arrosage des cultures et l’alimentation de la volaille. Il est supposé intervenir même dans le renforcement des mécanismes de défense chez les plantes.
■ Dans l’industrie alimentaire, les dérivés chitineux sont utilisés pour la stabilisation des aliments, la désacidification du café, l’élimination des teintures ou la clarification des boissons.

 

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