Analyse

Risques de change: Les couvertures autorisées

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5053 Le 28/06/2017 | Partager
Cours des devises, fluctuations des produits de base et des
Chaque contrat doit correspondre à des transactions réelles, dûment documentées
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L’appréciation du cours de la devise européenne face au dirham pénalise les importations de l’UE, libellées principalement en euros. Par contre, un dollar faible est bon pour les achats de produits pétroliers et le service de la dette extérieure

Y a-t-il eu ou pas spéculation contre le dirham? En tout cas, l’enquête diligentée par les autorités monétaires devrait confirmer ou infirmer cette question. La banque centrale soupçonne les établissements de crédit d’avoir semé dans l’esprit de leurs clients une rumeur sur la dévaluation du dirham quelques jours avant la migration vers le régime de change flexible (voir L’Économiste n°5051 du 22/07/2017).

L’objectif étant de leur vendre les instruments de couverture pour se prémunir contre un risque hypothétique. Les enjeux sont colossaux. En l’espace d’un mois, le matelas de changes a été délesté de 20 milliards de DH. Les réserves de changes représentent actuellement 6 mois d’importations. Et quand on sait qu’en 2016, les importations marocaines ont atteint 400 milliards de DH (une première), on devine aisément le potentiel commercial pour ces produits.

La vente d’instruments de couverture est une activité légale qui permet aux opérateurs économiques de se mettre à l’abri des chocs en matière de hausse brusque des cours des matières premières, de fluctuations des devises ou encore des taux d’intérêt. Des produits qui fonctionnent comme une assurance et qui sont réglementés par l’Instruction générale des opérations de change. Cette Instruction ne fixe pas de liste négative, mais définit les opérations autorisées.
L’enquête menée par les inspecteurs de l’Office des changes pourrait dévoiler quelques surprises.

n La gamme de produits contre le risque de change

Les banques sont autorisées à souscrire pour leur propre compte ou pour celui de leurs clients des opérations de couverture contre le risque de change. Cette couverture peut porter sur un règlement en provenance ou à destination de l’étrange, effectué entre résident et non-résident. Il existe plusieurs types d’instruments. Les banques peuvent, par exemple, souscrire pour leur propre compte ou celui de leurs clients des opérations d’achat ou de vente de devises à terme, correspondant à des paiements de transactions. Pour se couvrir contre les risques de change, les opérateurs économiques peuvent également souscrire à des options de change devises contre dirhams ou devises contre devises. Le marché interbancaire local est prioritaire. Mais lorsqu’une offre de produit approprié n’est pas disponible, ils peuvent s’adresser au marché international pour la couverture du risque de change devises contre devises.
Les intermédiaires agréés peuvent également procéder à des emprunts ou placements en devises sur des maturités équivalentes à la durée des opérations de couverture qu’ils proposent. C’est ce qu’on appelle les opérations à terme devises contre devises souscrites selon des échéances variées. Ce type de couverture doit obligatoirement faire l’objet, selon le cas, d’un règlement en faveur de l’opérateur national ou de la banque ayant émis l’instrument de couverture.
Les contrats de couverture doivent être libellés dans les devises cotées par Bank Al-Maghrib. Les zones franches et les places financières offshore ne sont éligibles que lorsque l’opération  concerne des dettes ou des créances d’opérateurs économiques résidents. L’Office des changes garde un œil sur ces opérations. D’où l’obligation de conserver les documents y afférents.

■ Variation des cours des produits de base

Les opérateurs économiques peuvent également se couvrir contre les risques de fluctuation des cours de certains produits de base qui peuvent être d’origine agricole, minière ou énergétique et négociés sur un marché secondaire. Les modalités sont verrouillées. Ainsi, le montant des couvertures ne doit pas dépasser la moyenne des chiffres d’affaires à l’import ou à l’export du produit concerné au cours des trois dernières années.

Les couvertures doivent correspondre à des transactions réelles, dûment justifiées par des documents tels que des titres d’import ou d’export. Les opérations spéculatives sont évidemment exclues. Les revenus générés par la couverture doivent être rapatriés et cédés sur le marché des devises dans un délai maximum d’un mois à compte de la date de leur exigibilité.

En cas de nécessité, les banques peuvent ouvrir des comptes en devises pour le règlement de ces produits soit au Maroc, soit à l’étranger. Mais ces comptes ne doivent servir qu’au financement des opérations de couverture contre les risques de fluctuation. Toutes les transactions doivent être codifiées. En cas d’existence d’un solde créditeur, il doit être rapatrié et cédé sur le marché de devises dans un délai maximum d’un mois. Les banques doivent transmettre chaque trimestre à l’Office des changes la liste des opérateurs ayant souscrit des contrats de couverture.

■ Fluctuations des taux d’intérêt

Les opérateurs économiques peuvent également se prémunir contre les risques liés aux fluctuations des taux d’intérêt via trois types d’instruments. Le swap de taux en devises permet de transformer un emprunt à taux fixe en emprunt à taux variable et vice-versa. Le Cap confère à l’opérateur la garantie de bénéficier d’un taux plafond (CAP) sur un crédit extérieur contracté à un taux variable et ce, moyennant une prime.

Quant au Forward Rate Agreement (FRA), c’est un produit de couverture qui permet de fixer à l’avance le taux de l’emprunt qu’il envisage de contracter et ce, sans payer de prime. Lorsque le taux de référence (Libord ou Euribor) constaté effectivement est supérieur au taux du FRA, la banque paye le différentiel d’intérêt à son client. S’il est inférieur, c’est le client qui doit régler la différence à la banque. Dans tous les cas, c’est lui qui fixe à l’avance son taux d’emprunt.

Comme le prévoit l’Instruction de l’Office des changes, la couverture contre le risque de taux doit être adossée à des opérations commerciales ou financières sans position de taux ouverte par les banques. Les échéances sont fixées à 6 mois cash à l’exception du swap qui peut porter sur deux ans. Là encore, les banques doivent transmettre à l’Office des changes des relevés trimestriels de toutes les transactions réalisées par leur clientèle.

Contrats de swap: Mode opératoire

Les contrats de swap devises contre devises font partie de la palette des outils de couverture contre le risque de change, quelle qu’en soit l’échéance, réglés au comptant ou à terme. Ils servent à couvrir des dettes ou des créances en devises. Ces produits peuvent être souscrits auprès de correspondants étrangers.
Les contrats de swap devises contre dirhams sont destinés aux entreprises marocaines bénéficiant de financements concessionnels attribués par des gouvernements ou des organismes étrangers ou par des institutions financières de développement internationales.

 

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